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Mardi 23 octobre 2007

Encore un B.L.O.G. ?

(Bavard Lunatique Omnivore ou Généreux)

 

Contemplatif ou ignorant ?
L'oreille en parabole ou le tympan noueux ?
Pulsé à fleur de peau ou la cuirasse bouclée ?
Tantôt béante et tantôt close la porte des sens.

L'esprit éveillé ou le ciel bas ?
Le talon agile ou l'arbre suspendu ?
La main ouverte ou le cœur gourd ?
Tantôt relié, tantôt reclus au seuil de l'humain.

Cap vers l'horizon ou spirales récurrentes ?
Arpèges fluides ou refrains de scrupules ?
Danser dans la ronde des mondes ou sécher sous le marbre noir ?
Devenir ou ne pas être ?

Franchir les portiques du Sens !

Des brèches ouvertes, des prises à saisir,
Des rochers fondus par le soleil et des oracles sous la voûte,
Rien n'existe et rien n'advient sans jeux avec l'autre.


A vous de jouer !

Par Christophe Claudel - Publié dans : Partager
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Vendredi 19 octobre 2007

Les calicots d’un été pourri sont remisés, l’illusion de la fête perpétuelle s’est alanguie. L’automne est bien là et l’hiver se profile déjà, même si le ciel tout bleu permet encore de rêver d’ailleurs. Paris a l’âme grise et sale d’un été indien qu’on peine à goûter. Les visages sont tendus, fermés, piquants. On sent le poids du stress, mêlé à l’arrogance de la course, du choc constant des egos qui se toisent et se zappent dans l’espace public, on sent les cœurs gâtés par l’amertume des petits rois déçus, surfant sur l’exhibitionnisme de la misère du monde et, juste à côté de soi, de la timbale des déchus qu’on ne voit même plus.

Le rêve de l’Ovalie bleu-blanc-rouge s’est envolé. Ni l’ovale ni l’ellipse ne réconcilieront cette fois encore les Français avec eux-mêmes ni avec leur orgueil national, comme il y a neuf ans le ballon tout rond d’une France black-blanc-beur. La femme du Président s’en va mais ce dernier fait mine de l’ignorer, vissé aux commandes du pouvoir comme un funambule en plein élan vers une autre rive toujours repoussée ailleurs. Et voici la grève des transports qui ouvre une rentrée sociale et politique attendue comme des plus moroses, réveillant les vieux fantômes d’une France en panne, alors qu’on croyait enfin tournée la page du 20e siècle et de ses pesanteurs, qu’on se voyait déjà propulsé dans la postmodernité et bien assis à la table des gagnants.

Retour au quotidien, retour aux réflexes inertiels et aux rapports de force habituels entre le politique épris d’action et de réforme et les syndicats inquiets de préserver les acquis sociaux, mais aussi leur « pouvoir acquis », alors que la recomposition de l’échiquier et du style politique français semble irréversible depuis qu’un nouveau Président veut prendre en main le destin du pays, précipite le calendrier, accélère le rythme du changement jusqu’au vertige et donne le sentiment d’aspirer le pouvoir à lui seul dans une concentration monarchique et autocratique.

Dans la France d’aujourd’hui, malade de son narcissisme, menacée par le délitement du sentiment national à cause, dit-on, d’une mondialisation qui broie les repères, en quête inquiète d’un sentiment nouveau d’unité, de cohésion sinon de cohérence, en mal de repères et de sens de l’intérêt général, avide de retrouver par les symboles ce sentiment d’appartenance à une entité collective unie et solidaire qui transcende et réunit toutes ses différences, ce vouloir vivre ensemble inscrit dans l’idéal républicain de Fraternité, voilà une nouvelle série de grèves et de désillusions.

Toute grève des transports, qui fige l’orgueilleuse capitale et oblige à au ralentissement sinon à l’arrêt de l’activité et du travail, agace et divise. Elle brise l’espoir autant que la course, referme les esprits sur les préoccupations particulières et livre le sens de l’intérêt général aux seuls calculs économiques.

A moins que tous les Parisiens ne se mettent à l’heure de Vélib’ ou de la marche sous le soleil d’automne, on entendra encore sur les quais bondés du métro les habituelles râleries contre ces cheminots qui défendent leurs intérêts catégoriels et refusent tout sacrifice pour préserver quelques points de retraite acquis, au nom d’une pénibilité du travail des plus relatives. On verra ces regards tendus dans les gares, on entendra ce brouhaha exaspéré ou résigné devant ces oracles électroniques chargés de tempérer la grogne mais impuissants à réguler les flux interrompus du système et de drainer les masses agglutinées dans fourmilière en panne.

On sera tenté par les réflexes individualistes et partisans. On parlera avec force et conviction, défendra son point de vue avec fermeté, provocation ou laconisme, dans les couloirs et les tuyaux médiatiques, sur les écrans bien lisses et bien plats du 20 heures ou dans les coulisses blogueuses et les coursives blagueuses d’Internet 2.0.

Quoi qu’on en pense, quoi qu’on en dise, force est de constater que les Franciliens vivent contraints ou satisfaits le temps d’une pause. La province n’est pas plus épargnée et l’orgueilleuse capitale se voit renvoyée à sa morgue.

