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Lundi 2 novembre 2009

Le ministre Luc Besson lance aujourd’hui une grande consultation sur l’identité nationale.

 

Il faut d’abord y voir un signe de bonne santé républicaine puisque, à l'heure où les repères changent très vite, les Français sont invités à réfléchir ensemble sur ce qui fait leur identité commune.

 

Comment définir ce qui fait qu’on est « Français » aujourd’hui ?

 

On voit ici ou là ressurgir des débats plus ou moins nauséabonds et d’un autre temps sur les Français dits "de souche" ou pas « de souche ». Depuis quand, combien de quartiers de noblesse franco-française faut-il présenter pour être considéré comme un « bon Français »?...

 

A l’évidence ces questions d’un autre âge n’ont plus lieu d’être aujourd’hui, même si la question de l’identité française réactive craintes et fantasmes, surtout depuis que Nicolas Sarkozy met en œuvre le programme sur lequel il a été élu, et que 2 ministres successifs en charge du controversé Ministère  de l’Immigration et de l’Identité Nationale mettent en œuvre depuis 2 ans et demi cette politique.

 

Parler du sang à propos de l’identité française n’a évidemment aucun sens, dans notre république où s’applique le droit du sol, lequel définit la nationalité pour les descendants de l’immigration .

La question se pose concernant  l’accès à la nationalité pour les prétendants à ce titre, et aux droits qui en découlent qui ceux ne sont pas nés en France.

 

Que faut-il pour être Français ?

 

Un pays ou plutôt une « nation » se définit généralement par la conjonction d’un territoire, d’une langue et d’un peuple. La nationalité qui en découle, liée aux notions proches mais distinctes d’état et de nation, découle donc de ces trois éléments.

 

Est français de plein droit qui est né sur le sol français, de parents français ou non.

 

A vocation à devenir français quiconque entend s’établir de façon durable sur le territoire français. Voilà pour le territoire.

 

Même si les critères territoriaux et linguistiques ne sauraient suffire à définir la nationalité française, il demeure que partager la même langue est une condition nécessaire pour prétendre être français ou se déclarer candidat à la nationalité française.

 

Mais la langue ne fait pas la nation. Sans quoi il y aurait aujourd'hui au bas mot 3 à 500 millions de Français dans le monde : Québécois, Libanais, Africains des anciennes colonies et autres francophones ou francophiles…

 

Quelle langue faut-il maîtriser pour être français ? Celle de Molière ou celle des SMS ? Celle du Monde, de France Culture et des intellectuels ou celle de Booba ? Vaste débat... On ne saurait fixer de règle en la matière, sinon le fait d’être capable de mener en toute indépendance les démarches  de la vie courante, notamment dans la vie professionnelle ou vis-vis des administrations.

 

Mais ni la langue ni le fait de vivre en France ou d’aimer la France ne suffisent pour être Français. Car être Français, c’est aussi partager, sinon une histoire familiale liée à celle du pays, du moins des valeurs, une culture et des motivations communes pour vivre ensemble en France.

 

Les valeurs. Oui, mais lesquelles ? Celle de la République évidemment, valeurs citées en préambule de la Constitution de 1958 : Droits de l'Homme de 1789, Droits Universels de  l'Homme de 1958, auxquels la Constitution européenne fait référence, principes éthiques véhiculés par le droit français et le droit européen : liberté, égalité, fraternité. Mais aussi tolérance, droit à l'éducation, devoir d'assistance aux plus démunis, droits des femmes et des minorités...  Des droits donc mais aussi des devoirs réciproques entre l’État et les citoyens.

 

De l'éthique il en faut, mais aussi un socle culturel commun. Une matière commune.

 

Cette culture commune existe-elle de fait ou faut -il la définir, la délimiter puis la promouvoir, à l’école, dans les médias ou ailleurs ?

 

Bien entendu la culture française existe, fruit d’une longue histoire et d’influences multiples. Mais le socle culturel commun sur lequel on consent à se reconnaître et qui sert de pivot, de point d’ancrage dans la nation pour ceux qui veulent devenir français ne peut se concevoir sans un effort d’évaluation et d’éducation. Et c’est bien là que les difficultés commencent.

 

Comment pourrait-on se déclarer candidat à la nationalité française en méconnaissant totalement , sinon l’Histoire de France dans son ensemble, du moins  les faits marquants qui ont façonné la France d'aujourd'hui et produit cette culture commune dans laquelle nos contemporains se reconnaissent spontanément ?

