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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 20:44



Depuis le séisme qui a ravagé Port-au-Prince, on voit fleurir sur Facebook et ailleurs des interrogations inquiètes empreintes d’une révolte qu’on pourrait croire à première vue légitime :

« Pourquoi Dieu était-il absent à Haïti ? »

Qu’on soit croyant, traversé par le doute ou agnostique, s’en prendre à « Dieu » face aux catastrophes de tous ordres qui s’abattent sur l’humanité depuis que le monde existe n’est pas un phénomène nouveau. La plus éloquente de ces admonestations n’est-elle pas celle qui émana d’intellectuels juifs et de rescapés des camps qui, au lendemain de la Shoah, s’interrogèrent sur l’inexplicable et le coupable silence de Dieu face à l’absurdité de la barbarie nazie, remettant en cause son existence quand ils ne versèrent pas dans l’athéisme le plus radical ?

Loin de vouloir entrer dans la polémique actuelle, disons-le tout net : s’en prendre à Dieu face au tremblement de terre qui a ravagé Haïti relève d’une attitude infantile.

Comme ces électeurs qui s’en prennent à la Providence étatique dès qu’une injustice les frappent, accuser Dieu des maux qui nous frappent, ou lui reprocher son absence ou son silence, ce qui revient au même, équivaut à se fabriquer un Dieu-Providence qui serait chargé de veiller sur nous comme une bonne nurse et de parer tout écueil, nous préservant du fatum.

Pour obtenir les bonnes grâces de ce dieu, il suffirait de lui adresser quelques prières, suppliques ou sacrifices. Et hop ! Le parapluie serait ouvert sur nos têtes et nous serions exempts de tout péril.

Psychologiquement et spirituellement, pareille attitude relève non seulement d’une immaturité mais d’une méconnaissance de Dieu, et d’une attitude magique. Pareille divinité n’est assurément pas le Dieu révélé de la Bible juive et chrétienne. Pareille divinité n’est qu’une idole qu’on se fabrique, un Surmoi ou un Parent imaginaire qu’on déploie au-dessus de nos consciences pour résoudre les problèmes et faire baisser le niveau d’angoisse existentielle.

S’il est légitime de chercher refuge dans celui que les Psaumes nomment « mon bouclier », « mon roc » ou le « défenseur « d’Israël et des Justes, en revanche c’est une attitude toute autre que d’exiger de lui qu’il résolve tous nos problèmes et nous exonère de toute tragédie.

Souvenons-nous de la figure de Job. Un juste, observant, parfait selon les commandements de la Torah pourrait-on croire. Pourtant, sur proposition de Satan, Dieu lui-même autorise qu’il soit soumis aux pires vilénies. Quel est donc ce Dieu sadique qui nous laisse à notre sort injuste, se contentant de nous observer nous débattre face aux attaques du Mal ?

Ce qui pourrait constituer un « mystère » en termes chrétiens est en réalité le fondement de notre nature existentielle.

Et l’angoisse qui nous assaille quand tragédies et catastrophes viennent nous rappeler notre fragilité, notre condition mortelle et notre finitude, traduit une angoisse plus ontologique qui a trait aux fins premières et aux fins dernières, comme au sens de notre incarnation et de notre présence sur terre.

Car, pour le religieux, le simple croyant, l’agnostique ou l’athée rebelle au Divin, l’une des choses les plus difficiles à admettre est justement notre incarnation. Nous déployons des trésors d’ingéniosité pour nous faire croire que nous pourrions nous soustraire à cette pesanteur, à ce corps mortel, à cette vie limitée, à la Mort qui est la seule certitude qui nous attend au terme d’une vie incertaine.

Nos savoirs déployés sur le Réel, nos sciences et nos technologies orgueilleuses qui voudraient circonscrire ce Réel si vaste et incompréhensible, nos croyances mêmes, nos représentations de la réalité, de Dieu, nos religions, sont toutes autant d’antidotes à l’angoisse d’exister.

Or cet orgueil de l’homme moderne est bien vaincu quand la « Nature » vient lui rappeler qu’il n’est qu’une simple créature mortelle et impuissante face aux tumultes de la Création, lorsque celle-ci déchaîne sa puissance de destruction et d’entropie.

Dieu doit-il intervenir ? N’est-il pas le « Miséricordieux » ? Et qu’en est-il de sa mission salvatrice, protectrice, rédemptrice, révélée par les multiples interventions divines, de Moïse à Jésus ou à la figure du Messie ?

Quand le Mal s’abat sur nous, le sentiment d’être abandonnés nous assaille. Nous sommes comme des enfants livrés à l’arbitraire, sans père ni mère pour nous secourir.

Tous les parents savent qu’un enfant ne pourra jamais grandir si l’on ne lui apprend pas un jour à se débrouiller seul, à faire face aux épreuves sans assistance ni protection.

Il en va de l’attitude de Dieu comme de celle de tout parent responsable et soucieux de la croissance de son enfant. Sans « retrait » parental, somme toute relatif puisque la mère n’est jamais loin lorsque son enfant joue seul, il n’y a pas d’éveil de la conscience possible ni d’accès à la responsabilité individuelle. Ni de rapport à l’autre envisageable. Car le fusionnel remplace la relation d’altérité. La mère empêchant toute émergence du sujet.

Fins premières. Dans le mythe de la Création exprimée dans le premier chapitre de la Genèse, Dieu, au terme de son acte de création, se retire. Non seulement pour contempler son œuvre et se reposer, instituant le Shabbat qui est une contemplation amoureuse et réciproque de Dieu et de sa créature la plus accomplie, l’Humain. Mais aussi parce qu’il décide de laisser l’Humain à sa responsabilité d’être existant. Il lui commande de dominer la Création, de soumettre la terre et ses habitants mais il le livre aussi à ses caprices.

Car Dieu ne provoque pas lui-même les tremblements de terre, les tsunamis, les inondations. Que se soit par méchanceté, caprice divin ou pour punir l’homme de quelque péché, comme on peut l’entendre de la bouche de certains pasteurs évangéliques imbéciles.

Le Mal existe. Il est dans le cœur de l’homme comme l’est aussi la Présence divine. Et ils s’y livrent un combat pour exercer leur suprématie. De même le Mal est présent dans la Création. Qu’on croit ou non à l’incarnation de ce mal sous la figure d’un « Shatan », d’un Diviseur, chargé de semer le doute entre Dieu et sa créature, d’accuser celle-ci et de l’accabler de tous les maux, il y a à l’évidence, comme l’ont rappelé les philosophes, une permanence du Mal à l’œuvre dans nos vies et notre histoire commune.

Les Bouddhistes ne disent pas autre chose, dont la première des 4 nobles vérités affirme : « La vie est souffrance. »

Ne pas accepter cette caractéristique intrinsèque de la vie qu’il y a des souffrances, des épreuves et des tragédies, c’est refuser tout bonnement l’existence.

Revenons aux catastrophes. Si l’on se place d’un point de vue biblique, ou plus généralement religieux, le moins que l’on puisse dire c’est que concernant les multiples cataclysmes qui s’abattent sur nous à l’heure actuelle avec une intensité un rythme croissants, on ne pourra pas reprocher à Dieu de ne pas nous avoir prévenus !

Car du Judaïsme ancien au Christianisme et à l’Islam en passant par le Bouddhisme tibétain ou le chamanisme, il n’est pas une seule grande tradition spirituelle de l’humanité qui n’ait évoqué en termes d’annonces et de prophéties diverses les temps que nous vivons aujourd’hui.

Sans parler des récentes affabulations à propos du calendrier maya et de 2012, il suffit de relire Daniel, Hénoch ou le Livre de la Révélation (Apocalypse de Jean) pour s'en convaincre. Quand au Coran, il est "le" livre de l'Avertissement par excellence. Qui regorge de références aux "petits" et "grands" signes de la Fin des temps.

Loin de céder à la tentation millénariste, il serait toutefois aveugle quand on se dit croyant et qu’on se réfère à ces traditions de ne pas identifier dans les tourmentes du siècle présent les signes annoncés. Et de se limiter à une seule lecture écologique et climatique des désordres dont nous serions nous-mêmes les victimes autant que les coupables auteurs.

Fins dernières. Les catastrophes nous renvoient à l’eschatologie. Car si la vie terrestre est limitée, la réalité présente que nous vivons collectivement l’est aussi, appelée à être transformée de fond en combles. Et c’est justement cette transformation que nous vivons aujourd’hui, nous projetant dans un vertigineux Changement et face à l’Inconnu le plus angoissant.

Quels que soient le sens et la forme que nous voulons donner à ce Changement en tentant de le rationaliser, avec ou sans référence explicite à l’eschatologie biblique, nous ne pouvons y échapper.

En appeler à Dieu, se tourner vers Lui, faire acte de Teshouva, de retournement, de conversion, est une attitude juste. Nous retourner vers notre intériorité et nous ouvrir à l’altérité, dans une démarche non seulement « solidaire » mais aussi unificatrice, est un acte sain. Abandonner nos attachements au matériel, nos réflexes de possession territoriale, identitaires, nos avoirs, nos savoirs et nos certitudes pour accéder à une connaissance plus vaste et à une identité plus élevée, est le challenge qui nous est proposé.

Dieu nous assiste et nous accompagne dans ce grand Passage. Les aides sont là et bien là. Et les énergies spirituelles qui nous traversent n’ont jamais été aussi puissantes que dans les temps que nous vivons. Elles s’accroissent, s’accélèrent se raffinent de plus en plus, transformant le Réel qui nous entoure et dont nous faisons partie à notre insu, et provoquant un désagréable inconfort qui nous pousse à nous adapter, à nous réajuster en permanence, consciemment ou inconsciemment.

Une femme juive pratiquante me faisait un jour à propos de sa famille décimée à Auschwitz cette confidence stupéfiante : "C'est horrible, inimaginable, indescriptible ! Et je comprends que certains survivants se soient sentis abandonnés par Dieu au point de devenir athées. Mais assurément, s'il y a une personne qui était présente à Auschwitz aux côtés de son peuple qu'on exterminait et souffrait avec eux, c'est bien le Christ !"

Refuser le changement, se révolter, en vouloir à la Vie ou à Dieu, croire à l'Injustice ou qu'on est abandonné à son sort, réagir avec violence, c’est à coup sûr régresser et se condamner à une mort certaine. Car la Réalité telle que nous la connaissions et la vivions jusqu’à présent est bien en train de basculer et de disparaître sous nos yeux, le sol se dérobe. Nous tentons de nous raccrocher à du « connu » mais c’est peine perdue !

Alors que faire face aux catastrophes ? Au plan existentiel, organiser la solidarité humaine. Non seulement avec pragmatisme, organisation et raison, mais aussi avec une ouverture de plus en plus grande à l’autre. Le plus essentiel n’étant pas la réalité extérieure - sauver des vies - mais la réalité intérieure : ouvrir nos cœurs les uns aux autres et « faire corps », faire Un, tous ensemble. Car tel est notre destin commun, nous n’en avons pas de rechange, sinon retourner au Chaos.

Ceci nous force à abandonner nos conforts, nos attachements, nos possessions et même nos réflexes identitaires. Les catastrophes sont des épreuves, des tests grandeur nature, des vecteurs de changement. Sans elles, nous resterions au stade de conscience où nous étions, nous n’aurions aucune raison de nous risquer dans le Grand Saut. Là, nous n’avons pas d’autre choix : résister, refuser et mourir, ou évoluer tous ensemble.

Les Nazis étaient horrifiés quand, menant certains Juifs hassidim aux chambres à gaz, ceux-ci s’avançaient en procession en chantant des cantiques à la gloire de Dieu. Ils auraient déclaré : « Jamais nous ne pourrons les vaincre ! ».

