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Jeudi 7 septembre 2006 4 07 09 2006 21:57

Pourquoi le « royalisme » est contraire à l’éthique
et dangereux pour la démocratie

 

 


Parler sans friser le ridicule de « royalisme » à propos du non-programme de la candidate à la candidature socialiste peut paraître une aberration, tant sa stratégie de pré-campagne semble exclusivement fondée sur l’image au détriment des idées. Reproche facile que ses adversaires et rivaux socialistes ne manquent pas de lui asséner quotidiennement.

Inutile d’épiloguer là-dessus. De deux choses l’une : soit le bon sens triomphera et les urnes parleront d’elles-mêmes une fois le soufflé retombé, soit notre société est entrée de façon irréversible dans une ère hautement préoccupante de « virtualisation du politique », ultime avatar d’un vrai déclin de la démocratie, entamé dans les faits à défaut d’être entériné par le discours.

Pourtant, derrière ce vide pesant laissé par la Barbie des sondages, se cache une réalité autrement plus trouble, que révèlent l’analyse psychologique du personnage et l’état des lieux d’un bilan politique il faut bien l’avouer assez étique sur le fond, quoique symboliquement éloquent sur la forme.

Loin d’apparaître comme un système de pensée enraciné dans un courant philosophique repérable, un programme politique construit et cohérent, ou un corpus éthique ouvertement assumé, rendu crédible par l’épreuve des faits et partagé par une « famille » de pensée sinon une famille politique, le « royalisme » n’en demeure pas moins un système de valeurs. Ou plutôt, et ce malgré les apparences, un système « d’anti-valeurs ». Un système plus obscur qu’il n’y paraît, plus affectif qu’intellectuel et, à l’envers des déclarations de l’intéressée, davantage fondé sur des propos réactifs que sur une réelle ambition ou vision morale pour la société de demain.

Un système que dessinent en filigrane des prises de positions, des déclarations, des attitudes plus ou moins conscientes, calculées ou assumées, au cours de ces dernières années par celle que beaucoup considèrent naïvement comme une fleur sans épines ni poison.

Simplicité, proximité, séduction : voilà ce qui constitue aujourd’hui les atouts majeurs sur lesquels semble vouloir capitaliser Ségolène Royal dans son tour de France médiatique, aussi prompte à rencontrer la France vraie qu’à éluder les vraies questions des Français…

Celle qui incarne pour certains, dans un autre style que son concurrent direct Nicolas Sarkozy, le renouvellement « en » politique (un style différent, une autre génération au pouvoir…) et le renouvellement de « la » politique (une femme à la tête de l’Etat), joue en effet fort habilement des signes, à défaut de messages clairs sur son éventuel dessein politique pour la France et pour l’Europe, dans un monde en rapide métamorphose et avide de repères solides.

Jetant le trouble à gauche, bousculant son parti par des propositions aussi hasardeuses et irréalistes que bravaches (l’Armée dans les écoles…), pratiquant avec un goût affiché de la provocation le hiatus politique à l’égard de son propre camp, sans pour autant contribuer de façon crédible à l’élaboration d’un programme pour le futur candidat du PS, flirtant avec une aisance volubile avec des méthodes ou de thèmes qu’on croyait jusque là réservés à l’extrême droite, Ségolène Royal poursuit dans le même temps son entreprise de séduction de l’opinion et de brouillage des esprits autour d’une image savamment packagée.

Développant de façon obsessionnelle la thématique de la « défense des valeurs familiales », elle appuie son discours sur un marketing jalousement orchestré d’épouse et de mère exemplaire, volant presque la vedette au très médiatique et sulfureux couple Nicolas-Cécilia. Elle déploie une énergie remarquable pour être perçue comme « proche des gens », « à l’écoute des Français », multipliant les postures de bonne sœur au point d’être qualifiée de « Madone des sondages », non en référence à quelque star du show biz mais bien, autant qu’à son état de grâce statistique, au caractère asexué, moralisant et profondément hypocrite (même si le qualificatif est ici inconscient) du personnage et de sa mise en scène.

Elle semble du même coup coupablement négliger que gouverner un pays ne se limite pas écouter les gens ni les sondages et additionner les sermons de chapelle dans la bonne province mais exige au contraire de savoir trancher, d’assumer seul des choix difficiles, quitte à se rendre impopulaire.

