Ce film aussi attendu autant que mal promu m'a fait chialer comme un môme de la première à la dernière image, submergé par l’émotion qui le traverse.
Je confirme : Ce n'est pas un "bon film"...
C'est un CHEF D'ŒUVRE !
Merci aux critiques avisés et très parisianistes !
Verdict du lynchage : mauvaise pub, promo insuffisante, distribution étique et buzz urgentissime.
En 2003 Cannes attribuait l’Or au très polémique et très politique "Fahrenheit 911" : un navet cinématographique mais un documentaire puissant, taxé d'antiaméricanisme par le neocons va-t-en
guerre et opportunément lâché par les distributeurs yankee. Une œuvre au service d’une valeur : la Vérité.
D’Une Seule Voix aurait largement plus mérité pareil hommage...
Résolument apolitique mais dramatiquement actuel, sans aucune démagogie ni prétention à incarner la paix, à défendre des propos "pacifistes" ou "Peace & Love" ; un film bouleversant de vérité
et d'humanité !
Son propos : substituer l’art à la politique, la musique, l'émotion, l'amitié et l'espoir au vacarme des bombes…
Bons sentiments, idéalisme, un côté utopie larmoyante et « Woodstock du pauvre » relooké à la sauce moyen-orientale (l’organisateur de la tournée, ancien rockeur qui vécu à Woodstock, était l’un
des protagonistes du Festival…) : les bons critiques parisiens auront eu vite fait d’assassiner cet élan d'espoir sans précédent.
Loin des canons hollywoodiens, du tintouin des politiciens et des discours politiquement incorrects de tout pathos gratuit ou de tout calcul commercial, D’Une Seule Voix est un cri.
Un cri du cœur, un hymne indispensable autant qu'impensable à la tolérance, à l’amitié et à une paix réelle, incroyable mais possible.
Un pont jeté par-dessus les querelles, les pesanteurs des stratégies politiciennes, les rhétoriques nationalistes, la loi du Talion et l'arithmétique du canon.
Une expérience unique et transformatrice pour ces artistes des deux bords, autant qu’un témoignage flamboyant pour le public.
Et une illustration éloquente que l’art en général et la musique en particulier peuvent réunir des hommes, des femmes et des enfants séparés par la guerre, abolir clivages et préjugés, et
délivrer un formidable message d’espoir face à la haine revancharde, aux mots de la politique et aux maux terribles d’une tragédie absurde.
L’un des plus beaux films qu’il m’ait été donné de voir !
La morale religieuse, entre retour de Dieu et nouveau paradigme spirituel
Comme le voile dans le monachisme chrétien, le hijab et le niqab symbolisent le renoncement pour la femme et son conjoint observants à s’abandonner aux facilités de
la vie contemporaine, à limiter leur libre agir, leur libre penser, à refuser d’être réduits et soumis à au modèle hédoniste et matérialiste ambiant. Même si l’ambigüité peut être largement plus
suspecte en ce qui concerne les hommes.
Ce thème est beaucoup plus radical dans la culture et la pensée musulmanes que dans la culture juive ou chrétienne bien qu’il y ait été autrefois très
présent : « Être dans le monde sans être du monde »… La femme musulmane et son conjoint s’astreindraient ainsi volontairement à une économie du désir et du plaisir, non
pas liée à la « maîtrise de soi » et à la l’identité de citoyen responsable de ses comportements, comme dans le cas du modèle gréco-romain dont sommes pour partie les héritiers, tel que
l’analyse Michel Foucault dans son Histoire de la sexualité.
Mais cette astreinte « puritaine » pourrait-on dire découle d’une morale religieuse et sociale qui entre radicalement en conflit avec le modèle actuel
dominant. La notion de licite et d’illicite (haram) dans l’Islam n’est certes pas étrangère à la notion chrétienne de « péché » et la culture de l’aveu dont Foucault
analysait les ressorts dans son tome 4 inachevé de son Histoire de la sexualité. Le modèle musulman, son rapport au licite notamment dans le domaine de la sexualité, est parent du modèle
chrétien, lequel a rompu radicalement avec le modèle grec. A la différence que la notion e chasteté n’y est pas la même : l’abstinence et le refus de procréer étant pour les hommes comme
pour les femme un grave péché dans l’Islam, là où la morale chrétienne s’est abîmée dans un rapport compliqué et névrotique à la chair.
Cette morale musulmane qui fait ressurgir en écho notre morale chrétienne jetée aux orties il y a un ou deux siècles au nom du progrès social scientiste, de la
liberté de conscience laïque, ou plus récemment la libération sexuelle, entre en conflit avec une autre morale, un autre système de valeurs, républicain et sécularisé, où les rôles sociaux, les
interdits et les tabous de genre, d’identité et de sexe ont considérablement été bouleversés depuis que le christianisme n’est plus religion d’État. D’où le sentiment d’un anachronisme et d’une
régression lorsqu’on plaque une lecture historique occidentale sur la morale issue des cultures musulmanes.
Question : quelle morale s’applique légitimement aujourd’hui ? Et quelle limite fait-il lui opposer.
Une morale permissive, un système de valeurs libertaires où les codes sont inversés, où ce qui était autrefois défendu est aujourd’hui survalorisé ?
Consommation sexuelle, disponibilité immédiates des corps, usage immodéré des plaisirs et des accessoires au jouir perpétuel, hypertechnicité du sexe réduit à son mode génital, séparé de sa
fonction procréative depuis la maîtrise médicalisée des naissances et l’invention de la pilule contraceptive, objet de fixations obsessionnelles et causes e souffrances névrotiques individuelles
ou collectives, clivages entre sexualité et affectivité entraînant frustrations et souffrances, assignation au jouir permanent et résurgence des modèles hyperphalliques, pour l’homme comme pour
la femme, avec une inquiétude quant à l’impuissance qui en résulte et l’incapacité à jouir sans cesse, fusse sous dopage chimique le cas échéant…
Une morale volontairement amorale et transgressive où la libre circulation des désirs, notamment masculins, sont une offense constante à la liberté, à la sécurité
et à la dignité des femmes ? Une morale ou la femme est valorisée à proportion qu’elle se soumet volontairement au modèle masculin et adopte les mêmes stéréotypes comportementaux
phalliques : pourvoir, séduction, sexualité exhibitionniste et désinhibée, multi-partenariat sexuel, domination, usage d’une pornographie voyeuriste…
La société française voit revenir en force depuis 20 ans, on s’en félicite ou s’en inquiète, des aspirations et des thèmes comme le mariage, la fidélité,
associés à une natalité redynamisée depuis les années 2000. Les minorités sexuelles aspirent à s’approprier le mariage, autrefois vilipendé comme archétype bourgeois et réactionnaire, en
font un thème de revendication égalitariste autant qu’un modèle du couple de même sexe, forçant le législateur à entériner les évolutions sociales.
Alors, le niqab ?… Symbole d’un moralisme étriqué, de la domination masculine et de la soumission des femmes, ou enjeu d’une liberté réinventée, d’un modèle
alternatif pour les femmes musulmanes en terre d’Occident ?
Le fondateur de l’Islam avait sur ce sujet non seulement un souci moral mais bien plus encore un amour des femmes non dissimulé, un souci et un respect de la femme
dont bon nombre de nos contemporains gagneraient à s’inspirer. Et certains Musulmans ignorants de leurs propres racines à se ressouvenir !…
S’agit-il d’une morale puritaine et austère, ou du versant radical d’une morale musulmane qui allie principes religieux et règlement des comportements
sexuels ? la femme y est-elle avant tout soumise ou protégée ? Et le plaisir, aussi raffiné soit-il dans l’intimité (des harems autrefois et du couple aujourd’hui) se conçoit pas comme
une fin en soi, soumise à l’arbitraire du seul désir des hommes, ou comme une liberté licite, saine, ordonnée mais bien charnelle, généreusement donnée par Dieu à l’homme, non seulement comme
gratification pour faire des enfants mais aussi comme sanctification de la vie et préfiguration des délices promis aux fidèles dans le paradis musulman. A l’inverse des théologiens
catholiques qui ont réduit la sexualité au seul rapport coupable et misérable entre un homme et une femme mariés à des fins exclusives de procréation, rejetant tout autre pratique sexuelle et
toute forme de plaisir dans la catégorie bien mal comprise du péché de « sodomie ».
Opposé à cet idéal musulman, conjugal pour les époux, légal et social pour ce qui est de l’application de la charia dans la communauté, voire mystique pour l’homme
religieux, l’attachement ou l’aliénation de beaucoup de nos contemporains au sexe de façon inquiète, désordonnée, animale et brutale, sans conscience ni limite, apparaît pour les Musulmans comme
une transgression attirant le châtiment divin autant que le malheur sur ceux qui s’y livrent. L’Islam demeure à ce titre la plus radicale des religions monothéistes, celle de l’Avertissement en
vue du Jugement. Même si les voluptés de l’Orient et les licences par rapport à l’orthodoxie religieuse qui fascinent tant l’imaginaire occidental ont depuis longtemps largement nuancé ce modèle
strict et légaliste.
Comme le Judaïsme et le Christianisme, l’Islam professe que l’homme ne saurait se limiter à sa seule dimension incarnée, animale, contingente, corruptible et
passagère. Au contraire, l’homme est un être bien charnel, mais aussi spirituel, et en devenir.
Parce que l’Islam ignore à son origine la distinction entre le religieux, le légal et le social, il se heurte au modèle occidental et se voit contraint à de
profondes adaptations en s’intégrant dans les pays d’accueil qui interdisent tout lecture fondamentaliste et figée : nécessité d’interpréter le Coran, de s’engager dans une lecture historico et
sociocritique, d’accepter la remise cause des modèles traditionnels et d’engager un vrai et libre dialogue avec les valeurs et modèles culturels dominants.
Mais l’Islam de France et ses différentes composantes interrogent aussi notre propre modèle dans ses contractions historiques, éthiques, philosophiques et
spirituelles.
Sodome, postmodernité et révolution spirituelle
Pour résumer cette conflagration entre le socioreligieux, le symbolique, le culturel et le spirituel, les notions de « licite » du Coran et du
« légal » de la République, on peut évoquer un mythe commun au Judaïsme, au Christianisme et à l’Islam : Sodome.