Si elle se poursuit, on évoquera bien vite à n’en point douter le « coût » de cette grève. Sujet déjà débattu aux conclusions entendues. Fera-t-on resurgir le scénario des grandes grèves de 1995 ? Spectre apocalyptique pour les uns, rêve de grandes vacances à vélo et de covoiturage sympathique pour les autres. Ira-t-on à gauche jusqu’à raviver le mythe des grandes grèves du Front Populaire à propos de cette grève des transports, première épreuve de force de l’ère Sarkozy, et alors que s’ouvre le Grenelle de l’environnement ? Tout un symbole !...

Ou bien prendra-t-on le temps d’un vrai dialogue et la mesure de cette pause imposée ?

Négociation ? Quoiqu’en dise le gouvernement, ce sera inévitable. Car les Français ont élu un Président présentant un programme, non un programme à appliquer par un homme, fût-il convaincu de suivre la bonne feuille de route pour son pays. Il y aurait là une vraie dérive et, à terme, un schisme dangereux entre l’opinion et le prince.

Pause dans les réformes ? A voir la détermination de Nicolas Sarkozy et la latitude politique dont il dispose pour mettre en œuvre son plan de réformes quitte à écorner son image, il est permis d’en douter.

Ajustement du « rythme » des réformes et ouverture d’un vrai dialogue sur le calendrier et les moyens, tout en respectant les grandes lignes du programme et des engagements auxquels le Président ne cesse de se référer et sur lequel il entend être jugé ? C’est plus que souhaitable pour maintenir l’équilibre de la confiance.

Jeune, ambitieux et volontariste, Nicolas Sarkozy n’a pas eu la chance d’être Premier Ministre avant d’accéder aux plus hautes fonctions de  l’État. Ainsi semble-t-il préférer la décision à la délégation, tout en décrispant les relations entre les mailles du pouvoir et ses interlocuteurs. Mais peut-il incarner à la fois De Gaulle et Kennedy ?...

Alors que l’épreuve de force sociale coïncide avec un divorce prononcé, l’homme blessé qui galope en solitaire à la tête de l’État comme un Bonaparte en campagne ne doit-il pas apprendre à partager effectivement le pouvoir, non seulement en donnant de nouveaux droits à une opposition déconfite par la défaite, les rivalités de personnes, le manque d’authenticité et d’analyse critique et le retard dans l’aggiornamento de ses valeurs. Mais aussi avec ceux qui sont sensés l’exercer. Premier Ministre et ministres pour l’exécutif. Parlement pour le législatif. Tribunaux pour le judiciaire, lequel pourrait un jour le rattraper, comme il le fit pour certains de ses anciens rivaux et mentors… Médias pour l’information.

Nicolas Sarkozy connaît parfaitement les rouages de la politique et son ascension répond autant à son ambition personnelle, à l'aboutissement d'une carrière politique fondée sur l'action, qu’en sa capacité de jouer avec les leviers du système. Quant au charisme du chef de l’État et à l’alchimie entre le peuple et son monarque élu, les récents sondages reflètent le hiatus qui se fait jour au sortir de l’état de grâce entre une opinion dubitative et le tandem politique confronté aux réalités de rentrée : Nicolas Sarkozy et François Fillon accusent une chute respective de 5 et 8 points par rapport au mois dernier[i].

Quant aux syndicats, ils doivent sans doute entamer eux aussi leur mue, se définir autrement que comme des contre-pouvoirs et pratiquer la représentation et le dialogue social avec un sens plus mûr, plus sûr et plus ouvert de leurs responsabilités. Devenir des forces de proposition et bousculer le politique sur son propre terrain symbolique, en pratiquant la politique de la main tendue et non celle du refus. Car si le pouvoir politique est aujourd’hui concentré, l’intelligence, l’écoute, le dialogue et la démocratie sont toujours à réinventer en s’affranchissant des réflexes mécaniques, régressifs et liberticides d’un peuple qui s’abandonne trop facilement à la Transcendance du monarque élu ou celle de ses idéaux républicains, révolutionnaires et de leurs hérauts.

La France est à réinventer. Et la pause est un temps à saisir si l’on ne veut essuyer une nouvelle crise coûteuse en pertes économiques et en énergies collectives sans un vrai saut qualitatif. Les énergies, individuelles et collectives, doivent se reprendre, revenir à leur vrai pouvoir de création, de transformation et de changement, sans attendre du pouvoir, des représentants partisans la solution miracle. Et agir là où elles le peuvent dans le sens de l’intérêt général et non partisan. Sans céder à la tentation du pourrissement général et de la décomposition des liens.  Mais en acceptant toutefois de laisser mourir les illusions perdues et les schémas anciens. Sans céder aux mirages de la société du spectacle, tantôt euphorique, tantôt désabusée, tantôt sidérée. Car jouir du seul pouvoir de regarder affranchit de toute responsabilité individuelle. En se projetant dans la seule représentation, dans des avatars ou des modèles d’identification, on perd toute capacité de « gouvernement » sur sa propre existence.

Or c’est bien de cela qu’il s’agit. Gouverner en démocratie ce n’est pas seulement exercer le pouvoir au nom du peuple et pour le peuple. Gouverner pour un monarque ce n’est pas seulement prévoir comme l’affirmait le Roi Soleil, anticiper et capter  le réel  en devenir par un effort de vision mais aussi de fascination, en se hissant au-dessus pour être aux commandes de la machine de l’État et exercer son emprise sur les esprits.