Si ces déclarations sont souvent courtes sur le fond, jouant davantage sur l’émotion que sur la réflexion, elle n’oublie cependant jamais d’afficher, telle une réclame pour une marque de dentifrice, un sourire éclatant, presque figé, en tout cas parfaitement faux, à l’envergure proportionnelle au vide sidéral de son programme.

On lui reproche avec justice, à gauche comme à droite, cette absence de vue et de réflexion, qui fait pourtant - paraît-il - son succès auprès des Français… La fronde n’est que superficielle, et visiblement propre à renforcer sa popularité d’électron libre, de bulle sans masse ni trajectoire prédéfinie, sans racines ni assise intellectuelle critiquables, dans les sondages.

Lisse dans la forme, la candidate putative s’avère pourtant dangereusement anguleuse sur le fond, pour peu qu’on prenne le soin d’analyser en profondeur les ressorts masqués de son engagement. Qu’on puisse être dupé par le mirage Royal est une chose. Qu’on néglige de s’interroger en profondeur sur les véritables ressorts du personnage est autrement plus coupable.

Prenons le thème de la « famille », le seul dont elle ait vraiment fait jusqu’à présent, avec l’éducation, un cheval de campagne. Le seul aussi à propos duquel elle puisse se réclamer d’une quelconque expérience politique tangible… Force est de reconnaître que certains propos de Ségolène Royal sur ce sujet n’auraient pas fait rougir certains apôtres de la politique familialiste de la France vichyste ! Derrière la morale bon teint propre à rassurer la France profonde, il y a des écarts qu’on ne peut ignorer sans réagir avec vigueur, au nom des valeurs essentielles de la démocratie, dont la nouvelle Jeanne d’Arc de la morale familiale se réclame pourtant.

Sur ce thème important - quoique loin d’être le thème central de la campagne amorcée - il semble nécessaire de se livrer à quelques rappels objectifs afin de redresser des perspectives tronquées. Au risque de voir se déformer de façon monstrueuse la belle icône en pleine procession électorale…

Quid du « bilan » politique de la future candidate ? Si celle-ci ne tarit pas d’auto satisfecit sur son bilan – court il est vrai – de Présidente de la Région Poitou Charente, oubliant qu’elle postule à une élection présidentielle et non à une Préfecture de région, elle reste en revanche assez sélective sur les faits marquants de son expérience de Ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance ou de Ministre déléguée à l'Enseignement scolaire du gouvernement de Lionel Jospin.

Certes, n’est pas ministre d’Etat qui veut et dans le cas de Ségolène Royal, il n’est pas évident a priori de donner du lustre et de l’épaisseur à ce portefeuille de l’ex favorite mitterrandienne.

Si Ségolène Royal ne peut sans doute pas se féliciter d’avoir conduit des réformes audacieuses qui auraient modifié en profondeur le système éducatif français ou offert un élan moderne et dynamique à la politique familiale, elle joue néanmoins toujours sur les signes, montant en épingle des mini symboles qui, s’ils sont presque ridicules pour un bilan politique, livrent un éclairage étonnamment parlant sur le personnage, pour peu qu’on en décrypte le sens.

Ségolène Royal omet ainsi soigneusement de mentionner certaines « erreurs », tout comme paradoxalement ses adversaires autant que les médias, pour le coup coupablement amnésiques. Erreurs de taille qui, si elles ne peuvent explicitement être taxées de « criminelles », restent pour le moins d’une gravité que l’on doit souligner s’agissant d’une candidate déclarée aux plus hautes fonctions de l’Etat.

Ministre déléguée à l'Enseignement scolaire en 1997-2000 et Ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance en 2000-2001, Ségolène Royal s’enorgueillit aujourd’hui d’avoir « lutté contre le bizutage » ! Belle croisade morale et bel exploit politique ! Ce rappel n’est pourtant pas anodin. Il illustre, avec d’autres du même acabit, un engagement politique fondé sur la morale, ou plutôt une certaine conception de la morale. Il traduit aussi une action politique fondée sur des convictions prétendument « morales ». Une morale qui tient en vérité du jugement de valeur et, peut-être, de convictions personnelles. En tout cas aucunement fondée sur une approche pragmatique et le jugement de réalité.