Ce n’est pas un choix facile, mais nous ne pouvons refuser les catastrophes, nous nous pouvons que les traverser. Que nous mourions physiquement ou non n’est pas le plus important. L’important est notre Esprit et le salut de nos âmes.

Maudire les catastrophes, maudire Dieu pour son absence, c’est nous condamner nous-mêmes. C’est une épreuve de sainteté que d’appendre à « bénir » en toutes circonstances. C’est la sainteté telle que l’enseignent les rabbis : quoiqu’il arrive dans une journée ou dans une vie, bénir Dieu en toutes circonstances.

Ce n’est pas facile mais au moins pouvons-nous simplement accepter ce qui nous arrive. Agir sans réagir. Et si l’on ne peut agir, s’en remettre à Celui qui nous dépasse et ne cesse d’être penché sur nous avec Amour et bienveillance, même et surtout dans les épreuves en apparence les plus sombres et les plus incompréhensibles. C‘est la première étape vers la maturité psychologique et spirituelle, le renoncement aux idoles, aux fausses croyances et fausses images de dieu, qui ne sont que des amulettes intellectuelles, à l’irresponsabilité infantile. C’est la première étape vers la croissance spirituelle et l’accession à notre future condition d’Humain entièrement spiritualisé.

Êtes-vous prêts ?
Par Christophe Claudel - Publié dans : Comprendre
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 14:03
Hermaphrodite (Louvre)



DIEU MERCI, il existe des "monstres" !!!



Le cas de "Sylvaine, née Sylvain", relaté par Le Monde d'hier, interpelle et désarçonne les scientifiques.
(cf. http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/12/01/hermaphrodisme-sylvaine-nee-sylvain_1274482_3224.html)

Si Dieu a créé ces êtres hybrides, androgynes ou plutôt hermaphrodites chromosomiques ou sexuels, c'est sans doute aussi pour nous faire réfléchir.

Les identités sexuelles ne sont pas aussi séparées qu'on le croit trop souvent.

La preuve : il existe des humains qui sont biologiquement (ou chromosomiquement) hommes « ET » femmes !

Ou pour être précis, mâles ET femelles.

Il existe donc des « ponts naturels » entre les 2 sexes, mâle et femelle. Sexes que l’on oppose souvent et que l’on voudrait comme pour se rassurer radicalement distincts et bien définis.
Du moins du point de vue biologique ou génétique.

Car la question du "genre", masculin ou féminin, c'est autre chose. C'est une « notion », pas une réalité. Et c’est culturel.

Et les genres ont beaucoup évolué dans nos sociétés occidentales depuis 40 ans. Avec la révolution sexuelle de 1968, la montée des féminismes, la remise en cause des rôles masculins et féminins, de la domination masculine dans nos sociétés, les progrès des droits des femmes ou la normalisation par le droit de formes de conjugalité et de parentalité alternatives à la cellule familiale hétérosexuelle, héritée en Occident du modèle familial de la société bourgeoise du 19e siècle, et non une norme absolue, universelle et intangible comme l’affirment les imbéciles…

Bouleversements aux conséquences parfois dramatiques sur des hommes déboussolés ou dénaturés : « nouveaux pères », des hommes « dénaturés » comme le souligne Éric Zemmour, qui « portent » leur enfant faute de pouvoir vivre physiquement les joies de gestation, de l’accouchement et de l’allaitement au sein, hommes en quête de masculinité, multiplication des « groupes de paroles d’hommes » en Amérique du Nord, hommes androgynes, femmes qui se retrouvent vieilles filles à cause des dégâts d’une sexualité féminine trop « phallique » qui effraie les hommes… 


L’androgynie brouille les repères.

Mais l’androgynie, symbolique ou culturelle, liée à la notion de genre, comme l’hermaphrodisme sexuel ou chromosomique, lié à la notion se sexe, nous rappellent aussi notre nature ontologique, qui est bisexuelle.

Selon le mythe judéochrétien de la création de l’homme inscrit dans la Genèse, Dieu crée l’humain « à son image ».

"Dieu créa l'homme à son image,
A l'image de Dieu il le créa,
Homme et femme il les créa.
"
(Genèse 1:27)

A son image, c'est-à-dire pluriel ! (Il « les » créa).

Et d’une nature double et relationnelle : l’humain est à la fois « homme et femme ».

Et cette double identité, ontologique avant d’être existentielle, projette l’humain dans une dynamique relationnelle.

L’humain n’est pas un Dasein, un « Être là » comme le prétend philosophe existentialiste Heidegger.

C’est un être personnel, un être vivant, en mouvement, en changement et en relation.

Avant d’être incarnés, dans un corps a priori corps mâle ou femelle, avant ensuite de revêtir une identité culturelle et sociale d’homme ou de femme, nous sommes tous des êtres tissés du féminin et du masculin.

Dans le Banquet de Platon, Aristophane développe le mythe de la création de l’homme en 3 catégorie s : homme, femme et androgyne. Chacun recherchant dans cette existence son complémentaire. Mythe pas si éloigné de la conception judéo-chrétienne de l’homme à la fois masculin et féminin, avant d’être mâle ou femelle.

Eh oui ! Il est difficile pour nos esprits cartésiens d’accepter que Dieu crée selon une « logique » qui nous est étrangère. Et ne « pense » pas de façon binaire, comme nos ordinateurs : 0/1, oui/non, bien/mal, mâle/femelle, homme/femme…

La Kabbale, mais aussi les évangiles, ne cessent de nous mettre en garde contre cet aveuglement de l’intellect, source de tant d’illusions et de conflits.


Et contre le jugement de valeur qui suit en général immédiatement un jugement de réalité qu’on croit objectif mais qui est en réalité faussé par cette tendance implacable à tout diviser en 2, à créer des catégories et à raisonner de façon dialectique sinon manichéenne ou sectaire.

C’est ainsi que nos pères latins nous ont livré la notion de "sexe"…

Bien avant l’invention du concept de « sexualité » au 19e siècle, le mot "sexe" vient en effet du latin "secare", verbe qui signifie "couper".

Le sexe "coupe" l'humanité en 2.

Un drame psychologique, culturel et identitaire pour des générations d’hommes, de femmes et surtout d’enfants habitués à penser l’humain en termes séparés et opposés !

Sans parler de la coupable « suspicion de la chair », du dégoût phobique des corps et de la hantise du sexe, que fera longtemps peser l’église catholique romaine sur les croyants, avec le retentissement que l’on sait sur les idées et la culture de l’Occident chrétien. Église qui s’accroche encore aujourd’hui désespérément à ces dogmes d’une autre ère…

Le « sexe » sépare, donc…

Or, le même mot en hébreu nous enseigne tout autre chose.
Le mot sexe dans la langue des Juifs (et de Jésus…) vient en effet d'un verbe qui signifie "coller".

Le sexe c'est ce qui fait coller l'humanité ensemble !

A l’image de l’Amour, qui est la force qui unit et meut tout l’Univers, selon les métaphysiciens déistes et certains physiciens mystiques comme Einstein…

Intéressant, non ?

Pas étonnant dès lors que cette « colle » commette parfois quelques « bavures ».

En la personne de ces êtres étranges, qu’on vénérait autrefois dans la Grèce antique, mais qu’on s’est habitué dans l’Occident chrétien à pourchasser, à persécuter, à tuer… ou à exhiber comme des animaux de foire. Tout comme les « invertis », les « homosexuels » et tous ces êtres déclarés « contre nature ».

Anathème qui au passage dénote une méconnaissance crasse de ce qu’est la « nature » : un mythe et une conception philosophique ou théologique plus qu’une réalité. Les découvertes récentes de l’éthologie nous enseignent en effet que la bisexualité est un phénomène non seulement extrêmement répandu mais « normal » dans tout le règne animal !...

Chassez les monstres !

Pourquoi ? Parce qu’ils terrifient tant nos inconscients si inquiets d’être « un autre ».

Or il n’y a pas de relation, il n’y a pas d’amour, il n’y pas de vie tout simplement ni d'évolution possibles, sans altérité.

Pas une altérité superficielle, ou simplement existentielle, ce qui serait un autre leurre. Mais une altérité ontologique.

Comme Dieu est le Tout Autre, « Je est un autre ».


Il y a en moi, en toi, et entre nous, un « autre » qui vit et me, te, nous fait vivre et être au-delà de l’existence.

Il y a un autre après ce corps, il y a un autre par-delà la mort, il y a un autre au plus profond de moi quand je cesse de vouloir, de croire, de penser ou d’agir.

Le sexe n’est que pure illusion !

Nous ne sommes nullement séparés. Bien au contraire, nous sommes tous intimement reliés. Reliés non seulement socialement, économiquement voire consciemment grâce aux nouvelles technologies, mais aussi spirituellement.

L’humanité est un corps, dont nous sommes les cellules. Et la lumière qui fait vibrer ce corps ne connaît aucune frontière de race, de sexe, d’identité contingente et passagère, de croyance ou de religion. Elle illumine et met en mouvement. Elle fait coller ensemble les cellules.

A trop traquer les aberrations biologiques on en oublie parfois des vérités plus essentielles...

Même si celles-ci nous y ramènent étrangement.

Dieu est plein d’humour : il aime nous surprendre quand nous nous emprisonnons nous-mêmes dans nos ridicules et étroites certitudes.

Seuls les mystiques et les fous savent encore « rire avec Dieu ». Et se moquer des savants dont le Savoir est une idole qui voile la Réalité.
Par Christophe Claudel - Publié dans : Comprendre
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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /Nov /2009 21:34

Ce film aussi attendu autant que mal promu m'a fait chialer comme un môme de la première à la dernière image, submergé par l’émotion qui le traverse.

 

Je confirme : Ce n'est pas un "bon film"...

 

C'est un CHEF D'ŒUVRE !

 

Merci aux critiques avisés et très parisianistes !

Verdict du lynchage : mauvaise pub, promo insuffisante, distribution étique et buzz urgentissime. 

 

En 2003 Cannes attribuait l’Or au très polémique et très politique "Fahrenheit 911" : un navet cinématographique mais un documentaire puissant, taxé d'antiaméricanisme par le neocons va-t-en guerre et opportunément lâché par les distributeurs yankee. Une œuvre au service d’une valeur : la Vérité.

 

D’Une Seule Voix aurait largement plus mérité pareil hommage...

 

Résolument apolitique mais dramatiquement actuel, sans aucune démagogie ni prétention à incarner la paix, à défendre des propos "pacifistes" ou "Peace & Love" ; un film bouleversant de vérité et d'humanité !

 

Son propos : substituer l’art à la politique, la musique, l'émotion, l'amitié et l'espoir au vacarme des bombes…

 

Bons sentiments, idéalisme, un côté utopie larmoyante et « Woodstock du pauvre » relooké à la sauce moyen-orientale (l’organisateur de la tournée, ancien rockeur qui vécu à Woodstock, était l’un des protagonistes du Festival…) : les bons critiques parisiens auront eu vite fait d’assassiner cet élan d'espoir sans précédent.

 

Loin des canons hollywoodiens, du tintouin des politiciens et des discours politiquement incorrects de tout pathos gratuit ou de tout calcul commercial, D’Une Seule Voix est un cri.

 

Un cri du cœur, un hymne indispensable autant qu'impensable à la tolérance, à l’amitié et à une paix réelle, incroyable mais possible.

 

Un pont jeté par-dessus les querelles, les pesanteurs des stratégies politiciennes, les rhétoriques nationalistes, la loi du Talion et l'arithmétique du canon.

 

Une expérience unique et transformatrice pour ces artistes des deux bords, autant qu’un témoignage flamboyant pour le public.