Gouverner c’est aussi et avant tout « se » gouverner. Afin de pouvoir maîtriser ce qu’on est réellement en capacité de gouverner. Tenir la gouverne qu’on a effectivement en mains. Sans prétendre tenir celle du voisin ou des puissants. Car qui lâche sa propre gouverne risque le naufrage. Et qui lâche le gouvernail devient le jeu du vent et du temps, du temps qu’il fait et du temps qui passe. Et qui fait naufrage ou se jette à l’eau parce qu’il ne veut plus ou ne peut plus tenir sa gouverne, se retrouve, au mieux, sur la grève…

Faire une « pause » c’est autre chose que simplement faire grève. On peut faire une pause sans s’arrêter totalement. Sans se condamner à l’inactivité et à la mort symbolique. Ralentir le rythme effréné de la « course des rats » auquel ressemble notre vie urbaine défigurée par le choc des appétits, de l’avoir, du pouvoir et du paraître, et prendre les chemins de traverse. Enfourcher son vélo ou s’adapter en vivant autrement n’est pas en soi mauvais. Mais pour tous ceux dont la subsistance matérielle dépend des heures de travail effectuées et donc des déplacements pour se rendre sur le lieu de travail, il y a un légitime sentiment d’injustice à se voir ainsi pénaliser par la grève. Sentiment qui peut renvoyer à celui de la précarité, de l’exclusion, à la peur et à tous les réflexes négatifs qu’elle engendre : découragement, repli, ressentiment, refus ou réaction contre un système et ses boucs émissaires : ceux qui exercent le pouvoir de décision. Ou ceux qui grippent le système par l’appropriation de la représentation professionnelle collective au service d’intérêts catégoriels, en attisant le ressentiment et en jouant des logiques victimaires d’opposition et de rapports de forces là où il faudrait jouer des logiques de proposition et substituer l’intérêt général à l’intérêt catégoriel.

Mais justement. Parce que les raideurs et les logiques individualistes sont brisées, le temps de la pause est aussi celui où l’on peut réinventer la souplesse des échanges collectifs. Ne pas se crisper sur ce que l’on perdra, mais permettre d’accueillir ce que l’on peut gagner. Réapprendre l’économie des échanges. A commencer par les échanges verbaux qui reflètent davantage l’état d’esprit et les émotions que les idées qu’on prétend débattre. Ne pas céder à la râlerie systématique en désignant des boucs émissaires à mener au bûcher. S’écouter et s’entraider.

Il y a du chemin à faire quand on observe les scènes d’individualisme qu’engendre la pagaille actuelle : affrontements physiques entre voyageurs pour se hisser dans la seule rame de métro déjà saturée, automobilistes au bord de la crise de nerfs rusant avec le Code de la route pour se faufiler furtivement au milieu d’un concert de klaxons, rollers bousculant skateboards sur des trottoirs zébrés de piétons hystériques ou hagards. Système D et règne du chacun pour soi…

Toutefois, compte tenu du contexte international toujours instable et de l'augentation, statistique sinon réelle, des risques majeurs, la grève est une bien petite « crise » en comparaison de ce que pourrait être une guerre, une catastrophe écologique ou un attentat terroriste de grande envergure. Les Français auraient peut-être besoin de semblable choc psychologique pour se réveiller de leur appesantissement individualiste et de leur orgueil cocardier passéiste et décadent.

Considérons avec davantage de sens des responsabilités et de conscience collective les horreurs que nous dessert chaque jour le robinet télévisuel, fabriquant autant de sensations que d’anesthésique, et espérons que la nécessaire prise conscience à venir se produira par des voies plus pacifiques, sans attendre de nouvelles catastrophes ou cataclysmes.

La raison suffira-t-elle au pays de Voltaire à amollir des esprits bardés de fières certitudes ? Le pragmatisme suffira-t-il à raviver le bon sens ? Qu’avons-nous à inventer pour entrer dans l’ère de la postmodernité ? A quelles idées, à quels idéaux, à quelles représentations de nous-mêmes et de notre modernité nous faut-il renoncer pour trouver notre cohérence dans le monde d’aujourd’hui ? Dépasser les frontières symboliques et être ensemble dans le nouveau siècle ? Apporter notre contribution non seulement en termes de dynamisme économique, d’innovation, d’exception culturelle, mais aussi et surtout de valeurs communes.

Le temps de la pause est celui où l’on peut revoir la carte. La carte du territoire géographique pour le parcourir autrement et ne pas se figer dans les régulations systémiques de l’urbs. La carte et le sens politique pour exercer la démocratie autrement, sans chercher des rois à renverser ni donner trop de prix au pouvoir systémique du politique, de l’économique et du sociétal.

Revoir la carte de nos repères et de nos valeurs en les éprouvant, plutôt qu’en plaquant nos idées sur le réel en les opposant. Liberté, égalité, fraternité : qu’est-ce cela veut dire aujourd’hui, concrètement, un jour de match ou un jour de grève ? Comment se rendre libres et rendre libres les autres des contingences liées aux réseaux de transport quand tout se grippe et se bloque ? Comment interpréter cette égalité plus ou moins relative mais néanmoins objective face à la paralysie de la mobilité physique ? Au pays des beaux esprits et à l’heure des réalités virtuelles, oublierait-on parfois que nous avons un corps soumis à la pesanteur ?... Comment inventer des gestes et de nouvelles façons d’être présents à nous-mêmes et solidaires, sinon fraternels, quand tout pousserait à se replier, s’évader ou à préserver ses intérêts personnels et catégoriels ?