Dans cette affaire du bizutage ou l’excès de verbe et d’affect l’ont à nouveau emporté sur la réflexion sereine, Ségolène Royal s’était alors engouffrée dans l’appel d’air d’une opinion publique qu’on disait majoritairement épouvantée par quelques dérapages commis par une poignée de potaches sadiques et irresponsables. Il est cependant regrettable, pour celle qui n’est pas avare de gloseries sociologisantes, de ne pas s’être alors illustrée de façon plus digne par un recul critique qu’il eût fallu conserver sur l’événement et le spectacle. Et d’avoir simplement, comme à son habitude, enfourché des poncifs pour attiser l’opinion dans ce qu’elle a de plus grégaire.

Si des excès devaient alors être condamnés et réprimés, le bizutage n’en reste pas moins aujourd’hui, en dépit de réels excès, l’un des seuls rituels symboliques de passage, totalement caricaturé et mécompris, dans une société uniformisée et sans repère d’intégration générationnelle. Il faut beaucoup plus de nuance et d’esprit que de simples harangues affectives et hystériques pour en comprendre les vrais ressorts. Un éclairage anthropologique eût été en la circonstance plus approprié que le simple aboiement des médias pour éclairer toute décision politique sur un sujet plus symbolique que critique. Le jugement de valeurs à l’emporte pièces et le remue ménage des affects ont ici fait force de loi…

Le jugement de valeurs « hygiéniste » et l’épuration morale constituent d’ailleurs l’arme favorite de Ségolène Royal lorsqu’elle se dresse en défenseur des valeurs. Et cette arme peut s’avérer terriblement meurtrière. Au sens propre, malheureusement, autant qu’au figuré ! Qu’on se souvienne pour s’en convaincre des fameuses affaires de pédophilie du début de la décennie. Qu’on se souvienne du climat de haine et de suspicion paranoïaque qui avait conduit aux dérives calomnieuses et aux erreurs judiciaires, dont l’exégèse récente de l’affaire d’Outreau a heureusement permis de corriger le cap dangereux, pour les libertés, la vérité et la justice dans ce pays.

Au nom d’une certaine conception de la morale, et d’un certaine usage de la parole qu’on pourrait aisément qualifier de calomnieux et de manipulateur, la ministre avait alors tenu des propos sans fondement, sur fond d’affect et de trouble de l’opinion. Elle avait alors désigné des boucs émissaires à la vindicte publique, légitimement ébranlée par des crimes donnés en spectacle par les médias. Elle avait encouragé une véritable chasse aux sorcières, multiplié les propos excessifs pour un ministre en charge des affaires de l’Etat, que le devoir de réserve sinon la sagesse aurait plutôt dû inciter à l’apaisement des esprits.

Propos excessifs et dangereux, voire mensongers, stigmatisant des personnes pour flatter les mauvais penchants de l’opinion. Jetés en pâture à la plèbe prête à lyncher des coupables, des pères de famille innocemment accusés de crimes monstrueux n’avaient alors eu d’autre recours que de se suicider, lavant dans une mort admonitoire et désespérée leur honneur bafoué.

Peut-on aujourd’hui oublier pareil crime ? Peut-on laisser passer pareille outrance ? Peut-on songer un seul instant confier les rênes du pouvoir à une personne aussi dangereuse qu’imprévisible ? Peut-on confier la responsabilité de la force de dissuasion, de l’arme nucléaire à un individu aussi déséquilibré ? Peut-on élire comme chef de l’Etat une criminelle ? Chirac et ses affaires de la Mairie de Paris n’est qu’un pantin burlesque au regard de l’ignominie sans regret aucun de la pseudo Madone ! Sarkozy et ses saillies verbales au Kärcher savamment calculées n’est qu’une marionnette de foire face à ce Saint-Just sanguinaire !

Qu’on ne s’y trompe pas. Car il en va de l’avenir de la France et de la santé éthique de notre pays : Ségolène Royal n’a pas sa place dans le panier étroit des présidentiables ! Ces excès sont trop graves et hélas beaucoup trop récurrents pour prétendre occuper le fauteuil présidentiel.