Même si cet argument demeure en partie vrai, le voile ne peut de se réduire à une lecture courante alimentée de fantasmes mais aujourd’hui caduque selon laquelle il
serait rien d’autre qu’une réaction identitaire, une régression opposée au progrès social, un défi politique à l’Occident et une marque du communautarisme, incompatible avec la loi et le modèle
républicains, une crispation violente et radicale qui ramènerait l’Islam au fanatisme des mollahs iraniens, à celui des déviationnistes salafistes voire des terroristes islamiques. Le voile
n’est pas nécessairement un frein à l’entrée de plein pied de l’Islam contemporain dans la société mondialisée et postmoderne du 21e siècle, pas plus que ne l’est le port de la kippa
pour les Juifs ou de la croix au cou des Chrétiens.
Ne cédons pas sur ce point aux pièges d’un certain discours, pourfendeur maladroit du relativisme culturel et qui nous ferait comparer la situation des Chrétiens en
terre d’Islam avec celle, souvent beaucoup plus confortable, d’un Musulman en France, pour mieux réasseoir notre modèle dans sa conviction d’être le meilleur possible.
Si le hijab semble moins poser problème aujourd’hui et être entré dans les mœurs, malgré des grincements de dents et des questions en suspens quant à la liberté de
certaines femmes musulmanes, le port du voile à l’école ou dans les lieux publics, le niqab reste un sujet de controverse. Faut-il l’interdire ? Si oui, pour quelles raisons et comment
justifier ce choix auprès de ceux qui le réclament au nom de la laïcité ? Et si on l’interdit, comme l’ont fait certains pays musulmans « modérés », du Maghreb à l’Égypte en
passant par la Turquie, ne faut-il pas aussi saisir l’occasion de s’interroger sur le sens de ce phénomène social dérangeant qu’est le voile intégral en France, et sur ses implications
philosophiques et spirituelles, sans céder aux réflexes intellectuels ou à la condamnation a priori.
Fonctionner par réflexes serait une offense, une paresse et une régression au pays de l’intelligence et de la raison, si orgueilleux de sa culture et attaché
à son esprit de tolérance.
Ne faut-il pas accepter et rappeler l’idée qu’il n’y a pas, ici comme ailleurs, un Islam mais des islams, souvent en conflit les uns avec les autres ? Qu’il
n’y a pas un modèle de femme musulmane qui puisse s’appliquer à toutes, car ce serait une vision totalitaire contraire à nos principes.
Oui, il faut refuser ceux qui veulent imposer un modèle à tous les Musulmans de France, voire à tous les Français, et refusent les valeurs républicaines. Non, on ne
peut tolérer sur le sol français les discours qui bafouent et provoquent en permanence le modèle occidental, prônent la rupture sociale, la violence, la sécession, veulent imposer la charia à
tous ou montent une communauté contre d’autres. Ces gens-là n’ont pas leur place en France ; ils doivent être combattus avec fermeté et expulsés s’il le faut du territoire.
Ces soi-disant vrais « musulmans » qui accusent leurs frères d’être de mauvais musulmans, s’érigent en inquisiteurs des consciences, allument des bûchers
dans les esprits et poussent les jeunes à l’affrontement violent, sont des pervers, des menteurs et des criminels qui trahissent les vraies valeurs de l’Islam : Paix (Islam est un
mot parent de Salam), amour du Dieu unique, amour du prochain et devoir de charité envers les plus faibles, justice, ouverture et tolérance envers les autres religions, effort
spirituel individuel, rejet de toute forme d’idolâtrie et d’avilissement et non ce Djihad guerrier ou ces fatwas infâmes lancées contre les infidèles, avertissement solennel en vue du Jugement
mais aussi promesse d’un avenir lumineux avec la venue des temps messianiques (le messie attendu par la majorité des Musulmans, sunnites en tout cas, n’étant autre que le prophète Jésus),
humanisme universaliste pour ce qui est de la philosophie arabe née de l’Islam, acceptation de la raison et contribution majeure aux progrès de la science, mystique poétique de l’amour et
dialogue étroit avec d’autres croyants pour les Soufis…
Non, il ne faut pas interdire abruptement, car interdire sans comprendre c’est renoncer à la liberté que donne l’intelligence critique.
Le voile interroge la nature de la femme plus que ses droits. Il bouscule notre société angoissée par le jouir et le paraître. Il nous renvoie symboliquement aux
mythes judéo-chrétiens et musulmans comme celui Sodome présent dans la Genèse et le Coran. Parangon archétypique d’une cité maudite puis détruite à cause de son aveuglement et de son refus
d’accueillir toute altérité et toute transcendance, contre-modèle maléfique d’un « enfer-mement » collectif dans une prison sociale, psychique et spirituelle où la violence fait loi, où
la dépravation la plus noire fait figure de commandement totalitariste, où l’individu comme l’étranger sont niés et assujettis en totalité au Collectif ou tués en cas de refus, où la violence,
l’asservissement de l’autre ne connaissent aucun frein, où l’homme est nié dans sa dignité, où seule n’existe que la dilution totale et confusionnelle de l’être dans une fournaise où toute
individualité est réduite en cendres, une cité vouée au seul culte de sa puissance, de son orgueil et de son arrogance, et coupée de toute transcendance.
Sodome, c’est le Reich hitlérien et les camps de la mort ; le goulag stalinien, l’enfer de Dante et l’enfer totalitaire des idéologues et des intégristes.
C’est la burqa des Talibans, l’étoile jaune, la marque de la Bête, c’est le règne de la Terreur, le règne de Satan sur terre, la libération sans bornes des pulsions anales les plus
immondes…
Sodome c’est aussi l’illusion du paradis sur terre construit par l’homme seul de la société capitaliste et hyperconstructiviste, où les faibles sont asservis au
Moloch de l’argent et d’un pouvoir politico-économique sans limites. Où le seul mode d’existence se limite à consommer toujours plus dans une société hyperproductiviste, celle du
Metropolis de Fritz Lang ou de La Terre de la grande
promessed’Andrzej Wajda, ou plus récemment de Matrix. Une société ou tout est subordonné,asservi au
matériel, où les individus sont des rouages éternellement débiteurs envers la puissance qui les nourrit, conditionnés et condamnés à consommer comme à se consommer les uns les autres, seul
mode d’existence et de jouissance permis et accessible.
Cette question nous entraîne bien plus loin que le débat actuel ne le voudrait.
Qu’est-ce qu’être vraiment postmoderne ?
Le niqab choque, c’est évident. Et il ne faudrait pas nous « voiler » notre malaise mais bien au contraire l’interroger pour ce qu’il nous cache.
Le niqab choque parce qu’il paraît radical, anachronique, déplacé, contraire aux modèles sinon aux valeurs de notre société.
Or le temps de la « société » est révolu. Il faut croire sur ce point le sociologue Alain Touraine, qu’on ne saurait
suspecter d’accointance réactionnaire, quand il parle de « nouveau paradigme », post-économique, post-social et selon lui, « culturel ».
Ce paradigme nouveau dans lequel nous entrons, est mondial et non sociétal ou civilisationnel, post-national, post-militaire, post-économique et post-social,
métaculturel plutôt que « culturel » comme l’affirme Touraine, et à mon sens « spirituel ».
Tout le monde n’en a pas conscience, et les vieilles « structures » de nos sociétés peinent à s’adapter à ce changement inéluctable. Elles résistent et se
fracassent, on les replâtre tant qu’il est possible…
C’est pourtant à nous d’accepter ce changement, pour nous-mêmes d’abord en tant qu’êtres humains. Puis de faire évoluer nos repères, nos représentations, nos
structures, notre façon de vivre ensemble, 7 milliards sur une même planète, intimement et indissociablement reliés et interdépendants les uns des autres. Sans nous serons vouées à péricliter
avec l’ancien monde qui se meurt sous nos yeux.
Dans ce contexte e changement de conscience à l’échelle planétaire, les religions, dans leurs formes les plus radicales parfois, sont elles aussi traversées de
changements profonds. Nulle n’y échappe.
Ainsi aujourd’hui l’Islam nous offre en plein visage, à nos portes, le retour du refoulé de nos sociétés, laïques certes, mais aussi de façon avouée ou inavouée
a-religieuses, a-morales, éthiquement confuses ou souvent contradictoires. Et si peu spirituelles…
Le « retour de l’ordre moral » que craignent nos contemporains attachés aux valeurs libertaires de la seconde moitié du 20e siècle, sur fond de
modernité dominante, affranchie des déterminismes culturels, sociaux et moralistes d’autrefois, n’est qu’un signe de ce retour du refoulé, transitoire, une résurgence des formes anciennes, vouées
à être dépassées et transmutées. En cela, nos contemporains ont raison, mais leur propos s’arrête et se fige alors la perspective d’élargit à l’infinit et que le temps s’accélère, vers un
changement radical de paradigme qu’ils ignorent ou refusent.
En cela, il ne s’agit nullement d’opérer un retour en arrière, mais de vivre une vraie « révolution », un virage cyclique assorti d’une montée
qualitative. A défaut de quoi nous vivons dans la crispation et la régression, chaotique et douloureuse.
Tout comme on ne peut ignorer l’émergence d’une réalité spirituelle et holistique, post-religieuse mais aussi post-scientiste, post-rationaliste,
post-matérialiste et post-athée, on ne peut refuser le retour du religieux sur le champ social, qui n’est un stigmate d’une époque de transition angoissée que nous vivons. Mais pour combien de
temps encore ?... Il faut accompagner le changement du religieux vers le spirituel, du formel vers l’essentiel.
Le niqab se situe au point d’inflexion. Affranchissons-nous de nos projections si l’on veut en décrypter le sens. Les femmes qui le portent, en France du moins, ne
sont pas manipulées par de dangereux terroristes, des intégristes, des fanatiques réactionnaires qui voudraient saper les bases de notre civilisation. Elles ne sont pas non plus soumises à leur
mari ni à leur modèle communautaire de référence, qui les assigneraient à se voiler intégralement de force. Il faut entendre et accepter la réalité que certaines font ce choix librement et avec
enthousiasme sincère et non suspect, comme un signe d’épanouissement, même si ce modèle d’épanouissement de la femme semble totalement à l’opposé aux modèles hédonistes d’une société vouée au
culte de la beauté et de la consommation.