 

Et une illustration éloquente que l’art en général et la musique en particulier peuvent réunir des hommes, des femmes et des enfants séparés par la guerre, abolir clivages et préjugés, et délivrer un formidable message d’espoir face à la haine revancharde, aux mots de la politique et aux maux terribles d’une tragédie absurde.

 

L’un des plus beaux films qu’il m’ait été donné de voir !

 

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D'UNE SEULE VOIX

Un film de Xavier de Lausanne, 2009

 

Site officiel

 

Bande annonce (Allô ciné)

 

Page Facebook

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Par Christophe Claudel - Publié dans : Vibrer
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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /Nov /2009 21:24

.../... (suite de l'article)


 

La morale religieuse, entre retour de Dieu et nouveau paradigme spirituel

 

Comme le voile dans le monachisme chrétien, le hijab et le niqab symbolisent le renoncement pour la femme et son conjoint observants à s’abandonner aux facilités de la vie contemporaine, à limiter leur libre agir, leur libre penser, à refuser d’être réduits et soumis à au modèle hédoniste et matérialiste ambiant. Même si l’ambigüité peut être largement plus suspecte en ce qui concerne les hommes.

 

Ce thème est beaucoup plus radical dans la culture et la pensée musulmanes que dans la culture juive ou chrétienne bien qu’il y ait été autrefois très présent : « Être dans le monde sans être du monde »… La femme musulmane et son conjoint s’astreindraient ainsi volontairement à une économie du désir et du plaisir, non pas liée à la « maîtrise de soi » et à la l’identité de citoyen responsable de ses comportements, comme dans le cas du modèle gréco-romain dont sommes pour partie les héritiers, tel que l’analyse Michel Foucault dans son Histoire de la sexualité.

 

Mais cette astreinte « puritaine » pourrait-on dire découle d’une morale religieuse et sociale qui entre radicalement en conflit avec le modèle actuel dominant. La notion de licite et d’illicite (haram) dans l’Islam n’est certes pas étrangère à la notion chrétienne de « péché » et la culture de l’aveu dont Foucault analysait les ressorts dans son tome 4 inachevé de son Histoire de la sexualité. Le modèle musulman, son rapport au licite notamment dans le domaine de la sexualité, est parent du modèle chrétien, lequel a rompu radicalement avec le modèle grec. A la différence que la notion e chasteté n’y est pas la même : l’abstinence et le refus de procréer étant pour les hommes comme pour les femme un grave péché dans l’Islam, là où la morale chrétienne s’est abîmée dans un rapport compliqué et névrotique à la chair.

 

Cette morale musulmane qui fait ressurgir en écho notre morale chrétienne jetée aux orties il y a un ou deux siècles au nom du progrès social scientiste, de la liberté de conscience laïque, ou plus récemment la libération sexuelle, entre en conflit avec une autre morale, un autre système de valeurs, républicain et sécularisé, où les rôles sociaux, les interdits et les tabous de genre, d’identité et de sexe ont considérablement été bouleversés depuis que le christianisme n’est plus religion d’État. D’où le sentiment d’un anachronisme et d’une régression lorsqu’on plaque une lecture historique occidentale sur la morale issue des cultures musulmanes.

 

Question : quelle morale s’applique légitimement aujourd’hui ? Et quelle limite fait-il lui opposer.

 

Une morale permissive, un système de valeurs libertaires où les codes sont inversés, où ce qui était autrefois défendu est aujourd’hui survalorisé ? Consommation sexuelle, disponibilité immédiates des corps, usage immodéré des plaisirs et des accessoires au jouir perpétuel, hypertechnicité du sexe réduit à son mode génital, séparé de sa fonction procréative depuis la maîtrise médicalisée des naissances et l’invention de la pilule contraceptive, objet de fixations obsessionnelles et causes e souffrances névrotiques individuelles ou collectives, clivages entre sexualité et affectivité entraînant frustrations et souffrances, assignation au jouir permanent et résurgence des modèles hyperphalliques, pour l’homme comme pour la femme, avec une inquiétude quant à l’impuissance qui en résulte et l’incapacité à jouir sans cesse, fusse sous dopage chimique le cas échéant…

 

Une morale volontairement amorale et transgressive où la libre circulation des désirs, notamment masculins, sont une offense constante à la liberté, à la sécurité et à la dignité des femmes ? Une morale ou la femme est valorisée à proportion qu’elle se soumet volontairement au modèle masculin et adopte les mêmes stéréotypes comportementaux phalliques : pourvoir, séduction, sexualité exhibitionniste et désinhibée, multi-partenariat sexuel, domination, usage d’une pornographie voyeuriste…

 

 La société française voit revenir en force depuis 20 ans, on s’en félicite ou s’en inquiète, des aspirations et des thèmes comme le mariage, la fidélité, associés à une natalité redynamisée depuis les années 2000.  Les minorités sexuelles aspirent à s’approprier le mariage, autrefois vilipendé comme archétype bourgeois et réactionnaire, en font un thème de revendication égalitariste autant qu’un modèle du couple de même sexe, forçant le législateur à entériner les évolutions sociales.

 

Alors, le niqab ?… Symbole d’un moralisme étriqué, de la domination masculine et de la soumission des femmes, ou enjeu d’une liberté réinventée, d’un modèle alternatif pour les femmes musulmanes en terre d’Occident ?

 

Le fondateur de l’Islam avait sur ce sujet non seulement un souci moral mais bien plus encore un amour des femmes non dissimulé, un souci et un respect de la femme dont bon nombre de nos contemporains gagneraient à s’inspirer. Et certains Musulmans ignorants de leurs propres racines à se ressouvenir !…

 

S’agit-il d’une morale puritaine et austère, ou du versant radical d’une morale musulmane qui allie principes religieux et règlement des comportements sexuels ? la femme y est-elle avant tout soumise ou protégée ? Et le plaisir, aussi raffiné soit-il dans l’intimité (des harems autrefois et du couple aujourd’hui) se conçoit pas comme une fin en soi, soumise à l’arbitraire du seul désir des hommes, ou comme une liberté licite, saine, ordonnée mais bien charnelle, généreusement donnée par Dieu à l’homme, non seulement comme gratification pour faire des enfants mais aussi comme sanctification de la vie et préfiguration des délices promis aux fidèles dans le paradis musulman. A l’inverse des théologiens catholiques qui ont réduit la sexualité au seul rapport coupable et misérable entre un homme et une femme mariés à des fins exclusives de procréation, rejetant tout autre pratique sexuelle et toute forme de plaisir dans la catégorie bien mal comprise du péché de « sodomie ».

 

Opposé à cet idéal musulman, conjugal pour les époux, légal et social pour ce qui est de l’application de la charia dans la communauté, voire mystique pour l’homme religieux, l’attachement ou l’aliénation de beaucoup de nos contemporains au sexe de façon inquiète, désordonnée, animale et brutale, sans conscience ni limite, apparaît pour les Musulmans comme une transgression attirant le châtiment divin autant que le malheur sur ceux qui s’y livrent. L’Islam demeure à ce titre la plus radicale des religions monothéistes, celle de l’Avertissement en vue du Jugement. Même si les voluptés de l’Orient et les licences par rapport à l’orthodoxie religieuse qui fascinent tant l’imaginaire occidental ont depuis longtemps largement nuancé ce modèle strict et légaliste.

 

Comme le Judaïsme et le Christianisme, l’Islam professe que l’homme ne saurait se limiter à sa seule dimension incarnée, animale, contingente, corruptible et passagère. Au contraire, l’homme est un être bien charnel, mais aussi spirituel, et en devenir.

 

Parce que l’Islam ignore à son origine la distinction entre le religieux, le légal et le social, il se heurte au modèle occidental et se voit contraint à de profondes adaptations en s’intégrant dans les pays d’accueil qui interdisent tout lecture fondamentaliste et figée : nécessité d’interpréter le Coran, de s’engager dans une lecture historico et sociocritique, d’accepter la remise cause des modèles traditionnels et d’engager un vrai et libre dialogue avec les valeurs et modèles culturels dominants.

 

Mais l’Islam de France et ses différentes composantes  interrogent aussi notre propre modèle dans ses contractions historiques, éthiques, philosophiques et spirituelles.

 

 

Sodome, postmodernité et révolution spirituelle

 

Pour résumer cette conflagration entre le socioreligieux, le symbolique, le culturel et le spirituel, les notions de « licite » du Coran et du « légal » de la République, on peut évoquer un mythe commun au Judaïsme, au Christianisme et à l’Islam : Sodome.

 

Même si cet argument demeure en partie vrai, le voile ne peut de se réduire à une lecture courante alimentée de fantasmes mais aujourd’hui caduque selon laquelle il serait rien d’autre qu’une réaction identitaire, une régression opposée au progrès social, un défi politique à l’Occident et une marque du communautarisme, incompatible avec la loi et le modèle républicains, une crispation  violente et radicale qui ramènerait l’Islam au fanatisme des mollahs iraniens, à celui des déviationnistes salafistes voire des terroristes islamiques. Le voile n’est pas nécessairement un frein à l’entrée de plein pied de l’Islam contemporain dans la société mondialisée et postmoderne du 21e siècle, pas plus que ne l’est le port de la kippa pour les Juifs ou de la croix au cou des Chrétiens.

 

Ne cédons pas sur ce point aux pièges d’un certain discours, pourfendeur maladroit du relativisme culturel et qui nous ferait comparer la situation des Chrétiens en terre d’Islam avec celle, souvent beaucoup  plus confortable, d’un Musulman en France, pour mieux réasseoir notre modèle dans sa conviction d’être le meilleur possible.

 

Si le hijab semble moins poser problème aujourd’hui et être entré dans les mœurs, malgré des grincements de dents et des questions en suspens quant à la liberté de certaines femmes musulmanes, le port du voile à l’école ou dans les lieux publics, le niqab reste un sujet de controverse. Faut-il l’interdire ? Si oui, pour quelles raisons et comment justifier ce choix auprès de ceux qui le réclament au nom de la laïcité ? Et si on l’interdit, comme l’ont fait certains pays musulmans « modérés », du Maghreb à l’Égypte en passant par la Turquie, ne faut-il pas aussi saisir l’occasion de s’interroger sur le sens de ce phénomène social dérangeant qu’est le voile intégral en France, et sur ses implications philosophiques et spirituelles, sans céder aux réflexes intellectuels ou à la condamnation a priori.

 

Fonctionner par réflexes serait une offense, une paresse  et une régression au pays de l’intelligence et de la raison, si orgueilleux de sa culture et attaché à son esprit de tolérance.

 

Ne faut-il pas accepter et rappeler l’idée qu’il n’y a pas, ici comme ailleurs, un Islam mais des islams, souvent en conflit les uns avec les autres ? Qu’il n’y a pas un modèle de femme musulmane qui puisse s’appliquer à toutes, car ce serait une vision totalitaire contraire à nos principes.

 

Oui, il faut refuser ceux qui veulent imposer un modèle à tous les Musulmans de France, voire à tous les Français, et refusent les valeurs républicaines. Non, on ne peut tolérer sur le sol français les discours qui bafouent et provoquent en permanence le modèle occidental, prônent la rupture sociale, la violence, la sécession, veulent imposer la charia à tous ou montent une communauté contre d’autres. Ces gens-là n’ont pas leur place en France ; ils doivent être combattus avec fermeté et expulsés s’il le faut du territoire.

