Ascension 2010
« Il vaut mieux pour vous que je parte »
Je vais vous envoyer de la part du Père celui qui va vous aider.
C’est l’Esprit de vérité qui vient du Père.
Quand il viendra, c’est lui qui sera mon témoin.
Et vous vous serez mes témoins, parce que vous avez été avec moi depuis le début.
(…)
Pourtant, je vous dis la vérité :
Il vaut mieux pour vous que je parte.Si je ne pars pas, celui qui doit
vous aider ne viendra pas à vous,
mais si je pars, je vous l’enverrai.
Et quand il viendra, il montrera au monde qu’il se trompe au sujet du péché, au sujet de ce qui est juste, au sujet du jugement.
(…)
Quand l’Esprit de vérité viendra, il vous conduira dans la vérité toute entière.
Jean 15:26-176:13
Traduction : Alliance Biblique Universelle
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Méditation
Comment croire, « adhérer », sans départ, sans séparation ?
Tout le sens de l’Ascension est là :
Accepter de vivre dans la confiance (adhérence) malgré, « à cause » de cette séparation absolument nécessaire mais qui n’est qu’apparente.
Accepter de vivre dans la confiance (attente), car celui qui était visible et palpable, Jésus, « va », alors que celui qui est invisible et insaisissable, l’Esprit de vérité, « vient ». Rien n’est acquis, il faut s’en remettre à lui, constamment. Et comme Jésus a parlé au nom de Dieu, l’Esprit parlera, non pas de sa propre autorité, mais il dira tout ce qu’il aura entendu (Jn 16,13) d’auprès de Dieu, « là » où Jésus demeure et parle.
Accepter de vivre dans la confiance (fidélité à la promesse), parce que l’Esprit de vérité bouleversera ce monde.
Il renversera les croyances de ce monde à propos du « péché », nos « cibles manquées » ; car l’homme qui adhère au Christ vivant est vraiment et totalement délivré de la « faute ».
Le regard que pose ce monde qui ne croit pas au Christ sur la faute est faussé, car tous les péchés peuvent être, dès à présent et tant que nous sommes « vivants », ici et maintenant, dans ce monde, par l’adhérence sincère et entière au Christ, vraiment effacés.
Il ne s’agit pas de vouloir quitter ce monde, se désincarner en croyant pouvoir suivre Jésus qui s’en va. Ou de rester dans l’attente passive à contempler le ciel. Il s’agit d’adhérer, de poser un acte de foi qui rend agissant. C'est-à-dire choisir de croire aux paroles de Jésus et les mettre en pratique plutôt qu’adhérer aux croyances du monde d’aujourd’hui, lesquelles sont obscurcies, loin de la vérité et conduisent dans l’erreur sur ce qui est vrai, juste, sur ce que nous sommes réellement et ce que nous vivons et qui comporte une part plus ou moins grande d’erreur, de mensonge, d’obscurité, d’ignorance ou d’inconscience.
Il ne s’agit pas non plus de haïr ce monde ou de vouloir s’en extraire en réfutant sa réalité, ce qui reviendrait à faire le jeu du Diviseur. Mais au contraire de choisir librement d’être porteurs de lumière dans ce monde au nom du Christ vivant, d’être des « témoins » parlant et agissant parce que parlés et agis par l’Esprit de vérité. Non parlant et agissant par un acte d’orgueil volontaire, mais en se plaçant vraiment sous la gouverne du souffle, l’Esprit de vérité qui « vient » toujours, n’est jamais figé, ne peut être fixé en lois mortes. Acte d’humilité consciente et active.
L’Esprit de vérité renversera les croyances à propos de ce qui est juste, car le Juste est parti vers « le père », Abba : le Créateur, l’Eternel qui l’a envoyé par amour pour l’homme. Et l’on ne pourra plus jamais voir la justice s’incarner dans la personne du Jésus historique, celui que ses disciples appelaient « fils de Dieu » (ben Elohim). On ne pourra plus jamais voir l’homme Jésus incarné agir dans ce monde comme il l’a fait il y a quelques 1970 ans. Vouloir le contraire reviendrait à commettre une grave erreur : se mettre à la place de Dieu, précipiter les temps et refuser les dons de l’Esprit de vérité, ici et maintenant.