La pause a une valeur : celle d’obliger à se redéfinir soi-même et ensemble dans l’appartenance au « commun », plus encore qu’au collectif. Car l’humain n’est pas une « collection » ni un « ensemble », pas plus que l’individu n’a de sens qu’à mesure qu’il s’oppose, se divise davantage des autres. Mais bien plutôt en prenant conscience et en agissant avec la conscience de ce qui relie dans un "nous" cohérent. Ce qui relie tel point de la carte à un autre nous permet de voyager. Mais qu’est-ce qui relie les humains d’une même cité ? Que signifie cette « citoyenneté » qu’on brandit si souvent comme un prêt-à-gloser sémantique ? Et plus largement qu’est-ce-qui relie l’humain et le dépasse ? Ici, localement, ou à l’autre bout de la planète ? C’est dans un juste aller-retour entre nos valeurs universelles de fraternité et l’exercice concret de cette valeur au quotidien que le sens de l’appartenance à une réalité humaine qui nous inclut et nous dépasse, qui vit et se transforme, pénétrera les esprits et résoudra les conflits mimétiques d’intérêts et de différences.

La pause n’a pas de sens en elle-même. Sinon par le sens qu’on lui donne en redéfinissant le sens du vivre ensemble. Dialogue social oui, à condition de ne pas se limiter à la sphère « sociale » et concevoir les choses à plusieurs niveaux.

Quel but se fixer quand la capacité de se déplacer rapidement d’un point à un autre est limitée ? Quelle direction, quelle trajectoire prendre, seul, à plusieurs ou ensemble, quand les moyens de se déplacer sont paralysés ? Quand les systèmes collectifs ou publics sont désorganisés ? Quand la logique est ramenée à la pesanteur des corps ? L’esprit est vif mais la chair est lente… Et la puissance de nos infrastructures, la vitesse des transports nous berce dans l’illusion que nous sommes affranchis des contingences physiques du corps par la maîtrise matérielle et technique de nos moyens de locomotion.

Retrouver le sens du « commun » quand le collectif et le public sont en panne. Qu’il est bêtement « commun » de se retrouver agglutiné sur le quai d’une gare à attendre un train qui ne viendra pas. Qu’avons-nous à mettre « en commun », hormis nos outils technologiques, nos portables et nos véhicules personnels pour palier la panne de service public ?

Quelles solutions peut-on imaginer qui ne soient pas que des astuces immédiates ? Quels réseaux d’entraide peut-on inventer à notre mesure quand les réseaux du système sont au stand by ? Va-t-on se replier sur soi ou se tourner vers l’autre ?

Qu’allez-vous faire aujourd’hui pour utiliser ce temps de grève qui, certes, aura un coût ? Pour valoriser ce temps de pause qui a un prix ? Qu’allez-vous gagner et qu’allez-vous perdre ? Qu’allez-vous donner et recevoir ? Quel sens nouveau allez-vous trouver dans les échanges ? Qu’allez-vous faire de commun ou de génial pour améliorer le bien commun ?

Bonne journée et belle fin d’automne !

Christophe Claudel


[i] Sondage AFP 12 et 13/10/2007

Par Christophe Claudel - Publié dans : Comprendre
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Mardi 26 décembre 2006

1991, a Belgian hardcore techno hit enflamed the rave parties all over the World. “James Brown is dead”: the anthem was quite ironical and provocative. In people’s mind in the late 90s, James Brown could simply not die!…

I will always remember Mister James Brown on Palais des Congrès stage in Paris, Summer 2004. The year of his 70th birthday. The year Ray Charles, I had seen on the same stage, was dead... One minute of silence in the middle of 2 hours of power and music.

“Mister Dynamite” was not jumping and spinning anymore on his feet as the Soul kid used to do decades ago. But the voice, the energy and mischievousness were untouched!

He was ruling his orchestra and choir with a true master hand. And the audience was in flame!

Being "born to Heaven" the night of the Christ's birth celebration... There could have been a worse opportunity for a "Godfather"!...

We all miss you a lot Mister Brown.

Thanks for your great contribution to Black and Universal music! Thanks for the inspiration you have been giving to Soul, Funk, Blues, and therefore House music...

Otis Redding, Aretha Franklin, Ray Charles... and today James Brown: the angels are gifted!

Hope you really “feel good” Godfather!

Par Christophe Claudel - Publié dans : Célébrer
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Jeudi 7 septembre 2006

Pourquoi le « royalisme » est contraire à l’éthique
et dangereux pour la démocratie

 

 


Parler sans friser le ridicule de « royalisme » à propos du non-programme de la candidate à la candidature socialiste peut paraître une aberration, tant sa stratégie de pré-campagne semble exclusivement fondée sur l’image au détriment des idées. Reproche facile que ses adversaires et rivaux socialistes ne manquent pas de lui asséner quotidiennement.

Inutile d’épiloguer là-dessus. De deux choses l’une : soit le bon sens triomphera et les urnes parleront d’elles-mêmes une fois le soufflé retombé, soit notre société est entrée de façon irréversible dans une ère hautement préoccupante de « virtualisation du politique », ultime avatar d’un vrai déclin de la démocratie, entamé dans les faits à défaut d’être entériné par le discours.