 

Ces soi-disant vrais « musulmans » qui accusent leurs frères d’être de mauvais musulmans, s’érigent en inquisiteurs des consciences, allument des bûchers dans les esprits et poussent les jeunes à l’affrontement violent, sont des pervers, des menteurs et des criminels qui trahissent les vraies valeurs de l’Islam : Paix (Islam est un mot parent de Salam), amour du Dieu unique, amour du prochain et devoir de charité envers les plus faibles, justice, ouverture et tolérance envers les autres religions, effort spirituel individuel, rejet de toute forme d’idolâtrie et d’avilissement et non ce Djihad guerrier ou ces fatwas infâmes lancées contre les infidèles, avertissement solennel en vue du Jugement mais aussi promesse d’un avenir lumineux avec la venue des temps messianiques (le messie attendu par la majorité des Musulmans, sunnites en tout cas, n’étant autre que le prophète Jésus), humanisme universaliste pour ce qui est de la philosophie arabe née de l’Islam, acceptation de la raison et contribution majeure aux progrès de la science, mystique poétique de l’amour et dialogue étroit avec d’autres croyants pour les Soufis…

 

Non, il ne faut pas interdire abruptement, car interdire sans comprendre c’est renoncer à la liberté que donne l’intelligence critique.

 

Le voile interroge la nature de la femme plus que ses droits. Il bouscule notre société angoissée par le jouir et le paraître. Il nous renvoie symboliquement aux mythes judéo-chrétiens et musulmans comme celui Sodome présent dans la Genèse et le Coran. Parangon archétypique d’une cité maudite puis détruite à cause de son aveuglement et de son refus d’accueillir toute altérité et toute transcendance, contre-modèle maléfique d’un « enfer-mement » collectif dans une prison sociale, psychique et spirituelle où la violence fait loi, où la dépravation la plus noire fait figure de commandement totalitariste, où l’individu comme l’étranger sont niés et assujettis en totalité au Collectif ou tués en cas de refus, où la violence, l’asservissement de l’autre ne connaissent aucun frein, où l’homme est nié dans sa dignité, où seule n’existe que la dilution totale et confusionnelle de l’être dans une fournaise où toute individualité est réduite en cendres, une cité vouée au seul culte de sa puissance, de son orgueil et de son arrogance, et coupée de toute transcendance.

 

Sodome, c’est le Reich hitlérien et les camps de la mort ; le goulag stalinien, l’enfer de Dante et l’enfer totalitaire des idéologues et des intégristes. C’est la burqa des Talibans, l’étoile jaune, la marque de la Bête, c’est le règne de la Terreur, le règne de Satan sur terre, la libération sans bornes des pulsions anales les plus immondes…

 

Sodome c’est aussi l’illusion du paradis sur terre construit par l’homme seul de la société capitaliste et hyperconstructiviste, où les faibles sont asservis au Moloch de l’argent et d’un pouvoir politico-économique sans limites. Où le seul mode d’existence se limite à consommer toujours plus dans une société hyperproductiviste, celle du Metropolis de Fritz Lang ou de La Terre de la grande promesse d’Andrzej Wajda, ou plus récemment de Matrix. Une société ou tout est subordonné, asservi au matériel, où les individus sont des rouages éternellement débiteurs envers la puissance qui les nourrit, conditionnés et condamnés à consommer comme à se consommer les uns les autres, seul mode d’existence et de jouissance permis et accessible.

Cette question nous entraîne bien plus loin que le débat actuel ne le voudrait.

 

 

Qu’est-ce qu’être vraiment postmoderne ?

 

Le niqab choque, c’est évident. Et il ne faudrait pas nous « voiler » notre malaise mais bien au contraire l’interroger pour ce qu’il nous cache.

 

Le niqab choque parce qu’il paraît radical, anachronique, déplacé, contraire aux modèles sinon aux valeurs de notre société.

 

Or le temps de la « société » est révolu. Il faut croire sur ce point le sociologue Alain Touraine, qu’on ne saurait suspecter d’accointance réactionnaire, quand il parle de « nouveau paradigme », post-économique, post-social et selon lui, « culturel ».

 

Ce paradigme nouveau dans lequel nous entrons, est mondial et non sociétal ou civilisationnel, post-national, post-militaire, post-économique et post-social, métaculturel plutôt que « culturel » comme l’affirme Touraine, et à mon sens « spirituel ».

 

Tout le monde n’en a pas conscience, et les vieilles « structures » de nos sociétés peinent à s’adapter à ce changement inéluctable. Elles résistent et se fracassent, on les replâtre tant qu’il est possible…

 

C’est pourtant à nous d’accepter ce changement, pour nous-mêmes d’abord en tant qu’êtres humains. Puis de faire évoluer nos repères, nos représentations, nos structures, notre façon de vivre ensemble, 7 milliards sur une même planète, intimement et indissociablement reliés et interdépendants les uns des autres. Sans nous serons vouées à péricliter avec l’ancien monde qui se meurt sous nos yeux.

 

Dans ce contexte e changement de conscience à l’échelle planétaire, les religions, dans leurs formes les plus radicales parfois, sont elles aussi traversées de changements profonds. Nulle n’y échappe.

 

Ainsi aujourd’hui l’Islam nous offre en plein visage, à nos portes, le retour du refoulé de nos sociétés, laïques certes, mais aussi de façon avouée ou inavouée a-religieuses, a-morales, éthiquement confuses ou souvent contradictoires. Et si peu spirituelles…

 

Le « retour de l’ordre moral » que craignent nos contemporains attachés aux valeurs libertaires de la seconde moitié du 20e siècle, sur fond de modernité dominante, affranchie des déterminismes culturels, sociaux et moralistes d’autrefois, n’est qu’un signe de ce retour du refoulé, transitoire, une résurgence des formes anciennes, vouées à être dépassées et transmutées. En cela, nos contemporains ont raison, mais leur propos s’arrête et se fige alors la perspective d’élargit à l’infinit et que le temps s’accélère, vers un changement radical de paradigme qu’ils ignorent ou refusent.

 

En cela, il ne s’agit nullement d’opérer un retour en arrière, mais de vivre une vraie « révolution », un virage cyclique assorti d’une montée qualitative. A défaut de quoi nous vivons dans la crispation et la régression, chaotique et douloureuse.

 

Tout comme on ne peut ignorer l’émergence d’une réalité spirituelle et holistique, post-religieuse mais aussi  post-scientiste, post-rationaliste, post-matérialiste et post-athée, on ne peut refuser le retour du religieux sur le champ social, qui n’est un stigmate d’une époque de transition angoissée que nous vivons. Mais pour combien de temps encore ?... Il faut accompagner le changement du religieux vers le spirituel, du formel vers l’essentiel.

 

Le niqab se situe au point d’inflexion. Affranchissons-nous de nos projections si l’on veut en décrypter le sens. Les femmes qui le portent, en France du moins, ne sont pas manipulées par de dangereux terroristes, des intégristes, des fanatiques réactionnaires qui voudraient saper les bases de notre civilisation. Elles ne sont pas non plus soumises à leur mari ni à leur modèle communautaire de référence, qui les assigneraient à se voiler intégralement de force. Il faut entendre et accepter la réalité que certaines font ce choix librement et avec enthousiasme sincère et non suspect, comme un signe d’épanouissement, même si ce modèle d’épanouissement de la femme semble totalement à l’opposé aux modèles hédonistes d’une société vouée au culte de la beauté et de la consommation.

 

Il ne s’agit pas non plus d’opposer deux modèles car ce serait régresser dans le paradigme guerrier et la le rapport de force d’un modèle contre un autre jugé hétérogène.

 

Concernant les Musulmans, il faut refuser tout Djihad violent qui voudrait imposer un modèle aux femmes et à la culture occidentale.

 

Mais il faut accepter aussi le vrai sens, spirituel et religieux du vrai djihad pour les Musulmans. Lequel signifie effort et non guerre. Effort personnel avant d’être collectif, intérieur avant d’être extérieur. Et n’est pas si éloigné de la notion judéo-chrétienne de « combat spirituel ».

 

Il faut accepter que des femmes choisissent de s’affranchir des déterminismes et assignations identitaires de notre époque, lesquels peuvent leur paraître une violence et une offense à leur foi et à leur être profond.

 

« Ni putes ni soumises ». Oui, certaines femmes voilées le sont bien, quand ce sont elles qui forcent leur mari à un acte de conversion. Les forcent à accepter le voile, les forcent à les respecter en tant que femmes au lieu de ne les considérer que comme de simples objets de convoitise et de plaisir, ces épouses soumises, des utérus pour faire des gosses, des mamelles pour les nourrir et des sous-êtres soumis à leur arbitraire. Et non ces victimes silencieuses d’un système suranné que nous projetons souvent.

 

Certes, elles prennent une arme radicale pour s’arroger leur droit à la dignité, au respect, et à la féminité qu’elle entendent vivre comme bon leur semble, conforme au droit de jouir de son corps quand elles le souhaitent, de faire des enfants si elles le désirent et non seulement pour satisfaire le narcissisme viril et paternel de leur mari, pour n’être qu’un seul « outil » soumis au désir masculin nourris par les fantasmes de l’homme viril, hypermembré, hyperfécond et toujours en rut répandu dans le monde arabo-musulman. Pas plus qu’elle ne vivent leur sexualité et leurs maternités uniquement pour remplir leur rôle de poules pondeuses, même si l’Islam insiste beaucoup, comme le Judaïsme et dans une autre mesure le christianisme, sur la nécessité pour les femmes d’engendrer des enfants, la valeur du mariage et de la maternité.

 

Le niqab est aussi radical comme mode de revendication féministe que l’étaient les seins nus, le vagin érigé en modèle contra-phallique et en refus politique du mâle dominant, voire un certain lesbianisme militant, chez nos féministes des années 60-70. Il choque et dérange.

 

Mais ne nous y trompons pas. Ce que revendiquent, maladroitement peut-être, les femmes musulmanes qui se voilent, ce n’est pas un retour en arrière, c’est le respect qu’on leur doit en tant que femmes et le droit à être « vertueuses », fidèles à leur mari et à leur religion, donc à Dieu. Le droit de jouir dans la sphère de l’intimité, mais de refuser de se voir assigner à n’être que des objets de convoitise illicite dans la sphère publique, des statues grecques dénudées, des icônes sexuelles débridées, de provoquer le désir tout en se refusant à l’homme, selon les modèles culturels très français héritées de notre histoire marquée tour à tour par la chevalerie médiévale et le culte d’une « dame », à la licorne aussi mythique que spiritualisée, la galanterie renaissance et ses troubadours, la Carte du Tendre classique et son parcours codifié si épuisant pour le gentilhomme, l’hypocrisie bourgeoise, la morale puritaine et les bordels du 19e siècle. Puis l’accession progressive de la femme française et européenne au rang de citoyenne à part entière, au travail et au pouvoir dans la société civile, au sortir des grandes affres de la Grande guerre où elle dut lutter pour assurer le quotidien, la vie et l’économie d’un pays où les hommes s’entretuaient au front ; l’accession au droit de vote de l’Après-guerre gaulliste, les luttes féministes des années 60-70, et aujourd’hui la revendication égalitaire qui parfois gomme les repères de genre, bouleverse les codes, nourrit les confusions et l’androgynie psychique. Au point que les modèles publicitaires et de la mode surinvestissent les clichés extérieurs du féminin comme du masculin.

 

Le niqab interroge notre société sur la place qu’elle entend donner au sexe, au désir, au plaisir, au couple, et à la vertu conjugale sinon religieuse dans un monde individualiste où plane l’illusion du tout-est-permis. Elle interroge quant à l’économie consciente de ces registres. Car si la préoccupation écologique et le développement durable sont devenus un devoir citoyen et une valeur qui redonne du lien et du sens à une humanité angoissée par son avenir, l‘écologie du corps, des plaisirs, de la sexualité n’est pas ici de mise. Renvoyée aux vieux discours des curés castrateurs et des barbus grincheux.