Même si les visions de Jésus confirment cette image, ceux qui croient au « retour de Jésus » sous les traits d’un jeune rabbin, rabbi Yeshouah, et s’attachent à cette image de lui, cet homme qu’il a vraiment, pleinement et parfaitement été durant sa vie sur terre, ceux qui attendent son retour sous les traits d’un homme juif de 33 ans vêtu d’un châle de prière blanc et chaussés de sandales se trompent magistralement et commettent un péché d’idolâtrie. Parce qu’ils se fabriquent une « idée », une « image » de Jésus à laquelle ils collent. Toutes les représentations que l’on se fabrique sont des idoles, les images comme les discours. Ceux qui parlent d’un Jésus dont ils croient tout savoir et connaître et qu’ils agitent sous le regard de leurs frères ou du monde comme un fétiche sont ignorants de leur erreur. Car ce photomaton trop idéal, ces discours trop verrouillés les empêchent de « voir » intérieurement avec le cœur, de recevoir en esprit et avec humilité l’Esprit de vérité qui vient, l’Esprit invisible pour le regard qui "veut" voir, sinon par ses manifestations.
Comme les apôtres étaient dans l’erreur quand ils contemplaient le ciel une fois Jésus parti, il est dangereux de se fabriquer une image, des représentations ou des discours figés, suspendus, sur Jésus. Cela peut nous rassurer quant à son absence physique et l’impossibilité de le voir, de le toucher, de l’entendre. Mais cela fausse le regard et ferme l’oreille.
Pour l’entendre « parler » à notre conscience, il faut d’abord accepter de le perdre ! Puis faire silence et se mettre à l’écoute de l’Esprit de vérité, l’accueillir, plutôt que d’ânonner des paroles apprises, comme des formules magiques, ou comme un perroquet bavard.
Il est inutile d’attendre dans la passivité, l’impatience ou l’anxiété le « retour du Christ », comme il est vain de le chercher au ciel. Car un autre, encore inconnu, nous est envoyé par lui. Inutile d’appeler à l’aide, au secours ou de vouloir précipiter les temps messianiques par un péché de colère contre le monde et d’impatience envers Dieu. Il suffit d’adhérer à celui qui est absent et l’Esprit nous est envoyé, il vient et « se » manifeste en parlant au nom de celui qui l’envoie.
Dans les Actes 1,1, les anges s’adressent aux apôtres en leur disant :
« Hommes de Galilée ! Pourquoi vous tenir à regarder le ciel ?
Ce Yeshouah, celui qui vous a été enlevé au ciel,
Il VIENDRA de la manière dont vous l’avez vu s’en allez au ciel. »
Il « viendra », et non il RE-viendra. La différence est capitale.
Il viendra comme il a été élevé, enlevé, c'est-à-dire dans la Gloire, sous les traits du Ressuscité.
Et cet événement sera une nouvelle « ascension », plutôt qu’un simple renvoi d’ascenseur céleste du 2e ciel vers la terre. Ce sera l’ascension, l’élévation spirituelle de toute l’humanité qui aura adhéré à lui et sera elle aussi « ascensionnée ».
L’Esprit de vérité renversera les croyances de ce monde à propos du jugement, car le Diviseur, le « prince de ce monde », celui qui ment, juge et accuse l’homme pour le diviser d’avec lui-même et d’avec Dieu, celui-là est déjà jugé.
Il renversera les croyances de ce monde à propos du jugement, car il inspirera une autre forme de jugement, le jugement de vérité, le discernement vrai, qui n’est en rien comparable à la manière de « juger » selon les critères du monde, l’intellect ou l’esprit humain.
Il renversera les croyances de ce monde à propos du jugement de l’humanité, car le jour du Jugement dernier, c’est le Juste parfait, assisté de ses anges et des élus, qui règnera et jugera parfaitement selon la loi d’Amour et la Vérité, une fois les palmes de la Paix revenue sur terre. Rien à voir avec cette parodie de justice, scandaleuse et mensongère, cette justice de fer que s’est appropriée un Diviseur qui accuse, divise, condamne et culpabilise l’homme pour tenter de faire échec à l’Amour infini et inlassable de Dieu pour son humanité.