 

 N’en déplaise aux idéaux gaulliens, il ne s’agit plus d’ânonner le "Nos ancêtres les Gaulois" de la France coloniale, ni de se contenter d’images d’Épinal aussi caricaturales que hiératiques, d’une France qu’on voudrait aussi grande et forte qu’« éternelle ». La mythologie n’a plus sa place dans une France pacifiée, éloignée de l’immédiat après-guerre, profondément ancrée dans l’Europe du 21e siècle et impliquée dans les échanges mondialisés.

 

Cependant, comment être français en ignorant totalement la culture européenne, dont les racines doivent autant, bien avant les dynasties royales ou républicaines, à Rome, Athènes, Byzance que Jérusalem ? Comment être français en ignorant l’histoire récente de l’Europe ? Les grands bouleversements du 20e siècle qui ont forgé l'identité européenne, autant que la France de la Cinquième République ?

 

Quelle que soit la communauté à laquelle on peut se sentir légitimement rattaché, comment être un Français, un démocrate et un républicain responsable sans connaître un minimum les institutions de notre pays ? Mais aussi les cultures, notamment  religieuses, qui le composent ? Vivre, travailler et dialoguer en paix avec l’autre dans une république laïque, sans être la proie de l'ignorance et de la manipulation, si l’on ignore que le Christianisme, le Judaïsme et l’Islam ont à un titre ou un autre forgé la France d’aujourd’hui ? Et que d’autres croyances, d’autres visions du monde peuvent non seulement coexister harmonieusement et mais se nourrir réciproquement grâce au principe de laïcité ?

 

Comment être français si on refuse le Droit, la Loi et les principes de la laïcité ? Ou si l’on conditionne et subordonne ce respect aux principes religieux ou communautaires auxquels on se réfère ? Si l’on veut imposer ses propres convictions, son propre modèle à une majorité qui s’y refuse ?...

 

Si l’ambigüité d’un Tariq Ramadan fait justement débat, que dire de certains  imams de banlieue, salafistes ou islamistes, qui prônent ouvertement la rupture avec la société, outragent et défient en permanence l’Occident au nom d’Allah, et montent une communauté contre une autre ?

 

Comment être français sans partager les principes et valeurs de la France de ce nouveau siècle :  ouverture au monde, engagement sur la scène internationale, développement d’un modèle social qui défend les plus faibles et promeut la solidarité, aide au développement des pays pauvres, engagement collectif pour la préservation des ressources naturelles et un développement "durable", engagement dans la société civile et citoyenne,  avec les responsabilités que cela implique, car la nationalité n’est pas qu’une collection de droits acquis ?...

 

Autant de thèmes et de principes qui font qu'on ne peut être Français aujourd'hui sans se sentir impliqué ou concerné par ces enjeux nationaux et planétaires majeurs.

 

Au-delà de cette interrogation un peu anxieuse sur l’appartenance à la France, le fait de poser la question aujourd’hui est symptomatique de questionnements beaucoup plus vastes et qu’on ne peut ignorer.

 

Qu’est-ce que l’identité au 21e siècle ? Ne sommes-nous définis que par notre identité familiale, généalogique, communautaire, sociale, culturelle, nationale ?...

 

Le problème n'est pas à vrai dire français, ni national mais mondial. Et le fait qu'il soit posé aujourd’hui est symptomatique des interrogations et angoisses de l'époque. A la fois philosophiques, éthiques et spirituelles...

 

Qu'est-ce qu'être un « humain » au 21e siècle ?...

 

Et quelle doit être la place des identités nationales, dont la nôtre, encore contingentes et toujours changeantes, dans un monde où émerge la notion d'identité humaine planétaire ?

 

Bien-sûr, si l'on se place sur ce plan, la notion de nationalité est d'ores et déjà caduque. Même si elle reste essentielle d’un point de vie politique, culturel ou tout simplement pragmatique. Si elle existe toujours, elle change. Et si elle change, il faut la revisiter.

 

Mais aussi la transcender dans une nouvelle identité, humaine, mondiale, transnationale, non seulement politique, métaculturelle ou métasociale, mais vraiment "spirituelle" !

 

Vaste chantier pour le siècle...

 

 

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Par Christophe Claudel - Publié dans : Comprendre
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