 

« Jouir sans entrave ». Certes le sexe s’est calmé dans ses formes les plus « révolutionnaires », s’est codifié au point d’ériger de nouvelles normes, d’accueillir le droit aux minorités sexuelles à recouvrer la dignité qu’on leur refusait, mais aussi de banaliser, de recycler et d’esthétiser  des « perversions » ou bizarreries comme le sadomasochisme, le fétichisme, l’échangisme, le transsexualisme. Avec le « pédophile » comme nouveau monstre et repoussoir social, bouc émissaire commode de nos sociétés abruties par le spectacle de la violence et des faits divers, et pivot de la bonne conscience douillette et e notre société qui sacralise l’enfant à l’excès plus souvent qu’elle ne prétend à juste titre défendre ses droits élémentaires.

 

Ce qu’on peut aisément réfuter d’un revers de manche chez les religieux catholiques asexués, refoulés dans leurs chapelles rances et viciées où personne ne va plus, on ne peut le faire pour les femmes voilées. Car celles-ci ont bien un sexe, un ventre et un corps. Elles vivent au dehors autant qu’au foyer. Mais au lieu de s’exhiber comme le font bon nombre de femmes occidentales, elles se soustraient volontairement à la convoitise publique, à l’assignation au désir multiple et multiforme, et à la consommation « sodomite » dont nos sociétés n’ont parfois même pas conscience, tant elles amalgament morale sexuelle et frustration castratrice et refusent toute castration symbolique.

 

Le modèle alternatif de la bourgeoise moderne, « classe », bien vêtue mais non provocatrice, leur paraît trop sujet aux compromissions de l’époque et de la société marchande pour ne pas être lui aussi une « marchandise », pseudo-libérée, hypermatérialiste et pseudo-vertueuse, vouée en réalité au seul culte du modèle dominant et du Pouvoir.

 

Alors : pour ou contre le niqab ?

 

Ni pour ni contre. Mais avec ! Avec cet aiguillon dérangeant qui bouscule notre confort d’hommes modernes assurés de la pertinence et de la supériorité de notre modèle social et culturel.

 

Tant que l’État sera l’état, il ne pourra accepter aucun signe religieux radical dans sa sphère d’influence et dans son champ d’action. Administrations, écoles, institutions politiques n’ont pas plus vocation à accueillir le niqab qu’on ne saurait agiter la Bible comme Christine Boutin en plein débat à l’Assemblée. Imaginons quel scandale si un député musulman avait sorti son Coran pour justifier de refuser le droit aux couples homosexuels à être reconnus avec un minimum de droits…

 

Pas plus qu’on ne saurait imposer la cacherout à tous les citoyens au motif que les Juifs observants se soumettent à ses lois, on se saurait banaliser le niqab dans l’espace public comme seul signe d’appartenance religieux pour les femmes musulmanes.

 

Mais le jour où des institutions mondiales représentatives de tous les peuples de l’humanité et dignes de ce nom existeront, il n’est pas exclus d’y voir des femmes voilées représentant leur pays ou leur communauté d’origine, aux côtés d’hommes ou de femmes habillés à l’occidentale, et d’autres représentants en habit traditionnel de leur pays.

 

La pire des choses serait l’assignation « sodomite » à un standard uniforme qui ferait de la mondialisation la marche forcée vers une société de  clones.

 

Acceptons toute différence comme a priori dynamique et non contradictoire. Sans naïveté béate, sans bonne conscience coupable, mais aussi sans refus systématique qui ne soit pas amendé par un regard critique.


La paix, l’intelligence et le dialogue, en attendant le Grand passage

Aujourd’hui, il est urgent de préserver la paix sociale et nos valeurs républicaines. Lesquelles sont, il ne faut jamais l’oublier, directement héritières des valeurs judéo-chrétiennes et que partagent dans une très large mesure l’Islam.

Il devient urgent de fixer un cadre juridique, des limites, de pacifier les consciences et de permettre d’articuler liberté individuelle, droits et devoirs collectifs.

                              

Il ne s’agit pas de préserver égoïstement un modèle, dans un monde où les frontières culturelles volent en éclat, ni de s’inscrire dans le rapport de force, mais de revisiter et de réformer les principes auxquels nous tenons, qui fondent notre identité collective et assurent notre vivre ensemble. De les porter avec sérénité au devant d’un monde en dialogue plus qu’en guerre.

 

Mais aussi de nous laisser interroger dans nos peurs, nos lâchetés et nos contradictions. Hors de toute passion, de toute violence intellectuelle, de toute manipulation psychologique ou politique, de tout fantasme alimenté par les médias, les tremblements et saillies d’une époque de grand changement.

 

Un changement inquiétant et palpitant. Un changement humain, social, culturel et mondial.

 

Mais aussi et surtout un changement spirituel.

Un changement au-delà de l’imaginable et du dicible…

 

Car le meilleur, en vérité, reste à venir !

 

 

Christophe Claudel

4 novembre 2009

Lire à ce sujet le dossier du Monde des religions d’octobre/novembre 2009 : « Être musulman en France »

Ken Wilber : Une brève histoire de tout. Edition de la Mortagne, 1996

Ken Wilber, op. cité

Gilles Lipovetsky : L’Ère du vide - Essai sur l’individualisme contemporain. Gallimard, 1983

Pascal Bruckner : L'Euphorie perpétuelle - Essai sur le devoir de bonheur. Grasset, 2002

Jean-Claude Guillebaud : La Tyrannie du plaisir. Seuil, 1998

Lire à ce sujet le livre de Joroslav Pelikan : Jésus au fil de l’histoire. Hachette 1985

Michel Foucault : Histoire de la sexualité. Tomes 2 et 3 : L’usage des plaisirs et Le souci de soi. Tel Gallimard, 1997

  Alain Touraine : Un nouveau paradigme – Pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Fayard, 2005

Par Christophe Claudel - Publié dans : Comprendre
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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /Nov /2009 21:18

Pour ou contre le niqab

Le voile, La République, Dieu, le sexe, Sodome et la postmodernité

 

 

 

L’autorisation ou l’interdiction faite aux femmes musulmanes vivant en France de porter le voile intégral, le niqab, fait débat et divise l’opinion.

 

Plusieurs principes et logiques s’opposent : sacralisation de la laïcité républicaine d’un côté, affirmation de la liberté individuelle - et notamment religieuse - de l’autre, au nom des principes universels de liberté et des principes républicains de laïcité et de liberté individuelle.

 

La laïcité devient paradoxalement un point de clivage idéologique, qui sert à justifier des positions totalement antagonistes et inconciliables. Pour les pourfendeurs du niqab, on ne saurait porter le voile intégral en France, car la France est depuis la fin du 19e siècle un pays laïc. De ce fait, toute affirmation religieuse radicale dans la sphère publique fait offense à ce principe si cher à notre République. De l’autre, la laïcité justifie précisément la liberté pour chaque citoyen ou résident français d’adhérer aux usages et coutumes de la religion qu’il s’est librement choisie. Et donc de revêtir un habit, certes étranger au contexte culturel local, certes ultra-marginal au sein de l’Islam de France, mais relevant prétendument de la seule initiative privée.

 

Phénomène nouveau et d’autant plus troublant lorsqu’on découvre que bon nombre de musulmanes revendiquant le port du niqab sur notre sol sont en réalité des jeunes femmes nouvellement converties à l’Islam. Souvent issues de familles catholiques, elles affirment ainsi radicalement, avec une obvieuse fierté et un défi aussi suspect qu’arrogant,  leur nouvelle identité religieuse ainsi que leur rupture avec leur milieu d’origine. Troublant et suspect à la fois.

 

 

Interdit d’interdire : deux logiques, deux visions de la femme, une seule République ?...

 

A qui, où, quand, pour quoi et dans quelle mesure peut-on ou ne peut-on pas autoriser à le port du voile intégral en France ?

 

Comme pour le débat sur le hijab en son temps, où s’arrête et où finit ce qui relève du privé, acceptable en République, et ce qui relève du public, assujetti aux lois et usages de la laïcité ?

 

Les choses se compliquent si l’on sort des limites strictement nationales pour intégrer les préoccupations anxieuses de l’époque liées aux conflits, religieux, culturels ou politiques, qui secouent actuellement la planète. Le niqab n’est alors plus perçu comme un simple enjeu personnel, relevant de la seule sphère privée et du domaine strictement religieux. Mais comme un symbole politique et hostile, qui renvoie nécessairement dans la conscience collective à d’autres modèles vestimentaires tout aussi lourds de signification : tchador iranien, symbole de trente années de Révolution islamique khomeyniste, aujourd’hui symbolisée par l’intransigeance morale et les provocations politiques du très contesté Premier Ministre Ahmadinejad. Burqa, qui renvoie au martyre des femmes afghanes sous le règne des Talibans…

 

Partout cette crainte de voir s’étendre un islam radical associé au terrorisme d’Al Qaeda, hydre chimérique ou bien réelle, fruit d’une manipulation politico-médiatique ou reflet d’un monde musulman qui se déchire et fait tanguer la planète vers le chaos. Ce spectre dont on nous rebat les oreilles, qui fascine et effraie, d’un monde régressif et violent qui nie le droit des femmes et les réduit par la violence au rang de sous-êtres, entièrement soumises au pouvoir du mâle et à l’arbitraire d’un pouvoir théocratique et totalitaire.

 

Partout le spectre qui plane sur l’Islam d’une ère de ténèbres. Cette chape de plomb qui s’est soudainement abattue, avec la montée des islamismes radicaux et du terrorisme politique d’inspiration religieuse, sur un Orient autrefois synonyme pour les Occidentaux (et ce bien avant les Orientalistes du 19e siècle) de contes des Milles et une nuits, de Shéhérazade, des harems raffinés et parfumés, d’une poésie érotique et mystique peuplées d’échansons, de belles gazelles et de beaux éphèbes, de danses sensuelles et langoureuses, de charmes voluptueux et de mystères chamarrés stimulant un imaginaire onirique et nourrissant les mirages d’un Orient aussi chimérique qu’inaccessible et délicieusement dangereux.

 

Paradoxe violent et malaise profond interne à l’Islam et qui heurte de front l’Occident dans ses valeurs universalistes, et que relève très habilement la journaliste Martine Gozlan, spécialiste de l’Islam et orientaliste passionnée, dans son livre Le Sexe d’Allah paru en 2004.

 

Le niqab en France, ce serait donc le symbole hideux du choc des cultures, de la guerre des civilisations, du fanatisme qui sape les fondements de notre civilisation. Pas de polémique sans passion.

 

La France débat âprement, mais l’Égypte se déchire aujourd’hui en passions autrement plus violentes sur ce sujet. Entre une volonté de certains d’un retour radical à l’Islam, selon une certaine idée, souvent mythique, de la tradition, et l’aspiration majoritaire à la modernité, à un Islam plus conforme aux changements de l’époque et à l’entrée du monde musulman dans le 21e siècle.

 

Hargne, provocation, défi, accusations et outrances verbales des uns contre silence embarrassé et complice des autres, pourtant largement majoritaires dans l’Islam.

 

Chez nous, les projections et représentations se confrontent. Pour les laïcs et les héritiers du féminisme, attachés au droit des femmes, une femme voilée l’est nécessairement parce que soumise à l’autorité de son mari. Et, plus qu’un signe religieux, le port du hijab ou du niqab est avant tout d’après la croyance occidentale une marque culturelle d’un système patriarcal marqué par la domination masculine chère à Bourdieu et propre aux pays arabo-musulmans. Pays où la femme est toujours supposée rabaissée au rang de sous-humain.