Il ne s’agit pas non plus d’opposer deux modèles car ce serait régresser dans le paradigme guerrier et la le rapport de force d’un modèle contre un autre jugé
hétérogène.
Concernant les Musulmans, il faut refuser tout Djihad violent qui voudrait imposer un modèle aux femmes et à la culture occidentale.
Mais il faut accepter aussi le vrai sens, spirituel et religieux du vrai djihad pour les Musulmans. Lequel signifie effort et non guerre. Effort
personnel avant d’être collectif, intérieur avant d’être extérieur. Et n’est pas si éloigné de la notion judéo-chrétienne de « combat spirituel ».
Il faut accepter que des femmes choisissent de s’affranchir des déterminismes et assignations identitaires de notre époque, lesquels peuvent leur paraître une
violence et une offense à leur foi et à leur être profond.
« Ni putes ni soumises ». Oui, certaines femmes voilées le sont bien, quand ce sont elles qui forcent leur mari à un acte de conversion. Les
forcent à accepter le voile, les forcent à les respecter en tant que femmes au lieu de ne les considérer que comme de simples objets de convoitise et de plaisir, ces épouses soumises, des utérus
pour faire des gosses, des mamelles pour les nourrir et des sous-êtres soumis à leur arbitraire. Et non ces victimes silencieuses d’un système suranné que nous projetons souvent.
Certes, elles prennent une arme radicale pour s’arroger leur droit à la dignité, au respect, et à la féminité qu’elle entendent vivre comme bon leur semble,
conforme au droit de jouir de son corps quand elles le souhaitent, de faire des enfants si elles le désirent et non seulement pour satisfaire le narcissisme viril et paternel de leur mari, pour
n’être qu’un seul « outil » soumis au désir masculin nourris par les fantasmes de l’homme viril, hypermembré, hyperfécond et toujours en rut répandu dans le monde arabo-musulman. Pas
plus qu’elle ne vivent leur sexualité et leurs maternités uniquement pour remplir leur rôle de poules pondeuses, même si l’Islam insiste beaucoup, comme le Judaïsme et dans une autre mesure le
christianisme, sur la nécessité pour les femmes d’engendrer des enfants, la valeur du mariage et de la maternité.
Le niqab est aussi radical comme mode de revendication féministe que l’étaient les seins nus, le vagin érigé en modèle contra-phallique et en refus politique du
mâle dominant, voire un certain lesbianisme militant, chez nos féministes des années 60-70. Il choque et dérange.
Mais ne nous y trompons pas. Ce que revendiquent, maladroitement peut-être, les femmes musulmanes qui se voilent, ce n’est pas un retour en arrière, c’est le
respect qu’on leur doit en tant que femmes et le droit à être « vertueuses », fidèles à leur mari et à leur religion, donc à Dieu. Le droit de jouir dans la sphère de l’intimité, mais
de refuser de se voir assigner à n’être que des objets de convoitise illicite dans la sphère publique, des statues grecques dénudées, des icônes sexuelles débridées, de provoquer le désir tout en
se refusant à l’homme, selon les modèles culturels très français héritées de notre histoire marquée tour à tour par la chevalerie médiévale et le culte d’une « dame », à la licorne
aussi mythique que spiritualisée, la galanterie renaissance et ses troubadours, la Carte du Tendre classique et son parcours codifié si épuisant pour le gentilhomme, l’hypocrisie bourgeoise, la
morale puritaine et les bordels du 19e siècle. Puis l’accession progressive de la femme française et européenne au rang de citoyenne à part entière, au travail et au pouvoir dans la
société civile, au sortir des grandes affres de la Grande guerre où elle dut lutter pour assurer le quotidien, la vie et l’économie d’un pays où les hommes s’entretuaient au front ;
l’accession au droit de vote de l’Après-guerre gaulliste, les luttes féministes des années 60-70, et aujourd’hui la revendication égalitaire qui parfois gomme les repères de genre, bouleverse les
codes, nourrit les confusions et l’androgynie psychique. Au point que les modèles publicitaires et de la mode surinvestissent les clichés extérieurs du féminin comme du masculin.
Le niqab interroge notre société sur la place qu’elle entend donner au sexe, au désir, au plaisir, au couple, et à la vertu conjugale sinon religieuse dans un monde
individualiste où plane l’illusion du tout-est-permis. Elle interroge quant à l’économie consciente de ces registres. Car si la préoccupation écologique et le développement durable sont devenus
un devoir citoyen et une valeur qui redonne du lien et du sens à une humanité angoissée par son avenir, l‘écologie du corps, des plaisirs, de la sexualité n’est pas ici de mise. Renvoyée aux
vieux discours des curés castrateurs et des barbus grincheux.
« Jouir sans entrave ». Certes le sexe s’est calmé dans ses formes les plus « révolutionnaires », s’est codifié au point d’ériger de
nouvelles normes, d’accueillir le droit aux minorités sexuelles à recouvrer la dignité qu’on leur refusait, mais aussi de banaliser, de recycler et d’esthétiser des
« perversions » ou bizarreries comme le sadomasochisme, le fétichisme, l’échangisme, le transsexualisme. Avec le « pédophile » comme nouveau monstre et repoussoir social, bouc
émissaire commode de nos sociétés abruties par le spectacle de la violence et des faits divers, et pivot de la bonne conscience douillette et e notre société qui sacralise l’enfant à l’excès plus
souvent qu’elle ne prétend à juste titre défendre ses droits élémentaires.
Ce qu’on peut aisément réfuter d’un revers de manche chez les religieux catholiques asexués, refoulés dans leurs chapelles rances et viciées où personne ne va plus,
on ne peut le faire pour les femmes voilées. Car celles-ci ont bien un sexe, un ventre et un corps. Elles vivent au dehors autant qu’au foyer. Mais au lieu de s’exhiber comme le font bon nombre
de femmes occidentales, elles se soustraient volontairement à la convoitise publique, à l’assignation au désir multiple et multiforme, et à la consommation « sodomite » dont nos
sociétés n’ont parfois même pas conscience, tant elles amalgament morale sexuelle et frustration castratrice et refusent toute castration symbolique.
Le modèle alternatif de la bourgeoise moderne, « classe », bien vêtue mais non provocatrice, leur paraît trop sujet aux compromissions de
l’époque et de la société marchande pour ne pas être lui aussi une « marchandise », pseudo-libérée, hypermatérialiste et pseudo-vertueuse, vouée en réalité au seul culte du modèle
dominant et du Pouvoir.
Alors : pour ou contre le niqab ?
Ni pour ni contre. Mais avec ! Avec cet aiguillon dérangeant qui bouscule notre confort d’hommes modernes assurés de la pertinence et de la supériorité de
notre modèle social et culturel.
Tant que l’État sera l’état, il ne pourra accepter aucun signe religieux radical dans sa sphère d’influence et dans son champ d’action. Administrations, écoles,
institutions politiques n’ont pas plus vocation à accueillir le niqab qu’on ne saurait agiter la Bible comme Christine Boutin en plein débat à l’Assemblée. Imaginons quel scandale si un député
musulman avait sorti son Coran pour justifier de refuser le droit aux couples homosexuels à être reconnus avec un minimum de droits…
Pas plus qu’on ne saurait imposer la cacherout à tous les citoyens au motif que les Juifs observants se soumettent à ses lois, on se saurait banaliser le niqab dans
l’espace public comme seul signe d’appartenance religieux pour les femmes musulmanes.
Mais le jour où des institutions mondiales représentatives de tous les peuples de l’humanité et dignes de ce nom existeront, il n’est pas exclus d’y voir des femmes
voilées représentant leur pays ou leur communauté d’origine, aux côtés d’hommes ou de femmes habillés à l’occidentale, et d’autres représentants en habit traditionnel de leur pays.
La pire des choses serait l’assignation « sodomite » à un standard uniforme qui ferait de la mondialisation la marche forcée vers une société de
clones.
Acceptons toute différence comme a priori dynamique et non contradictoire. Sans naïveté béate, sans bonne conscience coupable, mais aussi sans refus systématique
qui ne soit pas amendé par un regard critique.
La paix, l’intelligence et le dialogue, en attendant le Grand
passage
Aujourd’hui, il est urgent de préserver
la paix sociale et nos valeurs républicaines. Lesquelles sont, il ne faut jamais l’oublier, directement héritières des valeurs judéo-chrétiennes et que partagent dans une très large mesure
l’Islam.
Il devient urgent de fixer un cadre juridique, des limites, de pacifier les consciences et de permettre d’articuler liberté individuelle, droits et devoirs
collectifs.
Il ne s’agit pas de préserver égoïstement un modèle, dans un monde où les frontières culturelles volent en éclat, ni de s’inscrire dans le rapport de force, mais de
revisiter et de réformer les principes auxquels nous tenons, qui fondent notre identité collective et assurent notre vivre ensemble. De les porter avec sérénité au devant d’un monde en dialogue
plus qu’en guerre.
Mais aussi de nous laisser interroger dans nos peurs, nos lâchetés et nos contradictions. Hors de toute passion, de toute violence intellectuelle, de toute
manipulation psychologique ou politique, de tout fantasme alimenté par les médias, les tremblements et saillies d’une époque de grand changement.
Un changement inquiétant et palpitant. Un changement humain, social, culturel et mondial.
Mais aussi et surtout un changement spirituel.
Un changement au-delà de l’imaginable et du dicible…
Car le meilleur, en vérité, reste à venir !
Christophe Claudel
4 novembre 2009
Lire à ce sujet le dossier du Monde des religions d’octobre/novembre 2009 : « Être musulman en
France »
Ken Wilber : Une brève histoire de tout. Edition de la Mortagne, 1996
Ken Wilber, op. cité
Gilles Lipovetsky : L’Ère du vide - Essai sur l’individualisme contemporain. Gallimard, 1983
Le voile, La République, Dieu, le sexe, Sodome et la postmodernité
L’autorisation ou l’interdiction faite aux femmes musulmanes vivant en France de porter le voile intégral, le niqab, fait débat et divise l’opinion.