Tout ce qui relève en nous de ce jugement-là, contraire à la vérité de Dieu, doit disparaître, être déposé pour mourir en Christ. Car si nous choisissons de juger sans l’Esprit de vérité, nous serons jugés comme nous aurons jugé : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. En effet, comme vous jugez les autres, Dieu vous jugera. » (Mt 7,1)
Renoncer à prétendre se juger narcissiquement soi-même, à juger l’autre de l’extérieur et de sa propre autorité, ou à faire acte de justice collective selon notre seul libre arbitre, les seules lois du monde ou selon des critères strictement humains que nous nous fabriquons, voilà ce qui nous est demandé. Il n’y a pas de justice vraiment juste et vraiment vraie sans l’Esprit de vérité, le souffle qui vient de Dieu et qui parle en son nom.
Comment sortir de ce jugement que nous inspire sans cesse l’esprit de division ? En rétablissant le lien, en restaurant la relation blessée avec l’autre, notre semblable. Le commandement de Jésus qu’il faut substituer à cette tentation permanente de l’esprit critique qui nous pousse à nous juger nous même (culpabilité), à nous juger les uns les autres (orgueil), c’est de la pratique du pardon. Pardonner en vérité les fautes commises à notre égard, « remettre les dettes », apurer les comptes. « Ne jugez pas les autres et Dieu ne vous jugera pas. Pardonnez-leur et Dieu vous pardonnera. » (Luc 6,37). Mais un vrai pardon suppose d’abord un vrai discernement. Et un échange de paroles. Pardonner en silence à un autre qui nous a blessés mais qui n’a pas demandé pardon, cela ne fait que nous absoudre de la mauvaise conscience, de la culpabilité à ne pas pardonner, pour être conforme à l’idée que l’on se fait d’un « bon chrétien ». Il faut aller vers celui qui nous a blessés, ou l’accueillir s’il vient à nous.
Quant à ceux qui nous ont blessé et sont absents parce qu’éloignés ou soustraits à cette vie, il est possible de pardonner au nom du Dieu d’Amour, dans l’Esprit de vérité. Et pour ceux qui sont fermés au pardon, enfermés dans leur orgueil ou qui refusent l’Amour ou ne reconnaissent pas le Christ dans leur vie, il est possible de pardonner en ouvrant dans le dialogue un champ de réconciliation par des paroles de vérité.
Si Jésus était encore physiquement présent en ce monde, s'il n'e nous avait pas élé enlevé, tout serait facile. Il arbitrerait pour nous et nous n’aurions plus aucune liberté ni responsabilité. C’est pourquoi il nous est nécessaire d'accepter son départ. D'accepter le "manque de Jésus" afin de mieux l’accueillir et le reconnaître dans la relation à l’autre, le prochain.
Tout comme l’adhérence à Jésus demeure absolument nécessaire pour recevoir à chaque instant ce don de l’Esprit de vérité qui vient, qui souffle comme le vent (pneuma), qui insuffle, anime, met en mouvement et conduit sur un chemin de vérité.
Acceptons ce qui nous est proposé. Renonçons à vouloir faire agir Dieu ou le Christ selon nos exigences. Choisissons de recevoir dans la confiance l’Esprit qui vient, et choissons d'en partager les dons. Soyons ainsi témoins du Christ. Plaçons-nous sous la seule gouverne « pneumatique » du Souffle, de l’Esprit de vérité. Et non sous l’impulsion de notre propre orgueil ou de notre libre arbitre. Nous permettrons ainsi à notre « humanité », la nôtre et celle à laquelle nous appartenons, d’être changée, ascensionnée, insufflée, spiritualisée dans la vérité. D’être vivifiée, transformée, mise en mouvement pour faire retour vers Dieu. Non pas en refusant notre incarnation présente, en quittant notre vie terrestre pour « monter au ciel », mais en quittant une vie limitée et finie pour entrer dans la Vie éternelle.


Hermaphrodite (Louvre)
Selon le mythe judéochrétien de la création de l’homme inscrit dans la Genèse, Dieu crée
l’humain « à son image ».
s : homme, femme et androgyne. Chacun recherchant dans cette existence son complémentaire. Mythe pas si éloigné de la conception judéo-chrétienne de l’homme à la fois masculin et
féminin, avant d’être mâle ou femelle.