 

Inimaginable en France ! Parce car socialement régressif, historiquement anachronique, culturellement contraire au modèle de la femme française, et juridiquement incompatible avec les principes d’égalité hommes-femmes, de liberté individuelle, et le refus viscéral de voir un modèle minoritaire ou communautaire s’ériger contre le consensus républicain, mettre en péril la paix sociale et suspecté de dérive antidémocratique.

 

Ces droits élémentaires des femmes si chèrement acquis et défendus dans notre patrie des Droits de l’homme sont un des symboles clé de notre modèle républicain qui confère à chacun le droit à jouir des mêmes droits, des mêmes chances et du même statut.

 

Clivage politique donc, mais aussi fracture culturelle, abîme social et anthropologique, qu’on ne saurait combler semble-t-il qu’au prix d’une ferme interdiction.

 

A l’opposé, de plus en plus de femmes musulmanes s’affirment tout aussi attachées à la France, aux valeurs de la République, qu’à leur religion et leurs coutumes. Hypocrisie, double langage, ambigüité ? Difficile de trancher avec certitude, surtout quand des intellectuels comme Tariq ramadan tiennent des discours intelligents mais ambigus ou se rendent coupables de duplicité sur des sujets analogues et la place la place de l’Islam dans la République.

 

Est-il admissible qu’une femme se refuse à choisir entre la France et l’Islam ? Et subordonne son appartenance à la République à l’acceptation par le plus grand nombre de ses choix religieux, renversant ainsi le rapport de forces, titillant la mauvaise conscience contemporaine à propos de l’Islam, et bousculant le fragile équilibre qui gouverne les rapports entre les Musulmans de France et la République ?

 

Faut-il croire sur paroles ces femmes qui affirment que le port du hijab ou du niqab est un choix libre et personnel, auquel elles ne sauraient renoncer ? Un choix qui ne bride nullement ni leur liberté, ni leur féminité. Un choix qui doit être compris et respecté.

 

Quant on se réfère à l’exemple d’autres pays comme l’Afghanistan ou l’Iran, on peut en douter. Mais quand on connaît le réel pouvoir de la femme musulmane dans le couple et dans la communauté musulmane, surtout dans des pays démocratiques comme la France, dont le droit  lui confèrent beaucoup plus d’avantages et un statut légal plus enviable que dans bon nombre de pays musulmans, il est légitime d’écouter et de s’interroger.

 

 

La femme sans visage ou l’idéal féminin

 

Faut-il accepter le niqab comme un symbole de l’Islam ?

 

Les intellectuels comme Malek Chebel et les Musulmans les plus modérés réfutent le caractère coranique du niqab, lequel ne serait nullement une obligation ou un symbole explicitement prescrit par le Prophète. Même Tariq Ramadan le reconnaît publiquement. Le niqab est selon eux davantage une coutume culturelle minoritaire dans l’Islam et liée à certains pays musulmans, notamment chiites.

 

A ce titre, il leur paraît  injustifiable dans un pays comme la France, où l’Islam est une religion certes importante - la deuxième numériquement - mais culturellement et historiquement d’implantation récente, à majorité sunnite et « importée » dans la culture d’un pays dont l’histoire des relations avec le monde musulman est depuis la figure mythique de Charles Martel jusqu’à la guerre d’Algérie riche d’oppositions et de soubresauts parfois violents.

 

L’affirmation radicale de l’appartenance religieuse nuirait selon eux à l’intégration sereine de l’Islam dans le paysage français, à l’émergence d’un Islam de France et européen alternatif aux modèles des pays arabes ou musulmans.

 

D’autant que cette émergence est aujourd’hui rendue possible et souhaitable par la mondialisation des échanges et des modèles culturels et la forte présence de populations musulmanes vivant en France, en Allemagne, au Royaume Uni par exemple. Mais aussi grâce à la reconnaissance majoritaire de l’identité française aujourd’hui conçue comme indissociable d’un certain multiculturalisme et d’un certain métissage identitaire sinon communautaire. Multiculturalisme qui est un fait historique avant d’être éventuellement une valeur républicaine nouvellement partagée et acceptée et non imposée par le discours politique.

 

Le niqab ne pourrait dans ce contexte qu’alimenter des réactions de rejets, préjudiciables à l’intégration de l’Islam dans la culture et le paysage social français.

 

Prenons position.  En toute objectivité, la laïcité n’aurait plus de sens si l’on interdisait en son nom l’adhésion individuelle à des croyances ou à des formes religieuses. Tant que celles-ci ne remettent pas en cause le modèle républicain, ne portent pas atteinte ni aux individus, ni au pacte social et républicain, ni aux valeurs collectives qui font l’ossature de notre démocratie, ni au Droit, ni à la paix entre les individus et les communautés.

 

Faire évoluer ou au moins interpréter convenablement le Droit paraît donc urgent et nécessaire pour fixer la limite. C’est bien l’enjeu du débat actuel.

 

Est-il bien posé ? Évoluer, interpréter, oui mais dans quel sens ? Selon quelle logique, quels principes philosophiques, éthiques et juridiques ? En référence à quel contexte ?...

 

Première idée communément admise : ce qui relève du privé relève du privé. Et doit être en cela respecté comme tel, dans les limites de la loi. La loi protège les individus ; cette liberté garantie pour chaque citoyen est depuis 1789 un des attributs de la citoyenneté française, qui s’étend aux étrangers résidant sur notre sol. L’État n’a donc pas à s’ingérer dans la sphère privée : la liberté de pensée, de conscience, de religion, d’adhésion à un parti, un syndicat, une organisation religieuse, sont des droits inaliénables fixés par les fondamentaux républicains que sont nos Grands principes, rappelés dans la Constitution française et la Constitution européenne.

 

Tant que les libertés et droits individuels ne sont pas en cause et n’interfèrent pas entre eux, tant que l’ordre public n’est pas menacé, rien à redire. Or c’est justement cet argument que mettent en avant les promoteurs du niqab : le droit pour les femmes d’user de leur liberté, selon leur conscience. Et donc de se vêtir selon leur tradition.

 

Difficile à contester a priori. Qui songerait à interdire aux les femmes africaines de porter le boubou, aux Indiennes le sari ? Et la minijupe aux adolescentes de l’après 68 ?...

 

Le scandale vient du fait que dans le cas du niqab, le visage est intégralement voilé. Or, d’un point  vue légal, on ne peut accepter qu’une personne gomme totalement à ce qui permet de l’identifier formellement, à savoir son visage.

 

Au-delà de cet aspect juridique facile à aménager, au-delà des aspects strictement culturels qui renvoient à nos modèles et de situe dans le champ d’un brassage mondial des codes et des formes, reste l’enjeu du sens, symbolique et philosophique.

 

Le visage est ce qui révèle la partie émergée, visible du soi. En ce sens, plus qu’un symbole, il marque à la fois notre appartenance au genre humain et l’altérité de chaque être. Il définit le sujet sinon l’individu. Mais aussi place ce sujet dans le champ relationnel du « face à face ». Révèle qui je suis mais aussi l’autre en moi : le visage, miroir de l’âme, « Je est un autre » : autant de thème qui parlent du visage et de l’articulation entre une réalité incarnée et une réalité essentielle, ontologique de l’être. Sans être nécessairement baroque, la relation c’est le dévoilement, partiel mais inéluctable de l’être au travers du masque de la personne, physique et donné. Mais aussi un double écran projectif ou le soi se projette au dehors comme le dehors vient projeter ses propres représentations, comme sur un écran de cinéma. Le « coup de foudre » amoureux est le symptôme de ce mode projectif ou psychologie et émotions vient projet sur l’écran des visages l’attente de l’être aimé…

 

Renoncer à montrer son visage, voir sans être vue, constitue donc un passage à la limite totalement incompatible avec notre conception occidentale de la relation d’être à être, de la relation hommes-femmes, très codifiée par des siècles de culture galante, sans parler des codes de la séduction sans cesse revisités et certes aujourd’hui violemment  chahutés. Ce qui dérange les femmes voilées est justement ce qui stimule les relations entre la femme et l’homme occidental depuis des lustres : le regard, sinon le désir. L’homme est un être de désir. Il ne s’agit pas de se soustraire à ce désir mais d’en être le maître et de fixer les limites au désir de toute puissance infantile qui ressurgit dans nos sociétés.

 

Le visage, c’est ce qui nous fait être humains. « L’homme sans visage » n’est qu’un fantôme désincarné, un homme à qui ont a volé son humanité ou un monstre, tel Elephant man. De Rimbaud à Levinas ou Ricœur, comment est-il concevable d’accepter d’incarner l’être relationnel que nous sommes, sans nouer des liens de visage à visage ? Le fossé entre la conception occidentale de l’être et une conception musulmane radicale de la femme à laquelle renvoie le niqab, est totalement inconciliable.

 

Et donc, à ce titre, c’est à l’Islam de s’adapter au modèle occidental pour les Musulmans vivant en  France, et non à la France de renoncer à ses principes et à son fondements philosophiques pour satisfaire une revendication minoritaire.

 

Être musulmane en France, cela oblige à des concessions, à des transformations. On ne peut être fidèle au fond, la foi, sans aménager la forme, le vêtement. Et l’Islam de France ressort gagnant de cette mutation qu’engendre l’intégration dans la culture, les modèles et les valeurs de la France. Le débat est clos.

 

Est-ce vraiment si sûr ?...

 

 

Comment être musulmane en France en 2009 : le faux problème public-privé

 

Car il nos contemporains ont du mal à admettre que le voile heurte plus profondément nos contradictions que nos certitudes…

 

Comme celles qui ont trait en 2009 à la distinction entre privé et public.

 

En effet : une autre idée communément admise et qui figure explicitement dans la loi française est qu’il y aurait d’une part ce qui relève du privé, et d’autre part ce qui relève du public. Mais où commence le public et ou s’arrête le privé ? D’autres débats comme celui sur le PACS en 1999 et les changements de mentalité qu’il a entraîné en ce qui concerne l’homosexualité et les unions de même sexe, autrefois renvoyées au tabou privé, ont fait voler en éclats cette commode et hypocrite distinction. On peut déplorer cette nouvelle ère de la transparence, cet exhibitionnisme forcé et universelle, à l’heure de Facebook, de Mireille Dumas et de Loft Story, on peut regretter que notre société latine, fondée en partie sur l’équivoque ou l’ambigüité sociales, se rapproche du modèle anglo-saxon, mais c’est ainsi.

 

Comme hier pour les unions homosexuelles, la Loi est souvent sommée de répondre, de fixer la norme et de s’inviter dans l’intimité des personnes. Hier on refusait de voir les couples homosexuels qui, pour se faire accepter, ont dû faire un effort de visibilité. Aujourd’hui, n’est-ce pas de façon comparable une volonté d’être acceptées plus que de rupture avec la société qui animent ces femmes lorsqu’elles aspirent à porter ostensiblement le voile ?

 

Difficile de trancher radicalement à l’heure de la transparence accrue, de la dilution des frontières public-privé, où la provocation fait office de mode d’existence et de reconnaissance, voire de l’inversion des polarités sur fond de téléréalité, d’exhibitionnisme public et de confessions collectives aussi émotionnelles que surmédiatisées...

 

Aujourd’hui le sentiment d’appartenir au groupe en communiant puissamment dans l’instant, la force du ressort émotionnel l’emportent sur le discours rationnel et les idéaux collectifs hérités des Lumières, de l’ère de la raison, comme du modèle d’une France moderne et ouverte au monde, engagée dans l’Europe de la seconde moitié du 20e siècle. Modèles morts avec l’effondrement des idéologies qui les accompagnaient.