Plusieurs principes et logiques s’opposent : sacralisation de la laïcité républicaine d’un côté, affirmation de la liberté individuelle - et notamment
religieuse - de l’autre, au nom des principes universels de liberté et des principes républicains de laïcité et de liberté individuelle.
La laïcité devient paradoxalement un point de clivage idéologique, qui sert à justifier des positions totalement antagonistes et inconciliables. Pour les
pourfendeurs du niqab, on ne saurait porter le voile intégral en France, car la France est depuis la fin du 19e siècle un pays laïc. De ce fait, toute affirmation religieuse radicale
dans la sphère publique fait offense à ce principe si cher à notre République. De l’autre, la laïcité justifie précisément la liberté pour chaque citoyen ou résident français d’adhérer aux usages
et coutumes de la religion qu’il s’est librement choisie. Et donc de revêtir un habit, certes étranger au contexte culturel local, certes ultra-marginal au sein de l’Islam de France, mais
relevant prétendument de la seule initiative privée.
Phénomène nouveau et d’autant plus troublant lorsqu’on découvre que bon nombre de musulmanes revendiquant le port du niqab sur notre sol sont en réalité des jeunes
femmes nouvellement converties à l’Islam. Souvent issues de familles catholiques, elles affirment ainsi radicalement, avec une obvieuse fierté et un défi aussi suspect qu’arrogant, leur
nouvelle identité religieuse ainsi que leur rupture avec leur milieu d’origine. Troublant et suspect à la fois.
Interdit d’interdire : deux logiques, deux visions de la femme, une seule
République ?...
A qui, où, quand, pour quoi et dans quelle mesure peut-on ou ne peut-on pas autoriser à le port du voile intégral en France ?
Comme pour le débat sur le hijab en son temps, où s’arrête et où finit ce qui relève du privé, acceptable en République, et ce qui relève du public, assujetti aux
lois et usages de la laïcité ?
Les choses se compliquent si l’on sort des limites strictement nationales pour intégrer les préoccupations anxieuses de l’époque liées aux conflits, religieux,
culturels ou politiques, qui secouent actuellement la planète. Le niqab n’est alors plus perçu comme un simple enjeu personnel, relevant de la seule sphère privée et du domaine strictement
religieux. Mais comme un symbole politique et hostile, qui renvoie nécessairement dans la conscience collective à d’autres modèles vestimentaires tout aussi lourds de signification : tchador
iranien, symbole de trente années de Révolution islamique khomeyniste, aujourd’hui symbolisée par l’intransigeance morale et les provocations politiques du très contesté Premier Ministre
Ahmadinejad. Burqa, qui renvoie au martyre des femmes afghanes sous le règne des Talibans…
Partout cette crainte de voir s’étendre un islam radical associé au terrorisme d’Al Qaeda, hydre chimérique ou bien réelle, fruit d’une manipulation
politico-médiatique ou reflet d’un monde musulman qui se déchire et fait tanguer la planète vers le chaos. Ce spectre dont on nous rebat les oreilles, qui fascine et effraie, d’un monde régressif
et violent qui nie le droit des femmes et les réduit par la violence au rang de sous-êtres, entièrement soumises au pouvoir du mâle et à l’arbitraire d’un pouvoir théocratique et
totalitaire.
Partout le spectre qui plane sur l’Islam d’une ère de ténèbres. Cette chape de plomb qui s’est soudainement abattue, avec la montée des islamismes radicaux et du
terrorisme politique d’inspiration religieuse, sur un Orient autrefois synonyme pour les Occidentaux (et ce bien avant les Orientalistes du 19e siècle) de contes des Milles et une
nuits, de Shéhérazade, des harems raffinés et parfumés, d’une poésie érotique et mystique peuplées d’échansons, de belles gazelles et de beaux éphèbes, de danses sensuelles et
langoureuses, de charmes voluptueux et de mystères chamarrés stimulant un imaginaire onirique et nourrissant les mirages d’un Orient aussi chimérique qu’inaccessible et délicieusement
dangereux.
Paradoxe violent et malaise profond interne à l’Islam et qui heurte de front l’Occident dans ses valeurs universalistes, et que relève très habilement la
journaliste Martine Gozlan, spécialiste de l’Islam et orientaliste passionnée, dans son livre Le Sexe d’Allah paru en 2004.
Le niqab en France, ce serait donc le symbole hideux du choc des cultures, de la guerre des civilisations, du fanatisme qui sape les fondements de notre
civilisation. Pas de polémique sans passion.
La France débat âprement, mais l’Égypte se déchire aujourd’hui en passions autrement plus violentes sur ce sujet. Entre une volonté de certains d’un retour radical
à l’Islam, selon une certaine idée, souvent mythique, de la tradition, et l’aspiration majoritaire à la modernité, à un Islam plus conforme aux changements de l’époque et à l’entrée du monde
musulman dans le 21e siècle.
Hargne, provocation, défi, accusations et outrances verbales des uns contre silence embarrassé et complice des autres, pourtant largement majoritaires dans
l’Islam.
Chez nous, les projections et représentations se confrontent. Pour les laïcs et les héritiers du féminisme, attachés au droit des femmes, une femme voilée l’est
nécessairement parce que soumise à l’autorité de son mari. Et, plus qu’un signe religieux, le port du hijab ou du niqab est avant tout d’après la croyance occidentale une marque culturelle d’un
système patriarcal marqué par la domination masculine chère à Bourdieu et propre aux pays arabo-musulmans. Pays où la femme est toujours supposée rabaissée au rang de sous-humain.
Inimaginable en France ! Parce car socialement régressif, historiquement anachronique, culturellement contraire au modèle de la femme française, et
juridiquement incompatible avec les principes d’égalité hommes-femmes, de liberté individuelle, et le refus viscéral de voir un modèle minoritaire ou communautaire s’ériger contre le consensus
républicain, mettre en péril la paix sociale et suspecté de dérive antidémocratique.
Ces droits élémentaires des femmes si chèrement acquis et défendus dans notre patrie des Droits de l’homme sont un des symboles clé de notre modèle républicain qui
confère à chacun le droit à jouir des mêmes droits, des mêmes chances et du même statut.
Clivage politique donc, mais aussi fracture culturelle, abîme social et anthropologique, qu’on ne saurait combler semble-t-il qu’au prix d’une ferme
interdiction.
A l’opposé, de plus en plus de femmes musulmanes s’affirment tout aussi attachées à la France, aux valeurs de la République, qu’à leur religion et leurs coutumes.
Hypocrisie, double langage, ambigüité ? Difficile de trancher avec certitude, surtout quand des intellectuels comme Tariq ramadan tiennent des discours intelligents mais ambigus ou se
rendent coupables de duplicité sur des sujets analogues et la place la place de l’Islam dans la République.
Est-il admissible qu’une femme se refuse à choisir entre la France et l’Islam ? Et subordonne son appartenance à la République à l’acceptation par le plus
grand nombre de ses choix religieux, renversant ainsi le rapport de forces, titillant la mauvaise conscience contemporaine à propos de l’Islam, et bousculant le fragile équilibre qui gouverne les
rapports entre les Musulmans de France et la République ?
Faut-il croire sur paroles ces femmes qui affirment que le port du hijab ou du niqab est un choix libre et personnel, auquel elles ne sauraient renoncer ? Un
choix qui ne bride nullement ni leur liberté, ni leur féminité. Un choix qui doit être compris et respecté.
Quant on se réfère à l’exemple d’autres pays comme l’Afghanistan ou l’Iran, on peut en douter. Mais quand on connaît le réel pouvoir de la femme musulmane dans le
couple et dans la communauté musulmane, surtout dans des pays démocratiques comme la France, dont le droit lui confèrent beaucoup plus d’avantages et un statut légal plus enviable que dans
bon nombre de pays musulmans, il est légitime d’écouter et de s’interroger.
La femme sans visage ou l’idéal féminin
Faut-il accepter le niqab comme un symbole de l’Islam ?
Les intellectuels comme Malek Chebel et les Musulmans les plus modérés réfutent le caractère coranique du niqab, lequel ne serait nullement une obligation ou un
symbole explicitement prescrit par le Prophète. Même Tariq Ramadan le reconnaît publiquement. Le niqab est selon eux davantage une coutume culturelle minoritaire dans l’Islam et liée à certains
pays musulmans, notamment chiites.
A ce titre, il leur paraît injustifiable dans un pays comme la France, où l’Islam est une religion certes importante - la deuxième numériquement - mais
culturellement et historiquement d’implantation récente, à majorité sunnite et « importée » dans la culture d’un pays dont l’histoire des relations avec le monde musulman est depuis la
figure mythique de Charles Martel jusqu’à la guerre d’Algérie riche d’oppositions et de soubresauts parfois violents.
L’affirmation radicale de l’appartenance religieuse nuirait selon eux à l’intégration sereine de l’Islam dans le paysage français, à l’émergence d’un Islam de
France et européen alternatif aux modèles des pays arabes ou musulmans.
D’autant que cette émergence est aujourd’hui rendue possible et souhaitable par la mondialisation des échanges et des modèles culturels et la forte présence de
populations musulmanes vivant en France, en Allemagne, au Royaume Uni par exemple. Mais aussi grâce à la reconnaissance majoritaire de l’identité française aujourd’hui conçue comme indissociable
d’un certain multiculturalisme et d’un certain métissage identitaire sinon communautaire. Multiculturalisme qui est un fait historique avant d’être éventuellement une valeur républicaine
nouvellement partagée et acceptée et non imposée par le discours politique.
Le niqab ne pourrait dans ce contexte qu’alimenter des réactions de rejets, préjudiciables à l’intégration de l’Islam dans la culture et le paysage social
français.
Prenons position. En toute objectivité, la laïcité n’aurait plus de sens si l’on interdisait en son nom l’adhésion individuelle à des croyances ou à des
formes religieuses. Tant que celles-ci ne remettent pas en cause le modèle républicain, ne portent pas atteinte ni aux individus, ni au pacte social et républicain, ni aux valeurs collectives qui
font l’ossature de notre démocratie, ni au Droit, ni à la paix entre les individus et les communautés.