Pourtant, derrière ce vide pesant laissé par la Barbie des sondages, se cache une réalité autrement plus trouble, que révèlent l’analyse psychologique du personnage et l’état des lieux d’un bilan politique il faut bien l’avouer assez étique sur le fond, quoique symboliquement éloquent sur la forme.

Loin d’apparaître comme un système de pensée enraciné dans un courant philosophique repérable, un programme politique construit et cohérent, ou un corpus éthique ouvertement assumé, rendu crédible par l’épreuve des faits et partagé par une « famille » de pensée sinon une famille politique, le « royalisme » n’en demeure pas moins un système de valeurs. Ou plutôt, et ce malgré les apparences, un système « d’anti-valeurs ». Un système plus obscur qu’il n’y paraît, plus affectif qu’intellectuel et, à l’envers des déclarations de l’intéressée, davantage fondé sur des propos réactifs que sur une réelle ambition ou vision morale pour la société de demain.

Un système que dessinent en filigrane des prises de positions, des déclarations, des attitudes plus ou moins conscientes, calculées ou assumées, au cours de ces dernières années par celle que beaucoup considèrent naïvement comme une fleur sans épines ni poison.

Simplicité, proximité, séduction : voilà ce qui constitue aujourd’hui les atouts majeurs sur lesquels semble vouloir capitaliser Ségolène Royal dans son tour de France médiatique, aussi prompte à rencontrer la France vraie qu’à éluder les vraies questions des Français…

Celle qui incarne pour certains, dans un autre style que son concurrent direct Nicolas Sarkozy, le renouvellement « en » politique (un style différent, une autre génération au pouvoir…) et le renouvellement de « la » politique (une femme à la tête de l’Etat), joue en effet fort habilement des signes, à défaut de messages clairs sur son éventuel dessein politique pour la France et pour l’Europe, dans un monde en rapide métamorphose et avide de repères solides.

Jetant le trouble à gauche, bousculant son parti par des propositions aussi hasardeuses et irréalistes que bravaches (l’Armée dans les écoles…), pratiquant avec un goût affiché de la provocation le hiatus politique à l’égard de son propre camp, sans pour autant contribuer de façon crédible à l’élaboration d’un programme pour le futur candidat du PS, flirtant avec une aisance volubile avec des méthodes ou de thèmes qu’on croyait jusque là réservés à l’extrême droite, Ségolène Royal poursuit dans le même temps son entreprise de séduction de l’opinion et de brouillage des esprits autour d’une image savamment packagée.

Développant de façon obsessionnelle la thématique de la « défense des valeurs familiales », elle appuie son discours sur un marketing jalousement orchestré d’épouse et de mère exemplaire, volant presque la vedette au très médiatique et sulfureux couple Nicolas-Cécilia. Elle déploie une énergie remarquable pour être perçue comme « proche des gens », « à l’écoute des Français », multipliant les postures de bonne sœur au point d’être qualifiée de « Madone des sondages », non en référence à quelque star du show biz mais bien, autant qu’à son état de grâce statistique, au caractère asexué, moralisant et profondément hypocrite (même si le qualificatif est ici inconscient) du personnage et de sa mise en scène.

Elle semble du même coup coupablement négliger que gouverner un pays ne se limite pas écouter les gens ni les sondages et additionner les sermons de chapelle dans la bonne province mais exige au contraire de savoir trancher, d’assumer seul des choix difficiles, quitte à se rendre impopulaire.

Si ces déclarations sont souvent courtes sur le fond, jouant davantage sur l’émotion que sur la réflexion, elle n’oublie cependant jamais d’afficher, telle une réclame pour une marque de dentifrice, un sourire éclatant, presque figé, en tout cas parfaitement faux, à l’envergure proportionnelle au vide sidéral de son programme.

On lui reproche avec justice, à gauche comme à droite, cette absence de vue et de réflexion, qui fait pourtant - paraît-il - son succès auprès des Français… La fronde n’est que superficielle, et visiblement propre à renforcer sa popularité d’électron libre, de bulle sans masse ni trajectoire prédéfinie, sans racines ni assise intellectuelle critiquables, dans les sondages.

Lisse dans la forme, la candidate putative s’avère pourtant dangereusement anguleuse sur le fond, pour peu qu’on prenne le soin d’analyser en profondeur les ressorts masqués de son engagement. Qu’on puisse être dupé par le mirage Royal est une chose. Qu’on néglige de s’interroger en profondeur sur les véritables ressorts du personnage est autrement plus coupable.

Prenons le thème de la « famille », le seul dont elle ait vraiment fait jusqu’à présent, avec l’éducation, un cheval de campagne. Le seul aussi à propos duquel elle puisse se réclamer d’une quelconque expérience politique tangible… Force est de reconnaître que certains propos de Ségolène Royal sur ce sujet n’auraient pas fait rougir certains apôtres de la politique familialiste de la France vichyste ! Derrière la morale bon teint propre à rassurer la France profonde, il y a des écarts qu’on ne peut ignorer sans réagir avec vigueur, au nom des valeurs essentielles de la démocratie, dont la nouvelle Jeanne d’Arc de la morale familiale se réclame pourtant.