 

Dans la France black-blanc-beur, on communie dans la différence autant que dans l’Être collectif, par l’exaltation collective et l’effet de masse, en abolissant paradoxalement ces mêmes différences ailleurs érigées et fermement défendues, comme pour mieux se réassurer face à la standardisation galopante et au vertige généré par l’effondrement des anciens repères.

 

Les sociologues de la psychologie des foules auraient beaucoup à dire sur les enjeux du niqab. Acte de défi et de refus du sentiment fusionnel propres aux masses ? Réaction légitime face à la dilution de l’individu dans le Soi collectif ? Ou simplement émergence plus tranchée d’une singularité communautaire dans le relief d’un paysage de plus en plus coloré ?...

 

 

Les limites de la Loi

 

Que dit la Loi ? Le Droit à lui seul suffit-il à trancher la question ? C’est ce qu’une lecture strictement politico-juridique tendrait à laisser croire. Or, comme pour la question de l’identité française posée aujourd’hui,  rien n’est moins évident et le doute reste permis.

 

Les catégories pour penser le Droit qui définissent la norme juridique autant que sociale seraient-elles alors caduques ? Ainsi, penser la société en termes de privé-public d’un point de vue juridique n’aurait-il plus de sens face au nouveau paradigme humain qui émerge en ce nouveau siècle ? Paradigme mondial, post-politique, post-économique, post-social, voire post-culturel ou métaculturel.

 

Que signifie le niqab dans ce contexte ? Une régression identitaire ou une affirmation secondaire de l’identité culturelle, contingente, mais qui renvoie à néanmoins à un choix spirituel ?

 

La méta-conscience collective qui émerge et se nourrit des échanges sur Internet et du brassage des populations relègue-t-elle les catégories autrefois admises comme objectives de l’individu, du  dedans, de l’intime, du privé, qu’il soit personnel, familial ou communautaire, aux oubliettes de l’Histoire, à mesure que l’humanité sort de l’histoire ?

 

A ce titre, le niqab est-il face à ce phénomène un symptôme ou un anachronisme ?

 

Et à l’inverse le collectif, le « public », ce qui relève du dehors, du social ou de la Res publica seraient-ils des notions obsolètes ? On ne pourrait ainsi réduire le social à une pensée binaire « privé-public » et assoir le vivre ensemble sur des codes juridiques qui traversent ce clivage, puisque l’évolution de la conscience humaine tendrait à faire disparaître la frontière entre l’être personnel et l’être social cher aux philosophes des Lumières. La notion de contrat social, chère à Hobbes, Locke ou Rousseau, obsolètes ?... Et ce changement de paradigme, une utopie fusionnelle ou une réalité spirituelle ? Changement des représentations collectives ou réellement de la Réalité qui nous traverse et de l’être lui-même ?...

 

Faut-il écouter le philosophe spiritualiste américain Ken Wilber, l’un des plus grands esprits du siècle, ignoré en France, qui à la suite de Karl Jaspers voit dans les manifestations actuelles un changement vers un nouveau paradigme, spirituel, qui fait suite aux paradigmes anciens du champ de l’intériorité collective, auquel appartient le phénomène religieux, depuis l’apparition de l’homme sur terre : archaïque, magique, mythique, rationnel, centaurique... L’avant-dernier paradigme, celui des Lumières, aussi nommé paradigme de la représentation, est aujourd’hui caduque mais toujours actif dans le schéma intellectuel de nos contemporains et des modèles extérieurs collectifs propres à nos sociétés, de la famille à la société planétaire en passant par les tribus/villages, les royaumes/empires, et finalement les nations/états aujourd’hui rattrapées par la mondialisation et l’avènement d’une humanité transnationale, supranationale et planétaire.

 

Nous vivons sur cette ligne de partage inconfortable de la postmodernité où beaucoup ne se reconnaissent plus dans ces débats pourtant nécessaires sur la nationalité, l’identité ou les signes d’appartenance communautaires ou religieux. Face au sentier du constructivisme extrême qu’affectionne le modèle occidental, d’autres voies alternatives émergent pour évoluer et sortir du chaos.

 

Vaste et vertigineux sujet !

 

Quoi qu’il en soit, la fracture de l’opinion à propos du niqab révèle bien plus qu’un débat de « société ». Un clivage beaucoup plus profond entre une conception ancienne et une conception nouvelle de l’être à soi-même et de l’être ensemble, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce n’est plus une question juridique ou éthique, mais bien philosophique voire métaphysique qui est posée en arrière-plan.

 

Si l’on revient au plan strictement juridique (paradigme sociétal), il paraît impensable d’autoriser par exemple une femme fonctionnaire (et à ce titre représentant l’État), à exercer son métier auprès du public en portant le niqab. Ou à une enseignante de l’école publique d’exercer voilée. Hors des seules administrations de la République, peut-on imaginer une sportive se présenter à une épreuve officielle voilée de la tête aux pieds, comme dans certains pays musulmans ? Hormis l’inconfort et l’infraction réglementaire que cela constituerait ? Une présentatrice du journal télé en niqab ? Impensable pour 99,9% des Français !... Et nos plages, et nos rues, nos cafés, nos boutiques, nos musées, nos salles de spectacle ? Peut-on s’y afficher voilée ?

 

Autre question plus pertinente pour dépasser le débat et en comprendre les ressorts symboliques : hormis ce seul registre juridique et sociopolitique qui reste d’autant plus à clarifier que la logique qui s’y réfère semble aujourd’hui impuissante à faire émerger un juste consensus, et pour cause, car le port du niqab heurte de front les principes de notre démocratie et de la logique sociétale, que signifie ce voile intégral au niveau symbolique au sens large, et non seulement selon la seule symbolique républicaine et sociétale ?

 

 

Le vrai scandale du voile : la femme et la société, Sodome et la modernité.

Rome n’est plus le centre du monde et la révolution sexuelle est dépassée !

 

Qu’il s’agisse d’un acte revendiqué comme individuel ou, comme on le pense à juste titre en France, nécessairement « communautaire » voire communautariste, qu’est-ce qui motive une femme à se soustraire radicalement aux regards des hommes ? Sinon en la seule présence de son mari, dans l’intimité de la vie conjugale où tout reste permis, y compris les accessoires vestimentaires et érotiques d’une sexualité sans tabous ? Qu’est-ce que cela signifie ?

 

Par extension, quel lien symbolique y a-t-il entre le port du hijab ou du niqab en public et le port permanent du voile pour les religieuses catholiques ?

 

Dans les deux cas, la femme qui se voile témoigne de son obéissance à Dieu plus que son retrait du monde. En règle générale, les religieuses de la plupart des congrégations présentes en France ne vivent plus constamment cloîtrées ni toujours voilées. Elles vivent en lien avec le monde profane. Certaines religieuses à Paris, comme les moniales de la Fraternité de Jérusalem, exercent un métier civil, en habit ou en vêtement civil.

 

Toutefois, le voile des religieuses catholiques reste le signe de leur engagement religieux au sein d’une communauté et d’un retrait volontaire mais d’abord intérieur des préoccupations mondaines pour mieux se consacrer à Dieu. Il symbolise aussi, eu égard à leur identité de femme, les vœux prononcés lors de leur entrée dans leur communauté.

 

Signe communautaire donc, mais aussi et surtout signe religieux d’obéissance, de renoncement et de « chasteté », sinon d’abstinence sexuelle. La femme consacrée n’est plus un objet de convoitise pour l’homme, elle appartient désormais entièrement à son dieu, car elle choisit librement de se donner en totalité à lui. Dieu devient selon la terminologie chrétienne « l’Époux divin », préféré à l’époux humain. Ce n’est pas un symbole, une idée, une névrose. Pour les Chrétiens c’est une réalité spirituelle vécue, bien réelle et palpable. Tout comme pour les mystiques de l’Islam soufi.

 

En témoignent les phénomènes étranges et célèbres comme ces extases de saintes, Sainte Thérèse d’Avila en tête, immortalisée par Le Bernin. Hystérie pour les psys mais vrai embrasement spirituel, où l’Éros et l’Agape irradient de la chair et l’esprit de leur lumière dans un vertigineux ravissent des sens.

 

Toutes les religieuses ne sont pas des mystiques et ne vivent pas des extases, tout comme toutes les femmes mariés ne connaissant l’apothéose de l’orgasme et l’élévation tantrique dans la relation sexuelle…  Cependant, la relation de la femme consacrée à Dieu n’est pas étrangère aux vœux que s’échangent les époux lors du mariage. Et la perspective du ravissement érotique dans un cas, plus spirituel dans l’autre, n’en demeure pas exclue. Du moins en principe.

 

Différence majeure : les femmes juives orthodoxes qui portent perruque et foulard, comme les femmes musulmanes qui portent le voile, comme les femmes orthodoxes en Grèce ou au Moyen-Orient ou dans les églises orientales qui portent encore l’habit traditionnel, ou, dans une moindre mesure les femmes protestantes qui refusent tout maquillage et tout féminité ostentatoire, sont au contraire des religieuses catholiques, mariées ou supposées promises au mariage.

 

Contrairement au christianisme d’inspiration romaine, le Judaïsme et l’Islam ignorent en effet cette notion de chasteté vécue dans l’abstinence sexuelle et le renoncement à la vie conjugale, qui prévaut comme norme d’exception, absurde pour certains et commune aux moines e toutes les religions du monde, mais qui s’imposée à tous les religieux catholiques : du pontife aux prêtres et aux moines et moniales…

 

Les rabbins, les imams, comme les popes ou les prêtres orthodoxes se marient et ont des enfants, quand les prêtres catholiques refoulent souvent leur misère affective et sexuelle en un sacrifice exemplaire mais souvent douloureux, au nom du dogme qui leur est imposé. C’est ainsi que l’Église romaine condamne les légions de jeunes homosexuels pétris d’une sincère vocation qui frappent aux portes de ses noviciats, et couvre par ailleurs des désordres ou des licences que plus personne n’ignore aujourd’hui : compagnonnage de vie voire paternité cachée pour certains prêtres, homosexualité, pédophilie, voire promotion canapé institutionnalisée dans les couloirs du Vatican, comme en témoigne le livre-témoignage d’un évêque italien publié en 2000 et immédiatement retiré de la vente dès sa sortie en librairie…

 

Rome, la Grande prostituée de l’Apocalypse, peine encore à faire son ménage intérieur malgré l’exigence claironnante du nouveau siècle, et s’arc-boute au dogme et à la Tradition en dépit des coups de boutoir de plus en plus pressants lancés par les fidèles ou la société civile.

 

Cette norme de la chasteté et du célibat pour les prêtres catholiques fut d’ailleurs tardivement instituée par les théologiens romains au cours de l’histoire de l’Église, cause de beaucoup de désordres psychiques et spirituels du fait d’une mauvais interprétation des textes, d’un culte exagéré de la virginité et du célibat qui remonte au paulinisme, la fabrique d’une déesse désincarnée, Mère de Dieu, éternellement vierge et frigide en la personne de Marie. Quand on songe que cette femme juive du 1er siècle, si elle  fut peut-être été vierge si l’on en  croit les Évangiles lors de la conception de son premier né, Jésus, a néanmoins bel et bien connu « bibliquement » Jospeh son mari par la suite, comme toute bonne juive de son époque se devait de le faire, et qu’elle a mis au monde quatre autres enfants mâles, les fameux frères de Jésus nommément cités dans le Nouveau Testament, il y a de quoi s’interroger sur le mensonge coupable entretenu par les théologiens catholiques de la castration et du refus de la chair ; alors que le Christianisme est par excellence la religion de l’Incarnation !...