Faire évoluer ou au moins interpréter convenablement le Droit paraît donc urgent et nécessaire pour fixer la limite. C’est bien l’enjeu du débat actuel.
Est-il bien posé ? Évoluer, interpréter, oui mais dans quel sens ? Selon quelle logique, quels principes philosophiques, éthiques et juridiques ? En
référence à quel contexte ?...
Première idée communément admise : ce qui relève du privé relève du privé. Et doit être en cela respecté comme tel, dans les limites de la loi. La loi protège
les individus ; cette liberté garantie pour chaque citoyen est depuis 1789 un des attributs de la citoyenneté française, qui s’étend aux étrangers résidant sur notre sol. L’État n’a donc pas
à s’ingérer dans la sphère privée : la liberté de pensée, de conscience, de religion, d’adhésion à un parti, un syndicat, une organisation religieuse, sont des droits inaliénables fixés par
les fondamentaux républicains que sont nos Grands principes, rappelés dans la Constitution française et la Constitution européenne.
Tant que les libertés et droits individuels ne sont pas en cause et n’interfèrent pas entre eux, tant que l’ordre public n’est pas menacé, rien à redire. Or c’est
justement cet argument que mettent en avant les promoteurs du niqab : le droit pour les femmes d’user de leur liberté, selon leur conscience. Et donc de se vêtir selon leur tradition.
Difficile à contester a priori. Qui songerait à interdire aux les femmes africaines de porter le boubou, aux Indiennes le sari ? Et la minijupe aux
adolescentes de l’après 68 ?...
Le scandale vient du fait que dans le cas du niqab, le visage est intégralement voilé. Or, d’un point vue légal, on ne peut accepter qu’une personne gomme
totalement à ce qui permet de l’identifier formellement, à savoir son visage.
Au-delà de cet aspect juridique facile à aménager, au-delà des aspects strictement culturels qui renvoient à nos modèles et de situe dans le champ d’un brassage
mondial des codes et des formes, reste l’enjeu du sens, symbolique et philosophique.
Le visage est ce qui révèle la partie émergée, visible du soi. En ce sens, plus qu’un symbole, il marque à la fois notre appartenance au genre humain et l’altérité
de chaque être. Il définit le sujet sinon l’individu. Mais aussi place ce sujet dans le champ relationnel du « face à face ». Révèle qui je suis mais aussi l’autre en moi : le
visage, miroir de l’âme, « Je est un autre » : autant de thème qui parlent du visage et de l’articulation entre une réalité incarnée et une réalité essentielle, ontologique de
l’être. Sans être nécessairement baroque, la relation c’est le dévoilement, partiel mais inéluctable de l’être au travers du masque de la personne, physique et donné. Mais aussi un double écran
projectif ou le soi se projette au dehors comme le dehors vient projeter ses propres représentations, comme sur un écran de cinéma. Le « coup de foudre » amoureux est le symptôme de ce
mode projectif ou psychologie et émotions vient projet sur l’écran des visages l’attente de l’être aimé…
Renoncer à montrer son visage, voir sans être vue, constitue donc un passage à la limite totalement incompatible avec notre conception occidentale de la relation
d’être à être, de la relation hommes-femmes, très codifiée par des siècles de culture galante, sans parler des codes de la séduction sans cesse revisités et certes aujourd’hui violemment
chahutés. Ce qui dérange les femmes voilées est justement ce qui stimule les relations entre la femme et l’homme occidental depuis des lustres : le regard, sinon le désir. L’homme est
un être de désir. Il ne s’agit pas de se soustraire à ce désir mais d’en être le maître et de fixer les limites au désir de toute puissance infantile qui ressurgit dans nos sociétés.
Le visage, c’est ce qui nous fait être humains. « L’homme sans visage » n’est qu’un fantôme désincarné, un homme à qui ont a volé son humanité ou un
monstre, tel Elephant man. De Rimbaud à Levinas ou Ricœur, comment est-il concevable d’accepter d’incarner l’être relationnel que nous sommes, sans nouer des liens de visage à
visage ? Le fossé entre la conception occidentale de l’être et une conception musulmane radicale de la femme à laquelle renvoie le niqab, est totalement inconciliable.
Et donc, à ce titre, c’est à l’Islam de s’adapter au modèle occidental pour les Musulmans vivant en France, et non à la France de renoncer à ses principes et
à son fondements philosophiques pour satisfaire une revendication minoritaire.
Être musulmane en France, cela oblige à des concessions, à des transformations. On ne peut être fidèle au fond, la foi, sans aménager la forme, le vêtement. Et
l’Islam de France ressort gagnant de cette mutation qu’engendre l’intégration dans la culture, les modèles et les valeurs de la France. Le débat est clos.
Est-ce vraiment si sûr ?...
Comment être musulmane en France en 2009 : le faux problème public-privé
Car il nos contemporains ont du mal à admettre que le voile heurte plus profondément nos contradictions que nos certitudes…
Comme celles qui ont trait en 2009 à la distinction entre privé et public.
En effet : une autre idée communément admise et qui figure explicitement dans la loi française est qu’il y aurait d’une part ce qui relève du privé, et
d’autre part ce qui relève du public. Mais où commence le public et ou s’arrête le privé ? D’autres débats comme celui sur le PACS en 1999 et les changements de mentalité qu’il a entraîné en
ce qui concerne l’homosexualité et les unions de même sexe, autrefois renvoyées au tabou privé, ont fait voler en éclats cette commode et hypocrite distinction. On peut déplorer cette nouvelle
ère de la transparence, cet exhibitionnisme forcé et universelle, à l’heure de Facebook, de Mireille Dumas et de Loft Story, on peut regretter que notre société latine, fondée en partie
sur l’équivoque ou l’ambigüité sociales, se rapproche du modèle anglo-saxon, mais c’est ainsi.
Comme hier pour les unions homosexuelles, la Loi est souvent sommée de répondre, de fixer la norme et de s’inviter dans l’intimité des personnes. Hier on refusait
de voir les couples homosexuels qui, pour se faire accepter, ont dû faire un effort de visibilité. Aujourd’hui, n’est-ce pas de façon comparable une volonté d’être acceptées plus que de rupture
avec la société qui animent ces femmes lorsqu’elles aspirent à porter ostensiblement le voile ?
Difficile de trancher radicalement à l’heure de la transparence accrue, de la dilution des frontières public-privé, où la provocation fait office de mode
d’existence et de reconnaissance, voire de l’inversion des polarités sur fond de téléréalité, d’exhibitionnisme public et de confessions collectives aussi émotionnelles que
surmédiatisées...
Aujourd’hui le sentiment d’appartenir au groupe en communiant puissamment dans l’instant, la force du ressort émotionnel l’emportent sur le discours rationnel et
les idéaux collectifs hérités des Lumières, de l’ère de la raison, comme du modèle d’une France moderne et ouverte au monde, engagée dans l’Europe de la seconde moitié du 20e siècle.
Modèles morts avec l’effondrement des idéologies qui les accompagnaient.
Dans la France black-blanc-beur, on communie dans la différence autant que dans l’Être collectif, par l’exaltation collective et l’effet de masse, en abolissant
paradoxalement ces mêmes différences ailleurs érigées et fermement défendues, comme pour mieux se réassurer face à la standardisation galopante et au vertige généré par l’effondrement des anciens
repères.
Les sociologues de la psychologie des foules auraient beaucoup à dire sur les enjeux du niqab. Acte de défi et de refus du sentiment fusionnel propres aux
masses ? Réaction légitime face à la dilution de l’individu dans le Soi collectif ? Ou simplement émergence plus tranchée d’une singularité communautaire dans le relief d’un paysage de
plus en plus coloré ?...
Les limites de la Loi
Que dit la Loi ? Le Droit à lui seul suffit-il à trancher la question ? C’est ce qu’une lecture strictement politico-juridique tendrait à laisser croire.
Or, comme pour la question de l’identité française posée aujourd’hui, rien n’est moins évident et le doute reste permis.
Les catégories pour penser le Droit qui définissent la norme juridique autant que sociale seraient-elles alors caduques ? Ainsi, penser la société en termes de
privé-public d’un point de vue juridique n’aurait-il plus de sens face au nouveau paradigme humain qui émerge en ce nouveau siècle ? Paradigme mondial, post-politique, post-économique,
post-social, voire post-culturel ou métaculturel.
Que signifie le niqab dans ce contexte ? Une régression identitaire ou une affirmation secondaire de l’identité culturelle, contingente, mais qui renvoie à
néanmoins à un choix spirituel ?
La méta-conscience collective qui émerge et se nourrit des échanges sur Internet et du brassage des populations relègue-t-elle les catégories autrefois admises
comme objectives de l’individu, du dedans, de l’intime, du privé, qu’il soit personnel, familial ou communautaire, aux oubliettes de l’Histoire, à mesure que l’humanité sort de
l’histoire ?
A ce titre, le niqab est-il face à ce phénomène un symptôme ou un anachronisme ?
Et à l’inverse le collectif, le « public », ce qui relève du dehors, du social ou de la Res publica seraient-ils des notions
obsolètes ? On ne pourrait ainsi réduire le social à une pensée binaire « privé-public » et assoir le vivre ensemble sur des codes juridiques qui traversent ce clivage, puisque
l’évolution de la conscience humaine tendrait à faire disparaître la frontière entre l’être personnel et l’être social cher aux philosophes des Lumières. La notion de contrat social,
chère à Hobbes, Locke ou Rousseau, obsolètes ?... Et ce changement de paradigme, une utopie fusionnelle ou une réalité spirituelle ? Changement des représentations collectives ou
réellement de la Réalité qui nous traverse et de l’être lui-même ?...
Faut-il écouter le philosophe spiritualiste américain Ken Wilber, l’un des plus grands
esprits du siècle, ignoré en France, qui à la suite de Karl Jaspers voit dans les manifestations actuelles un changement vers un nouveau paradigme, spirituel, qui fait suite aux paradigmes
anciens du champ de l’intériorité collective, auquel appartient le phénomène religieux, depuis l’apparition de l’homme sur terre : archaïque, magique, mythique, rationnel, centaurique...