Sur ce thème important - quoique loin d’être le thème central de la campagne amorcée - il semble nécessaire de se livrer à quelques rappels objectifs afin de redresser des perspectives tronquées. Au risque de voir se déformer de façon monstrueuse la belle icône en pleine procession électorale…

Quid du « bilan » politique de la future candidate ? Si celle-ci ne tarit pas d’auto satisfecit sur son bilan – court il est vrai – de Présidente de la Région Poitou Charente, oubliant qu’elle postule à une élection présidentielle et non à une Préfecture de région, elle reste en revanche assez sélective sur les faits marquants de son expérience de Ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance ou de Ministre déléguée à l'Enseignement scolaire du gouvernement de Lionel Jospin.

Certes, n’est pas ministre d’Etat qui veut et dans le cas de Ségolène Royal, il n’est pas évident a priori de donner du lustre et de l’épaisseur à ce portefeuille de l’ex favorite mitterrandienne.

Si Ségolène Royal ne peut sans doute pas se féliciter d’avoir conduit des réformes audacieuses qui auraient modifié en profondeur le système éducatif français ou offert un élan moderne et dynamique à la politique familiale, elle joue néanmoins toujours sur les signes, montant en épingle des mini symboles qui, s’ils sont presque ridicules pour un bilan politique, livrent un éclairage étonnamment parlant sur le personnage, pour peu qu’on en décrypte le sens.

Ségolène Royal omet ainsi soigneusement de mentionner certaines « erreurs », tout comme paradoxalement ses adversaires autant que les médias, pour le coup coupablement amnésiques. Erreurs de taille qui, si elles ne peuvent explicitement être taxées de « criminelles », restent pour le moins d’une gravité que l’on doit souligner s’agissant d’une candidate déclarée aux plus hautes fonctions de l’Etat.

Ministre déléguée à l'Enseignement scolaire en 1997-2000 et Ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance en 2000-2001, Ségolène Royal s’enorgueillit aujourd’hui d’avoir « lutté contre le bizutage » ! Belle croisade morale et bel exploit politique ! Ce rappel n’est pourtant pas anodin. Il illustre, avec d’autres du même acabit, un engagement politique fondé sur la morale, ou plutôt une certaine conception de la morale. Il traduit aussi une action politique fondée sur des convictions prétendument « morales ». Une morale qui tient en vérité du jugement de valeur et, peut-être, de convictions personnelles. En tout cas aucunement fondée sur une approche pragmatique et le jugement de réalité.

Dans cette affaire du bizutage ou l’excès de verbe et d’affect l’ont à nouveau emporté sur la réflexion sereine, Ségolène Royal s’était alors engouffrée dans l’appel d’air d’une opinion publique qu’on disait majoritairement épouvantée par quelques dérapages commis par une poignée de potaches sadiques et irresponsables. Il est cependant regrettable, pour celle qui n’est pas avare de gloseries sociologisantes, de ne pas s’être alors illustrée de façon plus digne par un recul critique qu’il eût fallu conserver sur l’événement et le spectacle. Et d’avoir simplement, comme à son habitude, enfourché des poncifs pour attiser l’opinion dans ce qu’elle a de plus grégaire.

Si des excès devaient alors être condamnés et réprimés, le bizutage n’en reste pas moins aujourd’hui, en dépit de réels excès, l’un des seuls rituels symboliques de passage, totalement caricaturé et mécompris, dans une société uniformisée et sans repère d’intégration générationnelle. Il faut beaucoup plus de nuance et d’esprit que de simples harangues affectives et hystériques pour en comprendre les vrais ressorts. Un éclairage anthropologique eût été en la circonstance plus approprié que le simple aboiement des médias pour éclairer toute décision politique sur un sujet plus symbolique que critique. Le jugement de valeurs à l’emporte pièces et le remue ménage des affects ont ici fait force de loi…

Le jugement de valeurs « hygiéniste » et l’épuration morale constituent d’ailleurs l’arme favorite de Ségolène Royal lorsqu’elle se dresse en défenseur des valeurs. Et cette arme peut s’avérer terriblement meurtrière. Au sens propre, malheureusement, autant qu’au figuré ! Qu’on se souvienne pour s’en convaincre des fameuses affaires de pédophilie du début de la décennie. Qu’on se souvienne du climat de haine et de suspicion paranoïaque qui avait conduit aux dérives calomnieuses et aux erreurs judiciaires, dont l’exégèse récente de l’affaire d’Outreau a heureusement permis de corriger le cap dangereux, pour les libertés, la vérité et la justice dans ce pays.

Au nom d’une certaine conception de la morale, et d’un certaine usage de la parole qu’on pourrait aisément qualifier de calomnieux et de manipulateur, la ministre avait alors tenu des propos sans fondement, sur fond d’affect et de trouble de l’opinion. Elle avait alors désigné des boucs émissaires à la vindicte publique, légitimement ébranlée par des crimes donnés en spectacle par les médias. Elle avait encouragé une véritable chasse aux sorcières, multiplié les propos excessifs pour un ministre en charge des affaires de l’Etat, que le devoir de réserve sinon la sagesse aurait plutôt dû inciter à l’apaisement des esprits.

Propos excessifs et dangereux, voire mensongers, stigmatisant des personnes pour flatter les mauvais penchants de l’opinion. Jetés en pâture à la plèbe prête à lyncher des coupables, des pères de famille innocemment accusés de crimes monstrueux n’avaient alors eu d’autre recours que de se suicider, lavant dans une mort admonitoire et désespérée leur honneur bafoué.