 

Le catholicisme n’est plus religion d’État en France depuis 1789. Mais les modèles continuent d’alimenter l’inconscient collectif et de nourrir, comme référent ou repoussoir, les modèles culturels à l’œuvre dans la société laïque et sécularisée. Une femme française « libérée » de l’Après 68, l’est toujours en référence au modèle ancien de la France gaulliste, républicaine et catholique, à laquelle se réfère d’ailleurs Sarkozy. La sexualité en France et le mariage républicain ne peuvent ignorer cette référence culturelle au vieux fond chrétien, même si mariage républicain et mariage religieux diffèrent et ne confèrent pas les mêmes droits dans la société, le seul mariage civil étant reconnu pour définir le statut civil des conjoints et ouvrir des droits.

 

Pour les femmes juives ou musulmanes mariées, le foulard ou le voile est le signe du mariage religieux dans ce qu’il a de plus radical, « réactionnaire » diront certains. La fidélité au mari selon les préceptes de la religion prend la forme d’une soustraction au regard d’autrui dans le champ social, pour mieux des dévoiler et jouir es plaisirs du couple dans la sphère licite du foyer conjugal.

 

Cette conception heurte la symbolique du mariage républicain puisque lors des célébrations en mairie, le maire invite souvent après l’échange des consentements mutuels et des anneaux la mariée à relever son voile pour embrasser en public son mari ! Toute comme autrefois le Roi se devait d’accomplir son devoir conjugal quasiment en présence de la cour assemblée : unions, naissances et morts se déroulaient en public. Car le monarque, symbole de l’unité de l’État, était une personne sacrée mais publique : rien de sa vie intime n’était en principe sensée être ignoré de la cour et du peuple. Et l’étiquette autorisait nos bons rois à jouir de toutes les fantaisies érotiques sans risque d’être condamnés par les clercs ou leurs sujets. La résurgence contemporaine de ce comportement monarchique est bien évidement visible dans la peopolisation du couple présidentiel Bruni-Sarkozy…

 

Face à ce modèle, le niqab rompt totalement et chamboule les repères. La femme mariée est sacralisée, toute comme la jeune femme  vierge et nubile est promise au mariage et de même sacralisée, préservée de toute convoitise prématurée et illicite.

 

Quand ce sont les femmes qui revendiquent cette sacralisation radicale, il faut s’interroger. Car elle témoigne de la fidélité aux principes de la charia mais aussi à Dieu et à leur mari, actuel ou futur pour les femmes musulmanes, comme ceux de la Torah pour les femmes juives suivant rigoureusement les prescriptions religieuses. Symbole de la fidélité à Dieu et à la religion librement choisie, autant qu’aux traditions socioculturelles.

 

Est-il si inconcevable qu’une femme musulmane se sente sincèrement appelée par Dieu au point de vouloir ce conformer à ce qu’elle estime le plus parfaitement proche de qui symbolise à ses yeux, sinon aux yeux de ses semblables, la radicalité de son engagement ? Au risque de prendre l’exact contre-pied du modèle dominant, mais sans nécessaire volonté de s’y opposer.

 

Ne faudrait-il pas y voir un double signe : celui d’un appel universel du Divin dans les temps que nous vivons, à vivre ce saut de paradigme que nous évoquions, pour entrer de pleins pieds dans la réalité spirituelle promises par les prophètes ? Mais aussi une maladresse, une cristallisation culturelle et religieuse, là où l’élan est avant toute de nature spirituel ?

 

Car il ne s’agit pas seulement, je le crois et je l’affirme, d’une volonté de moraliser sa vie selon des modèles anciens et discutables, mais aussi d’un vrai élan intérieur, frétillant et joyeux, pour précipiter les temps futurs !

 

Notre société valorise à l’excès  la confusion, y compris dans le registre de la sexualité. Il n’y a aucun jugement moral là-dedans. Comme il ne s’agit nullement de condamner des personnes ou des comportements que certains jugent « déviants » par peut ou esprit trop normatif. Ni de juger telle ou telle « identité » sexuelle qu’on croit avoir ou choisir. Il s’agit de stigmatiser l’irresponsabilité, humaine avant d’être morale ou anormative, qui pousse notre société à accepter tout et n’importe quoi, et laisse les jeunes en proie à un vide angoissant de repères, au nom d’un relativisme et d’une soi-disante « liberté » que la Loi seule est chargée de circonscrire. Le législateur ne peut être un Surmoi de secours. Encore moins le garant de la Transcendance, fut-elle désacralisée et républicaine !

 

Il faut réinvestir notre libre-arbitre et notre esprit critique, car l’heure est à tous les égards, à la Responsabilité, individuelle et collective.

 

Dans un pays où la libération des femmes, la libération sexuelle et l’injonction au plaisir pour tous est passée par là, le voile islamique heurte en effet de plein fouet les convictions libertaires, hédonistes de notre société, héritière des utopies soixanthuitardes, selon lesquelles l’usage des plaisirs est autant un droit qu’un devoir individuel et collectif, et leur répression le signe d’un asservissement que la révolution entend briser. Si les phalanstères sexuels sont aujourd’hui passés de mode, ce thème demeure très présent dans l’argumentaire et l’imagerie des publicitaires. La société de consommation capitaliste ayant recyclé aussi vite qu’efficacement les aspirations libertaires des enfants de 68. Le sexe, le désir, le plaisir, sont avec la possession matérielle et l’illusion du pouvoir les ressorts et les symboles de notre société matérialiste, hédoniste et hyperconsumériste.

 

Et les stéréotypes de l’image de la femme véhiculés par la mode, la publicité et les médias, comme celle de l’homme d’ailleurs, ont du mal à s’affranchir de ces nouveaux canons hédonistes qui survalorisent une beauté parfaite et savamment retouchée, une jeunesse éternelle, un corps formel, apollinien, parfait, mais totalement lisse et imaginaire, autant de modèles jetés en pâture au culte collectif de l’image. Car l’image animée abolit sur l’écran de nos sens toute frontière entre l’imaginaire et le réel. Et propage l’illusion qu’on peut réinventer un corps, se recréer et se donner à contempler narcissiquement ou à consommer frénétiquement, comme on jongle avec les images sur Photoshop, ou comme on se projette dans des avatars virtuels, sur la toile ou dans les jeux vidéos. Avatars de plus en plus réalistes, nouveaux fascinus modernes, qui nous happent, nous décentrent et nous vident de notre énergie incarnée, creusant la souffrance d’être soi.

 

La femme occidentale des panneaux publicitaires et des couvertures de magazines est totalement « dévoilée » au monde des désirs, livrée comme un objet d’indentification, de contentement et de consommation narcissique. Au point d’accroître à l’extrême la charge d’angoisse chez les femmes qui, par imperfection physique ou à cause de l’âge, ne peuvent jamais égaler ces modèles, sinon au prix d’une savante artillerie chirurgical et cosmétique, de sacrifices constants et d’une ascèse physique et psychique aussi inhumaine et insensée.

 

Corps parfaits, jeunesse éternelle, nudité idéalisée, provocante et offerte, plaisir toujours rejeté vers un horizon asymptotique pour entretenir la soif de consommer et, en contrepoint, l’Ère du vide, apothéose du narcissisme contemporain selon le philosophe Gilles Lipovetsky. Avec ses corolaires, l’euphorie perpétuelle et la tyrannie du plaisir.

 

Où est l’asservissement ? Dans les stéréotypes machistes qui réduisent la femme à un objet de satisfaction ou dans le port radical du voile qui soustrait entièrement la femme à cette assignation collective ? Qui sont les vraies féministes aujourd’hui ? Celles qui manifestent les seins nus ou celles qui tire un rideau noir sur tous les déterminismes, masculins ou sociétaux ?

 

Ou plus sagement, dans un juste milieu, celles qui allient tradition et modernité, liberté individuelle et acclimatation aux modèles contemporains de la féminité et de la séduction qui font tout de même encore le sel des relations hommes-femmes ?

 

Nous sommes au cœur du sujet ! Le voilà le drame et le scandale du niqab. Il ne s’agit pas d’un problème de laïcité puisque celle-ci justifie l’un et l’autre points du vue, renvoyant zélateurs et pourfendeurs du voile à leurs contradictions.

 

N’en déplaise aux farouches partisans de l’athéisme d’État, notre histoire et de notre culture, européenne et française, sont quand même marquées par 20 siècles de christianisme. Or notre société contemporaine s’affirme, et l’on s’en félicite,  laïque. Mais cette laïcité a considérablement évolué depuis plus d’un siècle. La laïcité de Sarkozy n’a rien à voir avec celle du petit père Combes…

 

Cependant, derrière ce principe de laïcité demeure implicitement une conception athée des valeurs de la République, au moins dans son essence. Personne ne songerait à faire référence à Dieu, à prêter serment sur la Bible lors de débats à l’Assemblée nationale. Ni à évoquer l’Être Suprême cher aux pères de la Révolution ou aux Francs-maçons déistes dans le débat public. Toujours le paradigme rationaliste et sociétal, plus radical en France qu’aux États-Unis, qui ont inscrit la référence à Dieu dans leur constitution.

 

La référence à un Dieu révélé, l’influence de la Révélation chrétienne et de l’héritage culturel judéo-chrétien qui imprègnent la culture française depuis Clovis, et dont les valeurs républicaines sont le prolongement direct, sécularisé depuis les Lumières, du modèle politique et religieux de l’Ancien régime et des dynasties de Droit divin, est une vérité historique indéniable. Même si certains voudraient la gommer, même si elle n’a plus cours aujourd’hui et ne ressurgit que dans les débats culturels, cette référence au christianisme comme fondement des valeurs françaises et européennes demeure présente dans l’Inconscient collectif et le fond culturel français.

 

Il ne s’agit pas ici de jugement de valeur mais de réalité.

 

Mais Rome n’est plus depuis longtemps le centre de la chrétienté ni le socle du Christ dans le monde. Luther, Calvin et avant eux les églises orientales ont contesté ce pouvoir politique et son modèle hégémonique. Et puis l’heure est au retour massif aux racines juives du christianisme, à la foi, réelle ou imaginaire, des premiers chrétiens de Jérusalem, à la recherche d’un Jésus débarrassé de ses voiles grec, romain, byzantin, issus de la philosophie néoplatonicienne ou stoïcienne, de la doctrine des Pères du désert et du monachisme ancien, de la théologie augustinienne ou thomiste, de la sacralité hiératique gothique, de la société féodale chrétienne et des Croisades, de l’idéal de renoncement, de pauvreté et de compassion cher à un Saint François ou un Saint Vincent de Paul, de l’universalisme humaniste puis de celui des Lumières, de l’idéal poétique ou romantique du 19e siècle, du l’héros révolutionnaire du 20e Ou de l’homme universel, planétaire, transculturel, de la société informationnelle et postmoderne du 21e siècle. siècle (Che Guevara christique toujours en vogue chez les jeunes…)

 

Pourtant, la radicalité du voile musulman, d’abord religieux avant d’être politique, nous renvoie come en écho à cet héritage monothéiste et chrétien oublié et banni du discours public. Et à l’histoire de la France avec l’Islam, cet autre modèle longtemps rival et adversaire de l’Occident quoiqu’issu d’une Révélation très proche et par bien des points cousine du Judéo-christianisme.

 

Faut-il y voir une régression « moyenâgeuse », un retour du conflit entre deux religions et deux modèles de civilisation qui se sont longtemps livré bataille sur le sol européen pour arracher ou préserver leur influence territoriale et leur  hégémonie culturelle ? Caricatural et hâtif… Même si le discours des néoconservateurs américains a berné l’Amérique du temps de George W Bush, les Français ne s’y sont jamais laissé prendre…

 

 .../... (suite dans article suivant)

Par Christophe Claudel - Publié dans : Comprendre
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