L’avant-dernier paradigme, celui des Lumières, aussi nommé paradigme de la représentation, est aujourd’hui caduque mais toujours actif dans le schéma intellectuel de nos contemporains et
des modèles extérieurs collectifs propres à nos sociétés, de la famille à la société planétaire en passant par les tribus/villages, les royaumes/empires, et finalement les nations/états
aujourd’hui rattrapées par la mondialisation et l’avènement d’une humanité transnationale, supranationale et planétaire.
Nous vivons sur cette ligne de partage inconfortable de la postmodernité où beaucoup ne se reconnaissent plus dans ces débats pourtant nécessaires sur la
nationalité, l’identité ou les signes d’appartenance communautaires ou religieux. Face au sentier du constructivisme extrême qu’affectionne le
modèle occidental, d’autres voies alternatives émergent pour évoluer et sortir du chaos.
Vaste et vertigineux sujet !
Quoi qu’il en soit, la fracture de l’opinion à propos du niqab révèle bien plus qu’un débat de « société ». Un clivage beaucoup plus profond entre une
conception ancienne et une conception nouvelle de l’être à soi-même et de l’être ensemble, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce n’est plus une question juridique ou éthique, mais bien
philosophique voire métaphysique qui est posée en arrière-plan.
Si l’on revient au plan strictement juridique (paradigme sociétal), il paraît impensable d’autoriser par exemple une femme fonctionnaire (et à ce titre représentant
l’État), à exercer son métier auprès du public en portant le niqab. Ou à une enseignante de l’école publique d’exercer voilée. Hors des seules administrations de la République, peut-on
imaginer une sportive se présenter à une épreuve officielle voilée de la tête aux pieds, comme dans certains pays musulmans ? Hormis l’inconfort et l’infraction réglementaire que cela
constituerait ? Une présentatrice du journal télé en niqab ? Impensable pour 99,9% des Français !... Et nos plages, et nos rues, nos cafés, nos boutiques, nos musées, nos salles de
spectacle ? Peut-on s’y afficher voilée ?
Autre question plus pertinente pour dépasser le débat et en comprendre les ressorts symboliques : hormis ce seul registre juridique et sociopolitique qui reste
d’autant plus à clarifier que la logique qui s’y réfère semble aujourd’hui impuissante à faire émerger un juste consensus, et pour cause, car le port du niqab heurte de front les principes de
notre démocratie et de la logique sociétale, que signifie ce voile intégral au niveau symbolique au sens large, et non seulement selon la seule symbolique républicaine et sociétale ?
Le vrai scandale du voile : la femme et la société, Sodome et la modernité.
Rome n’est plus le centre du monde et la révolution sexuelle est dépassée
!
Qu’il s’agisse d’un acte revendiqué comme individuel ou, comme on le pense à juste titre en France, nécessairement « communautaire » voire
communautariste, qu’est-ce qui motive une femme à se soustraire radicalement aux regards des hommes ? Sinon en la seule présence de son mari, dans l’intimité de la vie conjugale où tout
reste permis, y compris les accessoires vestimentaires et érotiques d’une sexualité sans tabous ? Qu’est-ce que cela signifie ?
Par extension, quel lien symbolique y a-t-il entre le port du hijab ou du niqab en public et le port permanent du voile pour les religieuses
catholiques ?
Dans les deux cas, la femme qui se voile témoigne de son obéissance à Dieu plus que son retrait du monde. En règle générale, les religieuses de la plupart des
congrégations présentes en France ne vivent plus constamment cloîtrées ni toujours voilées. Elles vivent en lien avec le monde profane. Certaines religieuses à Paris, comme les moniales de la
Fraternité de Jérusalem, exercent un métier civil, en habit ou en vêtement civil.
Toutefois, le voile des religieuses catholiques reste le signe de leur engagement religieux au sein d’une communauté et d’un retrait volontaire mais d’abord
intérieur des préoccupations mondaines pour mieux se consacrer à Dieu. Il symbolise aussi, eu égard à leur identité de femme, les vœux prononcés lors de leur entrée dans leur communauté.
Signe communautaire donc, mais aussi et surtout signe religieux d’obéissance, de renoncement et de « chasteté », sinon d’abstinence sexuelle. La
femme consacrée n’est plus un objet de convoitise pour l’homme, elle appartient désormais entièrement à son dieu, car elle choisit librement de se donner en totalité à lui. Dieu devient selon la
terminologie chrétienne « l’Époux divin », préféré à l’époux humain. Ce n’est pas un symbole, une idée, une névrose. Pour les Chrétiens c’est une réalité spirituelle vécue, bien réelle
et palpable. Tout comme pour les mystiques de l’Islam soufi.
En témoignent les phénomènes étranges et célèbres comme ces extases de saintes, Sainte Thérèse d’Avila en tête, immortalisée par Le Bernin. Hystérie pour les psys
mais vrai embrasement spirituel, où l’Éros et l’Agape irradient de la chair et l’esprit de leur lumière dans un vertigineux ravissent des sens.
Toutes les religieuses ne sont pas des mystiques et ne vivent pas des extases, tout comme toutes les femmes mariés ne connaissant l’apothéose de l’orgasme et
l’élévation tantrique dans la relation sexuelle… Cependant, la relation de la femme consacrée à Dieu n’est pas étrangère aux vœux que s’échangent les époux lors du mariage. Et la
perspective du ravissement érotique dans un cas, plus spirituel dans l’autre, n’en demeure pas exclue. Du moins en principe.
Différence majeure : les femmes juives orthodoxes qui portent perruque et foulard, comme les femmes musulmanes qui portent le voile, comme les femmes
orthodoxes en Grèce ou au Moyen-Orient ou dans les églises orientales qui portent encore l’habit traditionnel, ou, dans une moindre mesure les femmes protestantes qui refusent tout maquillage et
tout féminité ostentatoire, sont au contraire des religieuses catholiques, mariées ou supposées promises au mariage.
Contrairement au christianisme d’inspiration romaine, le Judaïsme et l’Islam ignorent en effet cette notion de chasteté vécue dans l’abstinence sexuelle et le
renoncement à la vie conjugale, qui prévaut comme norme d’exception, absurde pour certains et commune aux moines e toutes les religions du monde, mais qui s’imposée à tous les religieux
catholiques : du pontife aux prêtres et aux moines et moniales…
Les rabbins, les imams, comme les popes ou les prêtres orthodoxes se marient et ont des enfants, quand les prêtres catholiques refoulent souvent leur misère
affective et sexuelle en un sacrifice exemplaire mais souvent douloureux, au nom du dogme qui leur est imposé. C’est ainsi que l’Église romaine condamne les légions de jeunes homosexuels pétris
d’une sincère vocation qui frappent aux portes de ses noviciats, et couvre par ailleurs des désordres ou des licences que plus personne n’ignore aujourd’hui : compagnonnage de vie voire
paternité cachée pour certains prêtres, homosexualité, pédophilie, voire promotion canapé institutionnalisée dans les couloirs du Vatican, comme en témoigne le livre-témoignage d’un évêque
italien publié en 2000 et immédiatement retiré de la vente dès sa sortie en librairie…
Rome, la Grande prostituée de l’Apocalypse, peine encore à faire son ménage intérieur malgré l’exigence claironnante du nouveau siècle, et s’arc-boute au
dogme et à la Tradition en dépit des coups de boutoir de plus en plus pressants lancés par les fidèles ou la société civile.
Cette norme de la chasteté et du célibat pour les prêtres catholiques fut d’ailleurs tardivement instituée par les théologiens romains au cours de l’histoire de
l’Église, cause de beaucoup de désordres psychiques et spirituels du fait d’une mauvais interprétation des textes, d’un culte exagéré de la virginité et du célibat qui remonte au paulinisme, la
fabrique d’une déesse désincarnée, Mère de Dieu, éternellement vierge et frigide en la personne de Marie. Quand on songe que cette femme juive du 1er siècle, si elle fut
peut-être été vierge si l’on en croit les Évangiles lors de la conception de son premier né, Jésus, a néanmoins bel et bien connu « bibliquement » Jospeh son mari par la suite,
comme toute bonne juive de son époque se devait de le faire, et qu’elle a mis au monde quatre autres enfants mâles, les fameux frères de Jésus nommément cités dans le Nouveau Testament, il y a de
quoi s’interroger sur le mensonge coupable entretenu par les théologiens catholiques de la castration et du refus de la chair ; alors que le Christianisme est par excellence la religion
de l’Incarnation !...
Le catholicisme n’est plus religion d’État en France depuis 1789. Mais les modèles continuent d’alimenter l’inconscient collectif et de nourrir, comme référent ou
repoussoir, les modèles culturels à l’œuvre dans la société laïque et sécularisée. Une femme française « libérée » de l’Après 68, l’est toujours en référence au modèle ancien de la
France gaulliste, républicaine et catholique, à laquelle se réfère d’ailleurs Sarkozy. La sexualité en France et le mariage républicain ne peuvent ignorer cette référence culturelle au vieux fond
chrétien, même si mariage républicain et mariage religieux diffèrent et ne confèrent pas les mêmes droits dans la société, le seul mariage civil étant reconnu pour définir le statut civil des
conjoints et ouvrir des droits.
Pour les femmes juives ou musulmanes mariées, le foulard ou le voile est le signe du mariage religieux dans ce qu’il a de plus radical, « réactionnaire »
diront certains. La fidélité au mari selon les préceptes de la religion prend la forme d’une soustraction au regard d’autrui dans le champ social, pour mieux des dévoiler et jouir es plaisirs du
couple dans la sphère licite du foyer conjugal.
Cette conception heurte la symbolique du mariage républicain puisque lors des célébrations en mairie, le maire invite souvent après l’échange des consentements
mutuels et des anneaux la mariée à relever son voile pour embrasser en public son mari ! Toute comme autrefois le Roi se devait d’accomplir son devoir conjugal quasiment en présence de la
cour assemblée : unions, naissances et morts se déroulaient en public. Car le monarque, symbole de l’unité de l’État, était une personne sacrée mais publique : rien de sa vie intime
n’était en principe sensée être ignoré de la cour et du peuple. Et l’étiquette autorisait nos bons rois à jouir de toutes les fantaisies érotiques sans risque d’être condamnés par les clercs ou
leurs sujets. La résurgence contemporaine de ce comportement monarchique est bien évidement visible dans la peopolisation du couple présidentiel Bruni-Sarkozy…
Face à ce modèle, le niqab rompt totalement et chamboule les repères. La femme mariée est sacralisée, toute comme la jeune femme vierge et nubile est promise
au mariage et de même sacralisée, préservée de toute convoitise prématurée et illicite.