Peut-on aujourd’hui oublier pareil crime ? Peut-on laisser passer pareille outrance ? Peut-on songer un seul instant confier les rênes du pouvoir à une personne aussi dangereuse qu’imprévisible ? Peut-on confier la responsabilité de la force de dissuasion, de l’arme nucléaire à un individu aussi déséquilibré ? Peut-on élire comme chef de l’Etat une criminelle ? Chirac et ses affaires de la Mairie de Paris n’est qu’un pantin burlesque au regard de l’ignominie sans regret aucun de la pseudo Madone ! Sarkozy et ses saillies verbales au Kärcher savamment calculées n’est qu’une marionnette de foire face à ce Saint-Just sanguinaire !

Qu’on ne s’y trompe pas. Car il en va de l’avenir de la France et de la santé éthique de notre pays : Ségolène Royal n’a pas sa place dans le panier étroit des présidentiables ! Ces excès sont trop graves et hélas beaucoup trop récurrents pour prétendre occuper le fauteuil présidentiel.

François Mitterrand, trop épris de son ambition personnelle et trop soucieux d’imprimer sa marque dans l’histoire à l’image de son éternel rival le général De Gaulle, avait honteusement grugé les Français sur son passé politique, sur ses convictions personnelles et pratiqué quatorze années durant un art consommé de la magouille et de l’artifice en politique avec une maestria sans égal. Si Ségolène n’a évidemment pas l’étoffe intellectuelle et politique de l’homme du 8 mai, le Sphinx a cependant trouvé une héritière à la hauteur de son abaissement moral et de son pouvoir de destruction sans limite.

L’attitude dont a fait preuve Ségolène Royal peut être qualifiée de criminelle. Elle témoigne aussi de son irresponsabilité, morale autant que politique. Laurent Fabius reconnaissait récemment dans les colonnes du magazine L’Express que l’affaire du sang contaminé avait pesé pendant quinze ans sur sa carrière politique. Innocent et innocenté par la justice des faits reprochés (même s’il était politiquement co-responsable de négligences criminelles couvertes par les services de santé de l’Etat), cette affaire l’aura marqué à jamais.

Est-il admissible dans une démocratie que Ségolène Royal jouisse d’une impunité totale pour des faits tout autant sinon plus graves, alors qu’elle se présente aux Français comme une championne de la morale ? Il y a là un scandale qui discrédite la campagne elle-même et toute la classe politico-médiatique, si celle-ci reste complice par lâcheté et mutisme. N’a-t-on pas poussé au suicide un Premier Ministre pour bien moins que cela ? N’a-t-on pas défait des carrières et des réputations en instrumentalisant la justice ?… S’il est temps d’aborder les vraies questions de cette campagne, il est aussi temps de faire tomber des masques grossiers !

Toute la soi-disant politique de Ségolène Royale à l’égard de la famille ou de l’éducation, son seul vrai thème de campagne à l’heure d’aujourd’hui et le seul registre sur lequel elle puisse être jugée d’après son expérience, n’est qu’un amalgame de pieuses intentions qui cachent des principes et des aspirations des plus douteuses.

Comment pourrait-elle d’ailleurs se prétendre la candidate d’un parti qui, au nom du « progrès social » et pour satisfaire les aspirations de son électorat, avait porté avec audace sur le terrain juridique les changements de société de la fin des années 90, étendu la notion de concubins, de couple puis de « famille » aux homosexuels et fait voter le PaCS ? Un parti qui affiche aujourd’hui haut et fort comme revendication dans son programme politique le mariage des homosexuels et l’adoption par les couples de même sexe ?…

On peut être pour ou contre cette refonte pourtant inéluctable de la notion de famille, avec tous les enjeux sociologiques, anthropologiques, éthiques et juridiques qu’ils impliquent. Soucieux de définir de nouveaux repères acceptables, on ne peut cependant aller à l’encontre des réalités contemporaines. N’empêche. Ségolène Royal, aujourd’hui fort discrète sur le sujet, s’est toujours opposée avec virulence sinon avec une haine explicite contre toute réforme du statut de la famille, contre les différents projets de loi visant à légitimer les couples de même sexe. Rejoignant en cela les positions extrêmes d’une Christine Boutin, de l’Opus Dei et du nouveau pape Benoît XVI !

Après avoir fait tomber le masque et révélé toute la hideur morale du personnage, retour à l’image, atout central d’une politique spectacle de plus en plus gouvernée par les apparences, et d’une campagne que l’on pourrait aisément imaginer sponsorisée par L’Oréal…

Evoquons un autre paravent du packaging Royal : la mise en scène du couple Royal-Hollande. Passons sur les scandaleuses et immorales manipulations politiques qui ne regardent après tout que le Parti socialiste et ses militants. Par-delà la dérive anglo-saxonne contemporaine qui consiste pour les hommes et femmes politiques à étaler leur vie conjugale dans les médias, il est loisible de s’interroger sur le parcours et le background familial des principaux candidats à une élection présidentielle, laquelle se décide sur la personnalité d’un homme – ou d’une femme – davantage que sur un parti.

Celui de Ségolène Royal n’est plus un secret, tant les médias français et étrangers se sont répandus sur l’histoire personnelle de celle qu’on ne nomme plus que par son prénom. Alors que la bulle enflait telle la grenouille de la fable, tout le menu détail de la vie de Ségolène a déjà été complaisamment livré à notre curiosité dans les cahiers people.