François Mitterrand, trop épris de son ambition personnelle et trop soucieux d’imprimer sa marque dans l’histoire à l’image de son éternel rival le général De Gaulle, avait honteusement grugé les Français sur son passé politique, sur ses convictions personnelles et pratiqué quatorze années durant un art consommé de la magouille et de l’artifice en politique avec une maestria sans égal. Si Ségolène n’a évidemment pas l’étoffe intellectuelle et politique de l’homme du 8 mai, le Sphinx a cependant trouvé une héritière à la hauteur de son abaissement moral et de son pouvoir de destruction sans limite.

L’attitude dont a fait preuve Ségolène Royal peut être qualifiée de criminelle. Elle témoigne aussi de son irresponsabilité, morale autant que politique. Laurent Fabius reconnaissait récemment dans les colonnes du magazine L’Express que l’affaire du sang contaminé avait pesé pendant quinze ans sur sa carrière politique. Innocent et innocenté par la justice des faits reprochés (même s’il était politiquement co-responsable de négligences criminelles couvertes par les services de santé de l’Etat), cette affaire l’aura marqué à jamais.

Est-il admissible dans une démocratie que Ségolène Royal jouisse d’une impunité totale pour des faits tout autant sinon plus graves, alors qu’elle se présente aux Français comme une championne de la morale ? Il y a là un scandale qui discrédite la campagne elle-même et toute la classe politico-médiatique, si celle-ci reste complice par lâcheté et mutisme. N’a-t-on pas poussé au suicide un Premier Ministre pour bien moins que cela ? N’a-t-on pas défait des carrières et des réputations en instrumentalisant la justice ?… S’il est temps d’aborder les vraies questions de cette campagne, il est aussi temps de faire tomber des masques grossiers !

Toute la soi-disant politique de Ségolène Royale à l’égard de la famille ou de l’éducation, son seul vrai thème de campagne à l’heure d’aujourd’hui et le seul registre sur lequel elle puisse être jugée d’après son expérience, n’est qu’un amalgame de pieuses intentions qui cachent des principes et des aspirations des plus douteuses.

Comment pourrait-elle d’ailleurs se prétendre la candidate d’un parti qui, au nom du « progrès social » et pour satisfaire les aspirations de son électorat, avait porté avec audace sur le terrain juridique les changements de société de la fin des années 90, étendu la notion de concubins, de couple puis de « famille » aux homosexuels et fait voter le PaCS ? Un parti qui affiche aujourd’hui haut et fort comme revendication dans son programme politique le mariage des homosexuels et l’adoption par les couples de même sexe ?…

On peut être pour ou contre cette refonte pourtant inéluctable de la notion de famille, avec tous les enjeux sociologiques, anthropologiques, éthiques et juridiques qu’ils impliquent. Soucieux de définir de nouveaux repères acceptables, on ne peut cependant aller à l’encontre des réalités contemporaines. N’empêche. Ségolène Royal, aujourd’hui fort discrète sur le sujet, s’est toujours opposée avec virulence sinon avec une haine explicite contre toute réforme du statut de la famille, contre les différents projets de loi visant à légitimer les couples de même sexe. Rejoignant en cela les positions extrêmes d’une Christine Boutin, de l’Opus Dei et du nouveau pape Benoît XVI !

Après avoir fait tomber le masque et révélé toute la hideur morale du personnage, retour à l’image, atout central d’une politique spectacle de plus en plus gouvernée par les apparences, et d’une campagne que l’on pourrait aisément imaginer sponsorisée par L’Oréal…

Evoquons un autre paravent du packaging Royal : la mise en scène du couple Royal-Hollande. Passons sur les scandaleuses et immorales manipulations politiques qui ne regardent après tout que le Parti socialiste et ses militants. Par-delà la dérive anglo-saxonne contemporaine qui consiste pour les hommes et femmes politiques à étaler leur vie conjugale dans les médias, il est loisible de s’interroger sur le parcours et le background familial des principaux candidats à une élection présidentielle, laquelle se décide sur la personnalité d’un homme – ou d’une femme – davantage que sur un parti.

Celui de Ségolène Royal n’est plus un secret, tant les médias français et étrangers se sont répandus sur l’histoire personnelle de celle qu’on ne nomme plus que par son prénom. Alors que la bulle enflait telle la grenouille de la fable, tout le menu détail de la vie de Ségolène a déjà été complaisamment livré à notre curiosité dans les cahiers people.