Quand ce sont les femmes qui revendiquent cette sacralisation radicale, il faut s’interroger. Car elle témoigne de la fidélité aux principes de la charia mais aussi
à Dieu et à leur mari, actuel ou futur pour les femmes musulmanes, comme ceux de la Torah pour les femmes juives suivant rigoureusement les prescriptions religieuses. Symbole de la fidélité à
Dieu et à la religion librement choisie, autant qu’aux traditions socioculturelles.
Est-il si inconcevable qu’une femme musulmane se sente sincèrement appelée par Dieu au point de vouloir ce conformer à ce qu’elle estime le plus parfaitement proche
de qui symbolise à ses yeux, sinon aux yeux de ses semblables, la radicalité de son engagement ? Au risque de prendre l’exact contre-pied du modèle dominant, mais sans nécessaire volonté de
s’y opposer.
Ne faudrait-il pas y voir un double signe : celui d’un appel universel du Divin dans les temps que nous vivons, à vivre ce saut de paradigme que nous
évoquions, pour entrer de pleins pieds dans la réalité spirituelle promises par les prophètes ? Mais aussi une maladresse, une cristallisation culturelle et religieuse, là où l’élan est
avant toute de nature spirituel ?
Car il ne s’agit pas seulement, je le crois et je l’affirme, d’une volonté de moraliser sa vie selon des modèles anciens et discutables, mais aussi d’un vrai élan
intérieur, frétillant et joyeux, pour précipiter les temps futurs !
Notre société valorise à l’excès la confusion, y compris dans le registre de la sexualité. Il n’y a aucun jugement moral là-dedans. Comme il ne s’agit
nullement de condamner des personnes ou des comportements que certains jugent « déviants » par peut ou esprit trop normatif. Ni de juger telle ou telle « identité » sexuelle
qu’on croit avoir ou choisir. Il s’agit de stigmatiser l’irresponsabilité, humaine avant d’être morale ou anormative, qui pousse notre société à accepter tout et n’importe quoi, et laisse les
jeunes en proie à un vide angoissant de repères, au nom d’un relativisme et d’une soi-disante « liberté » que la Loi seule est chargée de circonscrire. Le législateur ne peut être un
Surmoi de secours. Encore moins le garant de la Transcendance, fut-elle désacralisée et républicaine !
Il faut réinvestir notre libre-arbitre et notre esprit critique, car l’heure est à tous les égards, à la Responsabilité, individuelle et collective.
Dans un pays où la libération des femmes, la libération sexuelle et l’injonction au plaisir pour tous est passée par là, le voile islamique heurte en effet de plein
fouet les convictions libertaires, hédonistes de notre société, héritière des utopies soixanthuitardes, selon lesquelles l’usage des plaisirs est autant un droit qu’un devoir individuel et
collectif, et leur répression le signe d’un asservissement que la révolution entend briser. Si les phalanstères sexuels sont aujourd’hui passés de mode, ce thème demeure très présent dans
l’argumentaire et l’imagerie des publicitaires. La société de consommation capitaliste ayant recyclé aussi vite qu’efficacement les aspirations libertaires des enfants de 68. Le sexe, le désir,
le plaisir, sont avec la possession matérielle et l’illusion du pouvoir les ressorts et les symboles de notre société matérialiste, hédoniste et hyperconsumériste.
Et les stéréotypes de l’image de la femme véhiculés par la mode, la publicité et les médias, comme celle de l’homme d’ailleurs, ont du mal à s’affranchir de ces
nouveaux canons hédonistes qui survalorisent une beauté parfaite et savamment retouchée, une jeunesse éternelle, un corps formel, apollinien, parfait, mais totalement lisse et imaginaire, autant
de modèles jetés en pâture au culte collectif de l’image. Car l’image animée abolit sur l’écran de nos sens toute frontière entre l’imaginaire et le réel. Et propage l’illusion qu’on peut
réinventer un corps, se recréer et se donner à contempler narcissiquement ou à consommer frénétiquement, comme on jongle avec les images sur Photoshop, ou comme on se projette dans des avatars
virtuels, sur la toile ou dans les jeux vidéos. Avatars de plus en plus réalistes, nouveaux fascinus modernes, qui nous happent, nous décentrent et nous vident de notre énergie incarnée,
creusant la souffrance d’être soi.
La femme occidentale des panneaux publicitaires et des couvertures de magazines est totalement « dévoilée » au monde des désirs, livrée comme un objet
d’indentification, de contentement et de consommation narcissique. Au point d’accroître à l’extrême la charge d’angoisse chez les femmes qui, par imperfection physique ou à cause de l’âge, ne
peuvent jamais égaler ces modèles, sinon au prix d’une savante artillerie chirurgical et cosmétique, de sacrifices constants et d’une ascèse physique et psychique aussi inhumaine et
insensée.
Corps parfaits, jeunesse éternelle, nudité idéalisée, provocante et offerte, plaisir toujours rejeté vers un horizon asymptotique pour entretenir la soif de
consommer et, en contrepoint, l’Ère du vide, apothéose du narcissisme contemporain selon le philosophe Gilles Lipovetsky. Avec ses corolaires,
l’euphorie perpétuelle et la tyrannie du plaisir.
Où est l’asservissement ? Dans les stéréotypes machistes qui réduisent la femme à un objet de satisfaction ou dans le port radical du voile qui soustrait
entièrement la femme à cette assignation collective ? Qui sont les vraies féministes aujourd’hui ? Celles qui manifestent les seins nus ou celles qui tire un rideau noir sur tous les
déterminismes, masculins ou sociétaux ?
Ou plus sagement, dans un juste milieu, celles qui allient tradition et modernité, liberté individuelle et acclimatation aux modèles contemporains de la féminité et
de la séduction qui font tout de même encore le sel des relations hommes-femmes ?
Nous sommes au cœur du sujet ! Le voilà le drame et le scandale du niqab. Il ne s’agit pas d’un problème de laïcité puisque celle-ci justifie l’un et
l’autre points du vue, renvoyant zélateurs et pourfendeurs du voile à leurs contradictions.
N’en déplaise aux farouches partisans de l’athéisme d’État, notre histoire et de notre culture, européenne et française, sont quand même marquées par 20 siècles de
christianisme. Or notre société contemporaine s’affirme, et l’on s’en félicite, laïque. Mais cette laïcité a considérablement évolué depuis plus d’un siècle. La laïcité de Sarkozy n’a rien
à voir avec celle du petit père Combes…
Cependant, derrière ce principe de laïcité demeure implicitement une conception athée des valeurs de la République, au moins dans son essence. Personne ne songerait
à faire référence à Dieu, à prêter serment sur la Bible lors de débats à l’Assemblée nationale. Ni à évoquer l’Être Suprême cher aux pères de la Révolution ou aux Francs-maçons déistes dans le
débat public. Toujours le paradigme rationaliste et sociétal, plus radical en France qu’aux États-Unis, qui ont inscrit la référence à Dieu dans leur constitution.
La référence à un Dieu révélé, l’influence de la Révélation chrétienne et de l’héritage culturel judéo-chrétien qui imprègnent la culture française depuis Clovis,
et dont les valeurs républicaines sont le prolongement direct, sécularisé depuis les Lumières, du modèle politique et religieux de l’Ancien régime et des dynasties de Droit divin, est une vérité
historique indéniable. Même si certains voudraient la gommer, même si elle n’a plus cours aujourd’hui et ne ressurgit que dans les débats culturels, cette référence au christianisme comme
fondement des valeurs françaises et européennes demeure présente dans l’Inconscient collectif et le fond culturel français.
Il ne s’agit pas ici de jugement de valeur mais de réalité.
Mais Rome n’est plus depuis longtemps le centre de la chrétienté ni le socle du Christ dans le monde. Luther, Calvin et avant eux les églises orientales ont
contesté ce pouvoir politique et son modèle hégémonique. Et puis l’heure est au retour massif aux racines juives du christianisme, à la foi, réelle ou imaginaire, des premiers chrétiens de
Jérusalem, à la recherche d’un Jésus débarrassé de ses voiles grec, romain, byzantin, issus de la philosophie néoplatonicienne ou stoïcienne, de la doctrine des Pères du désert et du monachisme
ancien, de la théologie augustinienne ou thomiste, de la sacralité hiératique gothique, de la société féodale chrétienne et des Croisades, de l’idéal de renoncement, de pauvreté et de compassion
cher à un Saint François ou un Saint Vincent de Paul, de l’universalisme humaniste puis de celui des Lumières, de l’idéal poétique ou romantique du 19e siècle, du l’héros
révolutionnaire du 20e Ou de l’homme universel, planétaire, transculturel, de la société informationnelle et postmoderne du 21e
siècle. siècle (Che Guevara christique toujours en vogue chez les jeunes…)
Pourtant, la radicalité du voile musulman, d’abord religieux avant d’être politique, nous renvoie come en écho à cet héritage monothéiste et chrétien oublié et
banni du discours public. Et à l’histoire de la France avec l’Islam, cet autre modèle longtemps rival et adversaire de l’Occident quoiqu’issu d’une Révélation très proche et par bien des points
cousine du Judéo-christianisme.
Faut-il y voir une régression « moyenâgeuse », un retour du conflit entre deux religions et deux modèles de civilisation qui se sont longtemps livré
bataille sur le sol européen pour arracher ou préserver leur influence territoriale et leur hégémonie culturelle ? Caricatural et hâtif… Même si le discours des néoconservateurs américains
a berné l’Amérique du temps de George W Bush, les Français ne s’y sont jamais laissé prendre…
Le ministre Luc Besson lance
aujourd’hui une grande consultation sur l’identité nationale.