Plus qu’un background familial ou une appartenance à tel ou tel milieu social, ce qui est ici important c’est de comprendre la psychologie du personnage auquel pourraient être confiées les plus hautes fonctions de l’Etat. De démystifier les ficelles médiatiques et d’identifier les vrais ressorts d’une personnalité trop parfaite pour être honnête.

Si l’on analyse le parcours familial de Ségolène Royal, on comprend assez vite que la championne de la proximité s’avère une femme construite essentiellement sur une trame psychologique de type « réactif ». Fille d’un militaire de carrière sans doute autoritaire et en décalage avec son époque, elle s’est finalement construite psychologiquement en totalité autour du rejet de ce père à la fois admiré et détesté. Que l’on reprenne pour s’en convaincre tous les détails biographiques abondamment illustrés dans les livres, articles et blogs consacrés à l’héroïne.

Ceci n’est pas anodin. Epouse d’un HEC promis à un brillant avenir, Ségolène Royale a choisi l’engagement à gauche sur une posture réactive, comme beaucoup de ses camarades de l’époque. Plus que des convictions intellectuellement étayées, c’est un « combat » qu’elle entend mener depuis toujours. « Lutte », « combat », « égalité », « justice » : ces mots reviennent d’ailleurs toujours dans son vocabulaire. Et il ne faut pas y voir simplement qu’une rhétorique de gauche,  mais bien le reflet d’une personnalité particulière.

Le souci de la « morale » est omniprésent chez Ségolène Royal ; on l’a déjà souligné. Mais c’est un souci tendu, non pour promouvoir une vision et des valeurs « positives », mais prompt à dénoncer des scandales, des dysfonctionnements, à freiner des évolutions suspectes, à se crisper sur des traditions ou un ordre établi. La figure du père joue ici un rôle ambigu : repoussoir et dopant psychologique, mais aussi modèle univoque d’une vertu pourtant extérieure, à conquérir autant qu’à préserver, tout en s’opposant, en débusquant des boucs émissaires réels ou fantasmatiques. La psychologie Royal est complexe, tout comme celle de son réel mentor en politique : non pas le débonnaire François Hollande, mais le ténébreux François Mitterrand.

Une chose est sûre : cette psychologie n’est pas mûre mais en pleine évolution. L’appétit du pouvoir, quoique savamment tempéré par une image lisse et faussement douce de femme-icône, n’a pas encore rencontré son réel champ d’expression. Propulsé à la tête de la région Poitou Charente en pleine vague rose des régionales de mars 2004, Ségolène Royal a vu sa carrière et sa popularité propulsées de façon inespérée. Même si les calculs du couple Hollande-Royal entrent pour une large part dans la stratégie politique des deux figures du PS, ce sont davantage les sondages et les médias qui ont propulsé Ségolène Royal dans la campagne présidentielle, bien plus qu’une carrière longuement préparée comme c’est le cas pour le candidat déclaré de l’UMP.

A presque sept mois de l’échéance présidentielle, nul ne sait avec une certitude absolue quels seront les deux poids lourds désignés par les partis pour le duel final. Une chose est sûre : face à la sclérose de candidats socialistes et aux enjeux de cette élection, la désignation du candidat socialiste ne peut être laissée à la seule responsabilité des militants. La France est prise à témoin sinon en otage par des appétits concurrents depuis au moins un an. Chaque Français a le droit et le devoir de s’informer sur ce que cache chaque candidat autant que sur son éventuel programme politique, lequel est plus aujourd’hui affaire de maillotage des partis que de vision personnelle.

L’élection d’un Président de la République est un rendez-vous trop important et un choix trop grave pour être laissé à la seule gouvernance des clichés et des médias. L’heure est aux questions de fond. Fond du débat politique mais aussi fond des personnalités appelées à nous gouverner. La France pèche trop par un nombrilisme narcissique et a trop accumulé de déconvenues ces dernières années pour ne pas prendre son destin en mains avec un sens aigu de son histoire, de ses responsabilités et de son influence réelle dans le monde d’aujourd’hui. Il en va de l’avenir et de la crédibilité de notre démocratie et de ses valeurs, dont nous sommes si prompts à nous réclamer des modèles.

Par Christophe Claudel - Publié dans : Comprendre
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Samedi 18 mars 2006
Violences urbaines

Les manifestations anti CPE de mars 2006 ont relancé dans la capitale la vague de violence qu'on croyait éteinte depuis les émeutes de novembre dernier.

Cette fois la jeunesse s'en est pris directement au gouvernement et les mêmes images sont revenues en boucle sur les écrans : casseurs contre CRS, vitrines brisées, carcasses de voitures calcinées... Avec cette fois un parfum de mai 68, l'euphorie en moins.

Plutôt que les affrontements eux-mêmes, j'ai choisi de photographier les traces laissées par la manifestation du 18 mars 2006 et tenté de capter l'ambiance qui régnait le soir, alors que les casseurs venaient tout juste de quitter la Place de la Nation, laissant derrière eux un paysage de guerre civile traversé de badauds et de commentateurs en mal d'actualité.

Derrière l'hostilité à un projet de loi, quel malaise, quel désarroi  traduit cette nouvelle poussée de violence ?...
Par Christophe Claudel - Publié dans : Regarder
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