Plus qu’un background familial ou une appartenance à tel ou tel milieu social, ce qui est ici important c’est de comprendre la psychologie du personnage auquel pourraient être confiées les plus hautes fonctions de l’Etat. De démystifier les ficelles médiatiques et d’identifier les vrais ressorts d’une personnalité trop parfaite pour être honnête.

Si l’on analyse le parcours familial de Ségolène Royal, on comprend assez vite que la championne de la proximité s’avère une femme construite essentiellement sur une trame psychologique de type « réactif ». Fille d’un militaire de carrière sans doute autoritaire et en décalage avec son époque, elle s’est finalement construite psychologiquement en totalité autour du rejet de ce père à la fois admiré et détesté. Que l’on reprenne pour s’en convaincre tous les détails biographiques abondamment illustrés dans les livres, articles et blogs consacrés à l’héroïne.

Ceci n’est pas anodin. Epouse d’un HEC promis à un brillant avenir, Ségolène Royale a choisi l’engagement à gauche sur une posture réactive, comme beaucoup de ses camarades de l’époque. Plus que des convictions intellectuellement étayées, c’est un « combat » qu’elle entend mener depuis toujours. « Lutte », « combat », « égalité », « justice » : ces mots reviennent d’ailleurs toujours dans son vocabulaire. Et il ne faut pas y voir simplement qu’une rhétorique de gauche,  mais bien le reflet d’une personnalité particulière.

Le souci de la « morale » est omniprésent chez Ségolène Royal ; on l’a déjà souligné. Mais c’est un souci tendu, non pour promouvoir une vision et des valeurs « positives », mais prompt à dénoncer des scandales, des dysfonctionnements, à freiner des évolutions suspectes, à se crisper sur des traditions ou un ordre établi. La figure du père joue ici un rôle ambigu : repoussoir et dopant psychologique, mais aussi modèle univoque d’une vertu pourtant extérieure, à conquérir autant qu’à préserver, tout en s’opposant, en débusquant des boucs émissaires réels ou fantasmatiques. La psychologie Royal est complexe, tout comme celle de son réel mentor en politique : non pas le débonnaire François Hollande, mais le ténébreux François Mitterrand.

Une chose est sûre : cette psychologie n’est pas mûre mais en pleine évolution. L’appétit du pouvoir, quoique savamment tempéré par une image lisse et faussement douce de femme-icône, n’a pas encore rencontré son réel champ d’expression. Propulsé à la tête de la région Poitou Charente en pleine vague rose des régionales de mars 2004, Ségolène Royal a vu sa carrière et sa popularité propulsées de façon inespérée. Même si les calculs du couple Hollande-Royal entrent pour une large part dans la stratégie politique des deux figures du PS, ce sont davantage les sondages et les médias qui ont propulsé Ségolène Royal dans la campagne présidentielle, bien plus qu’une carrière longuement préparée comme c’est le cas pour le candidat déclaré de l’UMP.

A presque sept mois de l’échéance présidentielle, nul ne sait avec une certitude absolue quels seront les deux poids lourds désignés par les partis pour le duel final. Une chose est sûre : face à la sclérose de candidats socialistes et aux enjeux de cette élection, la désignation du candidat socialiste ne peut être laissée à la seule responsabilité des militants. La France est prise à témoin sinon en otage par des appétits concurrents depuis au moins un an. Chaque Français a le droit et le devoir de s’informer sur ce que cache chaque candidat autant que sur son éventuel programme politique, lequel est plus aujourd’hui affaire de maillotage des partis que de vision personnelle.

L’élection d’un Président de la République est un rendez-vous trop important et un choix trop grave pour être laissé à la seule gouvernance des clichés et des médias. L’heure est aux questions de fond. Fond du débat politique mais aussi fond des personnalités appelées à nous gouverner. La France pèche trop par un nombrilisme narcissique et a trop accumulé de déconvenues ces dernières années pour ne pas prendre son destin en mains avec un sens aigu de son histoire, de ses responsabilités et de son influence réelle dans le monde d’aujourd’hui. Il en va de l’avenir et de la crédibilité de notre démocratie et de ses valeurs, dont nous sommes si prompts à nous réclamer des modèles.

Par Christophe Claudel - Publié dans : Comprendre
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