Il faut d’abord y voir un signe de bonne santé républicaine puisque, à l'heure où les repères changent très vite, les Français sont invités à réfléchir ensemble sur
ce qui fait leur identité commune.
Comment définir ce qui fait qu’on est « Français » aujourd’hui ?
On voit ici ou là ressurgir des débats plus ou moins nauséabonds et d’un autre temps sur les Français dits "de souche" ou pas « de souche ». Depuis quand,
combien de quartiers de noblesse franco-française faut-il présenter pour être considéré comme un « bon Français »?...
A l’évidence ces questions d’un autre âge n’ont plus lieu d’être aujourd’hui, même si la question de l’identité française réactive craintes et fantasmes, surtout
depuis que Nicolas Sarkozy met en œuvre le programme sur lequel il a été élu, et que 2 ministres successifs en charge du controversé Ministère de
l’Immigration et de l’Identité Nationale mettent en œuvre depuis 2 ans et demi cette politique.
Parler du sang à propos de l’identité française n’a évidemment aucun sens, dans notre république où s’applique le droit du sol, lequel définit la nationalité pour
les descendants de l’immigration .
La question se pose concernant l’accès à la nationalité pour les prétendants à ce titre, et aux droits qui en découlent
qui ceux ne sont pas nés en France.
Que faut-il pour être Français ?
Un pays ou plutôt une « nation » se définit généralement par la conjonction d’un territoire, d’une langue et d’un peuple. La nationalité qui en
découle, liée aux notions proches mais distinctes d’état et de nation, découle donc de ces trois éléments.
Est français de plein droit qui est né sur le sol français, de parents français ou non.
A vocation à devenir français quiconque entend s’établir de façon durable sur le territoire français. Voilà pour le territoire.
Même si les critères territoriaux et linguistiques ne sauraient suffire à définir la nationalité française, il demeure que partager la même langue est une condition
nécessaire pour prétendre être français ou se déclarer candidat à la nationalité française.
Mais la langue ne fait pas la nation. Sans quoi il y aurait aujourd'hui au bas mot 3 à 500 millions de Français dans le monde : Québécois, Libanais, Africains
des anciennes colonies et autres francophones ou francophiles…
Quelle langue faut-il maîtriser pour être français ? Celle de Molière ou celle des SMS ? Celle du Monde, de France Culture et des intellectuels ou celle de Booba ?
Vaste débat... On ne saurait fixer de règle en la matière, sinon le fait d’être capable de mener en toute indépendance les démarches de la vie
courante, notamment dans la vie professionnelle ou vis-vis des administrations.
Mais ni la langue ni le fait de vivre en France ou d’aimer la France ne suffisent pour être Français. Car être Français, c’est aussi partager, sinon une histoire
familiale liée à celle du pays, du moins des valeurs, une culture et des motivations communes pour vivre ensemble en France.
Les valeurs. Oui, mais lesquelles ? Celle de la République évidemment, valeurs citées en préambule de la Constitution de 1958 : Droits de l'Homme de 1789, Droits
Universels de l'Homme de 1958, auxquels la Constitution européenne fait référence, principes éthiques véhiculés par le droit français et le droit
européen : liberté, égalité, fraternité. Mais aussi tolérance, droit à l'éducation, devoir d'assistance aux plus démunis, droits des femmes et des minorités... Des droits donc mais aussi des devoirs réciproques entre l’État et les citoyens.
De l'éthique il en faut, mais aussi un socle culturel commun. Une matière commune.
Cette culture commune existe-elle de fait ou faut -il la définir, la délimiter puis la promouvoir, à l’école, dans les médias ou ailleurs ?
Bien entendu la culture française existe, fruit d’une longue histoire et d’influences multiples. Mais le socle culturel commun sur lequel on consent à se reconnaître
et qui sert de pivot, de point d’ancrage dans la nation pour ceux qui veulent devenir français ne peut se concevoir sans un effort d’évaluation et d’éducation. Et c’est bien là que les
difficultés commencent.
Comment pourrait-on se déclarer candidat à la nationalité française en méconnaissant totalement , sinon l’Histoire de France dans son ensemble, du moins les faits marquants qui ont façonné la France d'aujourd'hui et produit cette culture commune dans laquelle nos contemporains se reconnaissent
spontanément ?
N’en déplaise aux idéaux gaulliens, il ne s’agit plus d’ânonner le "Nos ancêtres les
Gaulois" de la France coloniale, ni de se contenter d’images d’Épinal aussi caricaturales que hiératiques, d’une France qu’on voudrait aussi grande et forte qu’« éternelle ». La
mythologie n’a plus sa place dans une France pacifiée, éloignée de l’immédiat après-guerre, profondément ancrée dans l’Europe du 21e siècle et impliquée dans les échanges
mondialisés.
Cependant, comment être français en ignorant totalement la culture européenne, dont les racines doivent autant, bien avant les dynasties royales ou républicaines, à
Rome, Athènes, Byzance que Jérusalem ? Comment être français en ignorant l’histoire récente de l’Europe ? Les grands bouleversements du 20e siècle qui ont forgé l'identité européenne,
autant que la France de la Cinquième République ?
Quelle que soit la communauté à laquelle on peut se sentir légitimement rattaché, comment être un Français, un démocrate et un républicain responsable sans connaître
un minimum les institutions de notre pays ? Mais aussi les cultures, notamment religieuses, qui le composent ? Vivre, travailler et dialoguer en
paix avec l’autre dans une république laïque, sans être la proie de l'ignorance et de la manipulation, si l’on ignore que le Christianisme, le Judaïsme et l’Islam ont à un titre ou un autre forgé
la France d’aujourd’hui ? Et que d’autres croyances, d’autres visions du monde peuvent non seulement coexister harmonieusement et mais se nourrir réciproquement grâce au principe de
laïcité ?
Comment être français si on refuse le Droit, la Loi et les principes de la laïcité ? Ou si l’on conditionne et subordonne ce respect aux principes religieux ou
communautaires auxquels on se réfère ? Si l’on veut imposer ses propres convictions, son propre modèle à une majorité qui s’y refuse ?...
Si l’ambigüité d’un Tariq Ramadan fait justement débat, que dire de certains imams de banlieue, salafistes ou
islamistes, qui prônent ouvertement la rupture avec la société, outragent et défient en permanence l’Occident au nom d’Allah, et montent une communauté contre une autre ?
Comment être français sans partager les principes et valeurs de la France de ce nouveau siècle : ouverture au
monde, engagement sur la scène internationale, développement d’un modèle social qui défend les plus faibles et promeut la solidarité, aide au développement des pays pauvres, engagement collectif
pour la préservation des ressources naturelles et un développement "durable", engagement dans la société civile et citoyenne, avec les
responsabilités que cela implique, car la nationalité n’est pas qu’une collection de droits acquis ?...
Autant de thèmes et de principes qui font qu'on ne peut être Français aujourd'hui sans se sentir impliqué ou concerné par ces enjeux nationaux et planétaires
majeurs.
Au-delà de cette interrogation un peu anxieuse sur l’appartenance à la France, le fait de poser la question aujourd’hui est symptomatique de questionnements beaucoup
plus vastes et qu’on ne peut ignorer.
Qu’est-ce que l’identité au 21e siècle ? Ne sommes-nous définis que par notre identité familiale, généalogique, communautaire, sociale, culturelle,
nationale ?...
Le problème n'est pas à vrai dire français, ni national mais mondial. Et le fait qu'il soit posé aujourd’hui est symptomatique des interrogations et angoisses de
l'époque. A la fois philosophiques, éthiques et spirituelles...
Qu'est-ce qu'être un « humain » au 21e siècle ?...
Et quelle doit être la place des identités nationales, dont la nôtre, encore contingentes et toujours changeantes, dans un monde où émerge la notion d'identité
humaine planétaire ?
Bien-sûr, si l'on se place sur ce plan, la notion de nationalité est d'ores et déjà caduque. Même si elle reste essentielle d’un point de vie politique, culturel ou
tout simplement pragmatique. Si elle existe toujours, elle change. Et si elle change, il faut la revisiter.
Mais aussi la transcender dans une nouvelle identité, humaine, mondiale, transnationale, non seulement politique, métaculturelle ou métasociale, mais vraiment
"spirituelle" !
Dimanche 1er Mars à 14 heures TOUS UNIS POUR LA PAIX !
Parvis des Droits de l'Homme
Place du Trocadéro
Paris 16e
Face à la vive émotion provoquée par le conflit israélo-palestinien parmi les Juifs et Musulmans de France, comme dans la société française et dans le monde,
Face aux tentations de repli, d’accusation et de haine, qui divisent les communautés, détruisent l’harmonie et la paix sociales, ruinent notre capacité à vivre ensemble et menacent notre
démocratie,
Face aux actes inacceptables dans une démocratie comme la France, de violence envers des personnes, des symboles communautaires ou religieux,
Face aux réflexes de peur, de sidération et d’impuissance qu’engendrent l’exhibition répétée de la violence,
Face au déferlement de haine qui en découle,
Parce que nous croyons que la Paix est non seulement possible mais essentielle, et qu’il est de notre responsabilité à chacun de la défendre, de la promouvoir et de la vivre au
quotidien,
Parce que nous croyons que nos différences sont des richesses à partager,
Parce que nous défendons les valeurs de la République : Liberté, Egalité, Fraternité,
Parce que la Paix et la Fraternité sont une réalité que nous vivons tous les jours, à l’école, au travail, dans nos loisirs, comme dans toutes les situations de la vie quotidienne,
Parce que nous sommes déterminés à vivre tous ensemble en paix
Et parce que cette paix-là est productrice d’épanouissement personnel, de forces et de sens collectifs dans notre existence et dans notre pays,
NOUS, groupes Facebook, APPELONS A UN GRAND RASSEMBLEMENT CITOYEN POUR LA PAIX
sans pancartes, banderoles, ni drapeaux partisan
Dimanche 1er mars à 14 heures
Parvis des Droits-de-l’Homme
Place du Trocadéro
Paris 16e
TOUS ENSEMBLE LE 1er MARS !
SHALOM PAIX SALAM!
Ce rassemblement est organisé à l'initiative des groupes Facebook suivants, réunis dans le collectif "Shalom paix salam" :